Les maquisards

Date de publication : Février 2014

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Contexte historique
Images du « maquis »

Le terme de « maquis » renvoie à la fois au lieu où opèrent ceux qui le composent, au groupe constitué par ces derniers ainsi qu’à la structure et au fonctionnement spécifiques propres à ce type d’organisation. Il constitue un type bien particulier de résistance intérieure en France durant la Seconde Guerre mondiale. Le premier maquis est créé en décembre 1942 dans le Vercors.

Installés dans des régions peu peuplées et difficilement accessibles, comme les massifs montagneux et les forêts, de plus en plus de résistants luttent contre les nazis et les milices. Ils sont quelques centaines au début de l’année 1943, entre 25 000 et 40 000 à la fin de cette même année, et près de 100 000 en juin 1944.

Gaullistes, communistes, ou simples réfractaires au service du Travail obligatoire (STO), ces maquisards mènent des actions diverses : guérilla, accueil ou exfiltration de troupes, transmission d’informations.

Par définition clandestins, les maquisards se laissent uniquement photographier par leurs camarades de lutte ou ceux en qui ils ont une entière confiance. Les clichés restent eux aussi le plus souvent confidentiels, et sont rendus « publics » plutôt après la fin des combats. À l’instar de Maquisards près de Venelles à Sainte-Victoire en 1944, pris par Julia Pirotte et montrant en toute intimité une scène de la vie quotidienne au maquis, de telles images ont une valeur à la fois documentaire, politique et symbolique.
Analyse des images
Une scène de détente

Polonaise exilée à Paris puis à Marseille à partir de 1940, Julia Pirotte est photographe de presse pour l’hebdomadaire Dimanche illustré. Elle est connue pour son travail documentant la cité phocéenne sous l’Occupation, mais aussi pour ses nombreux clichés montrant les activités des résistants avant et pendant la Libération, auxquelles elle participe activement en tant que membre des FTP-MOI.

Maquisards près de Venelles à Sainte-Victoire en 1944 prend sur le vif un moment de détente où neuf résistants disputent ou regardent une partie de cartes. Installés au milieu de la végétation caractéristique du maquis méditerranéen (arbustes et fourrés épineux) qui constitue littéralement le cadre de l’image, ces hommes semblent goûter un moment de repos entre deux déplacements. Dans ce creux de verdure ensoleillé, on les aperçoit assis, absorbés par le jeu. Vêtus simplement et légèrement en cette journée estivale, ils sont à la fois concentrés et détendus. L’un des maquisards, debout, s’appuie sur un fusil, tandis que certains de ses camarades ont posé le leur au sol derrière eux. Avec l’endroit plutôt insolite, ce sont là les seuls éléments qui rappellent explicitement que ces jeunes gens sont aussi des combattants qui se cachent.
Interprétation
Guerre et vie au maquis

Entre 1943 et 1944, le nombre de maquis (et surtout le nombre de leurs effectifs) augmente dans la région du Sud-Est. À l’approche du débarquement en Provence du 15 août 1944, ces derniers jouent un rôle non négligeable dans toute la région, gênant les Allemands et facilitant les opérations des armées alliées.

La photographie étudiée montre les résistants du massif forestier des Venelles, au nord d’Aix-en-Provence, qui composent le maquis de Sainte-Victoire (comme la plupart des maquis, il a pris le nom de son emplacement).

Privilégié, le spectateur est plongé au cœur de la vie des résistants, à l’abri des regards. À la fois témoin et déjà presque camarade, il partage un moment avec les maquisards qui sont ici présentés avec une certaine tendresse comme des hommes courageux, mais sachant aussi goûter les joies simples de l’existence.

Si le cliché donne quelques enseignements documentaires (composition du maquis, indice sur la manière d’y vivre), il a aussi une portée esthétique, qui revisite de manière originale un thème pictural et photographique classique et répandu. Sorte de Déjeuner sur l’herbe au maquis, il donne aussi à voir plusieurs éléments contrastés et symboliques propres à une situation exceptionnelle : la violence de la guerre et le risque de la mort (fusils) ; l’importance du combat ici mené (visages parfois graves) ; le rapport à la nature (accueillante et protectrice pour ceux qui savent s’y glisser, peu accessible pour leurs ennemis) ; et enfin, la camaraderie, la jeunesse, la joie (un ou deux sourires) de ceux qui vivent avant, peut-être, de tuer et de mourir.

Retrouvez le dossier "les maquis dans la résistance" dans la Lettre de la Fondation de la Résistance
Bibliographie
AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine.
Tome 14 : De Munich à la Libération, 1938-1944
, Paris, Le Seuil (coll. Points Histoire, no 114), 1973 (réimpr. 2002).
AZÉMA Jean-Pierre et BÉDARIDA François, La France des années noires, 2 vol., Paris, Le Seuil (coll. L’Univers historique), 1993.
DOUZOU Laurent, La résistance française : une histoire périlleuse.
Essai d’historiographie
, Paris, Le Seuil (coll. Points Histoire, no 348), 2005.
GRENARD Fabrice, Maquis noirs et faux maquis, Paris, Vendémiaire (coll. Écho), 2013.
MARCOT François [dir.], Dictionnaire historique de la Résistance.
Résistance intérieure et France libre
, Paris, Robert Laffont (coll. Bouquins), 2006.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Les maquisards », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/maquisards?i=1327
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