Lit de justice tenu par Louis XV

Date de publication : Octobre 2013

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

Le Roi est mort, vive le Roi !

Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 à Versailles. En vertu des principes successoraux du royaume, le pouvoir revient à son arrière-petit-fils, né le 15 février 1710. Ce dernier n’ayant pas les treize ans révolus requis pour gouverner par lui-même, Louis XIV organisa sa succession.

Défiant à l’égard de son neveu Philippe d’Orléans, le souverain défunt forma un conseil de régence dont il désigna lui-même les membres. Louis XIV souhaitait donner au duc du Maine, son bâtard légitimé, la première place. Or, l’instauration d’un conseil de régence rompt avec les pratiques de la monarchie, car les régences sont exercées de manière individuelle, sans structure collégiale limitant les pouvoirs du Régent. En 1643, Louis XIII a déjà tenté d’organiser un conseil de régence, mais le lit de justice inaugural ignore cette décision pour conférer toute la Régence à Anne d’Autriche.

Le lendemain de la mort de Louis XIV, au cours d’une séance solennelle, le duc d’Orléans obtient du parlement de Paris la renonciation à certaines dispositions du testament et des codicilles de Louis XIV (2 août 1714, 13 avril et 23 août 1715). Il reçoit à son tour une Régence « pleine et entière » et, dans ses négociations avec le Parlement, il réintroduit le droit de remontrance qui permet de présenter des observations sur une loi avant de l’enregistrer.

Ces différentes modifications sont soumises à la tenue d’un lit de justice, un événement officiel peint ici par Louis-Michel Dumesnil. Ce tableau provient de la saisie révolutionnaire de la collection Montregard (1794), mais son origine et sa date de réalisation ne sont pas connues. Membre de l’académie de Saint-Luc, Louis-Michel Dumesnil est pensionnaire de la Ville de Paris, pour laquelle il réalise peut-être ce tableau, car la scène prend place au cœur de la capitale qui marquerait ainsi son attachement au nouveau monarque

Analyse des images

La mise en scène du pouvoir

La cérémonie se déroule le 12 septembre 1715 dans la Grand’Chambre du parlement de Paris, l’institution gardienne des lois fondamentales qui structurent le royaume. Toute la virtuosité de Dumesnil tient à la représentation des grands corps politiques de l’État dans un tableau réaliste et de taille modeste. Grâce à une vue en retrait et en contreplongée, chaque personnage est identifiable, sans alourdir la composition de l’ensemble.

L’escorte royale est très importante et la place de chacun répond à un protocole très strict. Les gardes du corps du roi assurent le service d’ordre. Le duc d’Orléans et les princes de sang sont assis immédiatement à droite du souverain. Comme beaucoup d’autres personnages, ils portent l’insigne et le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit, l’ordre de chevalerie le plus prestigieux de la monarchie. Les ducs et pairs laïcs sont assis devant les princes de sang. Au premier rang, en robe noire, les maîtres des requêtes, les conseillers de la Grand’Chambre et les présidents des enquêtes et requêtes. Les ducs et pairs ecclésiastiques sont à la gauche du souverain, derrière les maréchaux de France et les capitaines de la Maison du Roi. Au premier rang, les présidents à mortier sont les magistrats d’une cour souveraine, repérable par la robe rouge à chaperons, symbole de la souveraineté.

La seule femme du parterre est la duchesse Charlotte-Éléonore de Ventadour, la gouvernante du jeune souverain. Devant le roi, le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre, se tourne vers le Régent et le maréchal de Villeroy, gouverneur du roi. Vêtu de l’épitoge, une robe de velours rouge doublée de satin, le chancelier Voysin de La Noiraye, premier officier du royaume, dirige la séance. Deux huissiers massiers sont agenouillés à ses pieds. Six hérauts d’armes conseillers d’État vêtus d’un manteau fleurdelisé sont au cœur de la scène qui est fermée à gauche par deux gardes de la manche. Dongois, greffier en chef, enregistre la séance, alors que les autres « gens du Roi » se répartissent sur les tribunes

Interprétation

Un lit de justice inaugural

Les participants vêtus de noir portent le deuil du souverain précédent, mais la séance inaugure déjà le nouveau règne. Cette cérémonie, qui puise son organisation dans les traditions de la monarchie, expose la puissance de la Majesté royale autour du principe de la continuité dynastique. Avec la cérémonie du Sacre, il s’agit de l’événement le plus important du début de règne ; c’est pourquoi la foule des grands jours se presse pour assister à la séance. Cet acte constitue un autre symbole, car il s’agit du premier lit de justice depuis que Louis XIV a limité strictement le droit de remontrance des parlements, quarante-deux ans auparavant.

Le lit de justice doit son nom au large dais fleurdelisé sur lequel le souverain est assis. Les murs de la chambre, y compris la cheminée, sont revêtus de tapisseries de velours bleu à fleur de lys d’or. Par sa présence physique au sein du Parlement, le jeune souverain exerce sa justice retenue et sursoit à la justice qu’il délègue à ses gens de justice. De fait, toutes les décisions du monarque ont force de loi.

Le jeune Louis XV ouvre la séance avec une brève allocution : « Messieurs, je suis venu ici pour vous assurer de mon affection ; mon chancelier vous dira le reste. » Plusieurs discours officialisent ensuite le début de la Régence. Philippe d’Orléans est confirmé en tant que Régent du royaume et le duc du Maine est évincé du pouvoir. Le Régent obtient également la mise en place du système de la polysynodie, un mode de gouvernement original qui s’appuie sur différents conseils.

Bibliographie

ANTOINE Michel, Louis XV, Paris, Fayard, 1989.
BARBICHE Bernard, Les institutions de la monarchie française à l’époque moderne.
XVIe-XVIIIe siècle
, Paris, Presses universitaires de France (coll. Premier cycle), 1999.
BEAUREPAIRE Pierre-Yves, La France des Lumières.
1715-1789
, Paris, Belin (coll. Histoire de France, no 8), 2011.
HANLEY Sarah, Le lit de justice des rois de France : l’idéologie constitutionnelle dans la légende, le rituel et le discours, Paris, Aubier (Collection historique), 1991.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Lit de justice tenu par Louis XV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/lit-justice-tenu-louis-xv?i=1313
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