Louis XVIII couronne la rosière de Mittau. 1799

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Contexte historique

Le souvenir de l’exil

Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence et frère de Louis XVI, intelligent et ambitieux, quitta la France en juin 1791, réussissant à passer en Belgique alors que le roi et Marie-Antoinette étaient arrêtés à Varennes. Il commença alors un long exil qui ne devait s’interrompre que lors de son rétablissement sur le trône de France à la chute de Napoléon en mars 1814. Installé d’abord à Vérone, en Italie, il en fut chassé par l’avance des armées françaises. Il fut alors accueilli à Mittau, en Courlande, par le tsar Paul Ier, puis par le fils de ce dernier, Alexandre Ier, avant de s’établir en Angleterre, à Hartwell, en 1807. Ayant assumé la succession au trône sous le nom de Louis XVIII à la mort de son neveu Louis XVII en 1795, il s’attachait à maintenir autour de lui l’étiquette de Versailles et un protocole désuet qui rendait encore plus morose la vie de la famille royale exilée et de la petite cour de fidèles rassemblée autour d’elle.

Analyse des images

Une habile œuvre de propagande

Présenté au Salon de 1817, le tableau fait l’objet du commentaire suivant dans le livret : « Pendant le séjour que S. M. Louis XVIII fit à Mittaw [en 1799], ce prince daigna couronner de sa main une rosière. On assure que la jeune vierge, après s’être inclinée respectueusement sous le diadème de roses que le monarque plaçait sur son front, lui dit ces mots prophétiques : “Sire, que Dieu vous le rende”. »Le roi rend hommage à la vertu en couronnant une jeune fille vierge, celle-ci lui prédit qu’il reprendra la couronne de ses pères : l’allusion à la Restauration était transparente et évidente pour le public contemporain. Une période difficile de la vie du souverain était ainsi habilement rappelée sous la forme d’une scène champêtre, bonhomme et presque familiale, mais néanmoins avec une réelle portée politique.

Interprétation

L’histoire anecdotique

Le tableau de Tardieu est caractéristique d’une conception de plus en plus anecdotique de la représentation de l’histoire, typique de la Restauration et de la monarchie de Juillet. Louis XVIII couronne la rosière de Mittau joue ainsi avant tout sur le pittoresque d’une assemblée paysanne, dans la tradition du XVIIIe siècle (qui fait penser aux scènes russes du peintre et graveur Leprince, alors très en vogue). Le costume et, surtout, les éléments architecturaux du décor renforcent cet aspect. Mais l’essentiel est pourtant la personne du roi lui-même, entouré de ses proches, comme la duchesse d’Angoulême, Marie-Thérèse, fille de Louis XVI, qui avait épousé son cousin, neveu de Louis XVIII et fils du comte d’Artois, futur Charles X. Revêtu d’un habit civil de velours rouge, avec le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit, Louis XVIII se comporte ici comme son aïeul Henri IV : proche du peuple tout en gardant sa dignité. C’est là un des traits emblématiques de la propagande monarchique sous la Restauration, qui met en avant le fondateur de la branche des Bourbons, tentant de jouer sur la popularité inentamée du « Vert-Galant ». Il faut y voir aussi l’une des influences les plus profondes de la peinture « troubadour », dont les sujets se limitent à des épisodes du Moyen Âge ou de la Renaissance, mais dont l’esprit envahit et contamine largement toute la peinture d’histoire contemporaine.

Bibliographie

Claire CONSTANSLes Peintures 2 vol., Paris, RMN, 1995.
Francis DEMIER La France du XIXe siècle Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 2000.
François FURET La Révolution, 1780-1880 Paris, Hachette, 1988, rééd.coll.
« Pluriel », 1992.
Evelyne LEVER Louis XVIII Paris, Fayard, 1988.
Emmanuel de WARESQUIEL et Benoît YVERT Histoire de la Restauration : naissance de la France moderne Paris, Perrin, 1996.

Pour citer cet article
Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS, « Louis XVIII couronne la rosière de Mittau. 1799 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/louis-xviii-couronne-rosiere-mittau-1799?i=363&album=264&from=album
Commentaires
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Eric de D le 24/12/2013 à 01:12:07
Merci pour cette publication et cette analyse.Vous auriez pu ajouter que le peintre, visiblement, n'a aucune idée de ce à quoi peut ressembler la Courlande, et ne semble pas s'en soucier puisque, comme vous l'avez souligné, sa préoccupation n'est pas là.
Les habitants de Jelgava ne pourront que sourire à la vue de l'imposante montagne inspirée du Cervin, qui figure à l'arrière-plan, quand on sait que le point culminant de la Courlande est à... 213 mètres..

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