• Portrait en pied de la marquise de Pompadour.

    Quentin DE LA TOUR (1704 - 1788)

  • Portrait de la marquise de Pompadour.

    François BOUCHER (1703 - 1770)

Madame de Pompadour

Date de publication : Novembre 2012

Professeur d'histoire moderne à l'université de Paris X Nanterre

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Contexte historique

Comment représenter la favorite ?

Les favorites sont rarement populaires. Le peuple les accuse volontiers de troubler la famille royale, de ruiner la monarchie, de distraire le souverain de son métier de roi. La Cour accepte la fonction, toutes les grandes familles aspirent à un tel honneur, mais les intrigues des différentes factions sont redoutables, et c’est souvent de la Cour que viennent les épigrammes les plus cruels, les accusations les plus noires.

Mme de Pompadour, née bourgeoise et fille Poisson ne fut pas épargnée. On inventa les « poissonnades » comme il y avait eu les « mazarinades », souvent injustes, parfois drôles, toujours méchantes.

La favorite, soucieuse de valoriser son image, a elle-même commandé ces deux œuvres, celle de Boucher en grande partie parce que La Tour tardait à honorer un contrat passé en 1749. C’est sous la pression du marquis de Marigny, frère de la Pompadour qu’il termina finalement en 1754. Le tableau fut exposé au salon de 1755.
Le portrait de Boucher, réalisé en 1756, fut exposé au salon de 1757. Pour sortir le roi de l’ennui qui le rongeait, Mme de Pompadour fit usage de ses talents artistiques : elle avait une jolie voix et jouait gentiment la comédie. D’organisatrice des menus plaisirs, elle tenta de devenir protectrice des lettres et des arts. Les deux œuvres la représentent dans cette perspective. Elle est alors au sommet de sa puissance. Au début de l’année 1756 elle a été nommée dame surnuméraire du palais de la reine ; elle joue un rôle dans le renversement des alliances et le rapprochement diplomatique avec l’Autriche.

Analyse des images

Du bleu au vert, les couleurs du succès

Bleu de la tapisserie, du fond du fauteuil, du tapis, de la couverture de la partition qu’elle est en train de lire, la marquise est posée toute droite, toute verticale, bien au centre du pastel de La Tour. Dans les beiges, avec des pointes de bleu, la robe se déploie en un élégant drapé et laisse voir un bout de jupon de dentelle et deux petits souliers délicats. Pas de bijou, aucun colifichet, rien dans la chevelure. Une grande simplicité. Un léger désordre règne autour de la marquise : une guitare sur un fauteuil, un carnet à dessins est posé par terre, et il est fermé par des lacets… bleus évidemment. Ce savant négligé souligne par contraste l’énergie qui se dégage du personnage. Nous sommes en présence d’une jeune-femme dynamique, un moment interrompue dans le déchiffrage de sa partition, mais qui va y revenir bien vite.

L’impression est bien différente lorsque nous observons le tableau de Boucher ; allongée, alanguie, la marquise occupe la diagonale d’une toile où domine le vert d’une vaste robe parsemée de roses et de rubans. Les rubans envahissent tout, le corsage, les dentelles, ruban autour du cou, roses en diadème dans les cheveux, riches bracelets de perles… Effervescence, profusion, détails à foison, pour une simple robe d’après-midi « à la française ». Deux tentures jaunes encadrent la scène et renforcent un certain caractère théâtral, à moins que cet aspect artificiel ne provienne de l’immense miroir dont les rebords sont également incrustés de guirlandes de roses dorées et qui donne un effet de profondeur ? Mais la fonction de ce miroir n’est-elle pas plutôt de faire voir la jolie nuque de la marquise ? Le négligé est plus appuyé que chez La Tour : des roses encore et des partitions sont à ses pieds à côté d’un petit chien noir sagement posé là. Une délicate petite table indique par son tiroir entre-ouvert que la marquise vient de terminer une lettre pas encore scellée. Le temps est suspendu. La marquise tient mollement un petit livre à la main, mais elle semble rêver.

Interprétation

Militante des Lumières ou reine de la fanfreluche ?

Le pastel de La Tour souligne les amitiés philosophiques de la marquise. Attaquée par les dévots de la Cour, Mme de Pompadour a effectivement tenté de protéger leurs adversaires. Parmi les livres qui l’entourent et sont donc présentés comme ses lectures favorites, on a reconnu l’Esprit des lois de Montesquieu, la Henriade de Voltaire et un volume de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Imaginons que la grande partition qu’elle tient entre ses mains soit celle du Devin du village, l’opéra de Rousseau, qui a été représenté devant la cour à Fontainebleau (et dont Louis XV chantonne les airs avec la voix la plus fausse de son royaume), et nous aurions le panthéon des Lumières peuplant la salle d’étude de la favorite entre gravures, planches et globe terrestre.

Cette dimension militante, et pour certains bien compromettante, est totalement estompée chez Boucher. Les livres reliés sont sagement enfermés dans une bibliothèque, ils ne sont visibles qu’en reflet, titres à l’envers grâce au miroir. Le livre placé négligemment en équilibre instable sous le petit secrétaire permet de montrer les armes de la marquise. Les ouvrages au plus près de Mme de Pompadour, celui qu’elle tient d’une main, celui qui est tout écorné dans le secrétaire sont de petits opuscules quotidiens qui relèvent d’un nouvel usage de la lecture banalisée. S’agit-il de romans ? La favorite n’est pas présentée ici comme une philosophe. Le Mercure de France souligne clairement le message : « Le portrait de Mme la marquise de Pompadour par M.Boucher, est bien digne de son pinceau. Que de grâces ! Que de richesses ! Que d’ornements ! Des livres, des dessins et autres accessoires indiquent le goût de Mme la marquise de Pompadour pour les sciences et les arts qu’elle aime, qu’elle cultive avec succès et à l’étude desquels elle sait consacrer des moments utiles. Le peintre des grâces n’a fait que rendre la nature, sans être peiné du soin d’embellir ou de flatter son modèle » (octobre 1757)

Représenter la favorite n’est pas sans risque. En choisissant une représentation privée, bien éloignée des portraits officiels de la famille royale ou des grands personnages de la cour, Mme de Pompadour semble jouer la modestie dans l’intimité d’un cabinet d’étude. Mais ces portraits ont contribué à renforcer l’accusation d’embourgeoiser le roi et de le couper de son univers naturel.

Bibliographie

Catalogue d’exposition Madame de Pompadour et les arts, sous la direction de Xavier Salmon, réunion des musées nationaux, Paris, 2002.

Pour citer cet article
Monique COTTRET, « Madame de Pompadour », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/madame-pompadour?i=1268&d=1241&id_sel=2381
Commentaires
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ad le 04/01/2015 à 05:01:40
Bonjour, celui qui est a l'origine du tableau est Maurice-quentin de la tour et celle qui en a fait la commande est madame de pompadour Voila Lola.
un le 26/12/2014 à 05:12:23
moi j'ai mis que la marquise était une femme des lumières car elle était entourée de littérature, d'art .
elle a un planisphère et des partitions .
Ai-je raison ?
julia le 10/11/2014 à 12:11:37
bonjour,
je n'ai pas compris en quoi la marquise de pompadour était une femme des Lumières ?
lola le 01/11/2014 à 02:11:18
Merci ces information mon étés très utile mai je ne sais toujours pas qui était à l'origine de cette œuvre qui en a fait la commande ?
julie111 le 25/10/2014 à 01:10:10
bonjour, je suis entrain de faire mon Dm mais je n'arrive pas a repondre a une quetion :
Pourquoi ce tableau nous permet dire que la marquise était une femme des Lumières ?

pouvez-vous m'aider svp
merci
Aouregan le 12/09/2014 à 05:09:21
Bonjour,
j'aimerais faire une description de l'oeuvre de François Boucher mais je ne trouve que celle de Quentin de La Tour.
Pourriez-vous m'indiquez si vous en avez fait ou non ?
Merci.
gaut le 31/12/2013 à 05:12:56
trop bien
mimimovic le 21/11/2013 à 07:11:47
sella ma vraiment aider pour sa biographie merci*
musitare le 12/11/2013 à 06:11:10
Merci Ça m'a aider pour mon DM. Mais il me reste une question que je n'ai pas compris : quel est le modele ?et reprensentez le en quelques lignes.
eleve le 12/11/2013 à 05:11:10
Pourquoi a-t-elle commandé cette oeuvre?
Autre Eleve le 10/11/2013 à 03:11:18
Sur la 2 eme peinture quelle sont les auteurs des livres ? :)
eleve le 30/10/2013 à 04:10:25
Merci beaucoups
Histoire-image le 29/10/2013 à 05:10:40
Bonjour,

Louis XVI n'avait qu'une dizaine d'années lorsque madame de Pompadour est décédée à l'âge de 42 ans. En revanche, cette dernière fut l'une des favorites du roi Louis XV.

Bon courage pour vos recherches et à très bientôt sur notre site,

Aurélie
eleve le 24/10/2013 à 10:10:51
je n'ai pas trouvé quelle relation entrenait madame de pompadour avec louis ( 16 )??
El le 19/10/2013 à 02:10:41
Pour un DM d'histoire, c'est parfait !
hello le 02/05/2013 à 10:05:12
votre site m'a bien aidé pour mon histoire des arts

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