Louis-Philippe, « roi des Français »

Date de publication : Août 2014
Auteur : Pierre SESMAT

Partager sur:

Contexte historique

Les 27, 28 et 29 juillet 1830 – les Trois Glorieuses –, la révolution parisienne triomphait de l’autoritarisme et des ordonnances de Charles X. Le roi abdiqua. Malgré l’aspiration à la république proclamée par les insurgés, les membres de la bourgeoisie s’empressèrent d’en appeler aux Orléans, la branche cadette des Bourbons qui passait pour plus libérale. Le duc Louis-Philippe hésita puis accepta.

Le 31 juillet, à l’Hôtel de Ville de Paris, les représentants du peuple – La Fayette en tête – lui confièrent la lieutenance générale du royaume. La charte de 1814 fut modifiée : la monarchie n’était plus de droit divin mais de droit constitutionnel ; le drapeau tricolore, hérité de la Révolution et de l’Empire, remplaçait le drapeau blanc. Le régime devenait réellement parlementaire.

Le 9 août, en présence des deux chambres, Louis-Philippe prêta serment de respecter cette nouvelle version de la charte. Il devenait le « roi des Français ».

Le 29 août suivant, à l’École militaire, il remit solennellement ses drapeaux à la garde nationale : le roi-citoyen affichait ainsi son souci de défendre la Patrie, une vertu que la Révolution avait illustrée et que lui-même avait défendue sur les champs de bataille de Valmy et de Jemmapes en 1792, avant d’émigrer.

Analyse des images

C’est ces deux événements emblématiques de la fondation et des valeurs de la monarchie de Juillet que concentre ce portrait de Louis-Philippe peint par le baron Gérard, trois ans après les événements de 1830.

Le trône est encore là, marqué du monogramme du nouveau roi et surmonté d’une couronne décorative. Mais tous les autres insignes traditionnels de la monarchie ont disparu. Du 9 août a été retenu le geste du serment du roi, la main droite posée ostensiblement sur la charte de 1830, l’inscription se détachant avec netteté sur la page blanche. Au 29 août a été emprunté l’uniforme du roi, celui de général de la garde nationale.

Interprétation

Le baron Gérard, déjà peintre officiel de Louis XVIII et de Charles X, reprend ici la composition générale de la série des grands portraits royaux inaugurée par celui de Louis XIV par Rigaud.

Le roi est représenté en pied, grandeur nature, en bas des marches du trône. Mais tous les insignes de la monarchie absolue de droit divin sont remplacés, presque cas par cas, par d’autres symbolisant le pouvoir royal dans la monarchie constitutionnelle. La couronne, le sceptre et la main de justice, jusque-là exhibés ou peints posés sur un coussin et un tabouret drapés de velours bleu ou violet, ont fait place à la seule charte de 1830. Louis-Philippe a abandonné le manteau royal du sacre de Reims et ses lis pour revêtir l’uniforme de la garde nationale où sont représentées en plusieurs endroits (manches, bicorne) les trois couleurs inventées lors de la première tentative de monarchie constitutionnelle en 1790.

Ainsi, la nouveauté de la monarchie de Juillet s’enracinait dans la forte tradition de la monarchie française. Au sourire que le roi esquisse, on peut mesurer son espérance que son surgeon fasse souche.

Bibliographie

Guy ANTONETTI, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994.

Francis DÉMIER, La France du XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 2000.

Muriel VIGIÉ, Le Portrait officiel en France du Ve au XXe siècle, Paris, FVW, 2000.

Philippe VIGIER, La Monarchie de Juillet, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1982.

Pour citer cet article
Pierre SESMAT, « Louis-Philippe, « roi des Français » », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/louis-philippe-roi-francais?i=10&d=21&t=111
Commentaires