La Marne, où tout commence, où tout finit ?

Date de publication : Septembre 2007

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Contexte historique
Deux batailles pour une Victoire à plusieurs

La première bataille de la Marne se déroule début septembre 1914 et permet aux armées franco-anglaises de repousser l’inquiétante avancée des Allemands sur Paris. La seconde bataille de la Marne, elle, correspond au début de la contre-offensive alliée en date du 18 juillet 1918. Ces opérations font suite au forcing réalisé depuis le printemps de la même année par les armées de Ludendorff, lesquelles se trouvent fin mai à nouveau à quelques dizaines de kilomètres de Paris. L’heure est grave pour les Alliés, mais en profondeur, la situation a évolué à leur avantage. L’arrivée sur le terrain des Américains, officiellement en guerre depuis un an a en effet contribué à inverser la tendance du rapport des forces en présence : alors qu’au 1er avril 1918, ce sont 1 569 000 Allemands qui avancent sur 1 245 000 Alliés, ces derniers comptent au 1er juillet 1 556 000 hommes, contre 1 412 000 aux troupes du Kaiser. L’attaque déclenchée en juillet 1918 va ainsi voir intervenir sur le terrain pas moins de six divisions américaines. Si l’on prend en compte le fait que l’avance alliée ne cessera dès lors plus jusqu’à l’armistice, on dispose d’une première estimation de l’impact de la présence des Sammies sur le champ de bataille.
Analyse des images
Une mise en scène rétrospective et symbolique

De gauche à droite de l’image, sens de lecture mais aussi sens chronologique, on note d’abord la présence du fantassin français de 1914, héros de la nation en pantalon rouge et casquette de drap, puis celle de son homologue d’outre-Atlantique, disposant d’un battle-dress ayant intégré les apports de l’expérience (casque en fer, couleur camouflage). Ces deux combattants sont les piliers de la mise en scène proposée, ils encadrent une représentation picturale des combats, avec des troupes qui avancent. Ce dernier point est majeur : après des années d’enlisement dans les tranchées, il se conçoit que le retour du mouvement dans l’affrontement puisse être célébré en tant que tel. Ceci d’autant plus que la marche est victorieuse et s’appuie sur une arme nouvelle qui effraie l’ennemi, les tanks, qu’on n’oublie pas de faire figurer en bonne place, juste au-dessus des tambours et trompettes (clairon plus exactement), des canons, casques de cavalerie, drapeaux des coalisés... L’exploitation officielle de la victoire ne peut faire l’économie d’un certain décorum, pas plus que d’une rhétorique appropriée. Le texte intercalé entre les dessins rappelle ainsi les hauts faits d’armes des Français de 1914, mais surtout place à leur niveau l’action des « jeunes soldats de la grande Amérique (…) entrés dans l’Histoire avec l’honneur impérissable d’avoir renouvelé ces glorieux exploits aux côtés des Français de1918 ». Ce monument de papier et de couleurs à l’amitié franco-américaine se présente ainsi comme un condensé des ressources de la propagande de l’époque, entrelaçant événements guerriers et éléments culturels nationaux.
Interprétation
Des « Alliés » vraiment alliés ?

De telles postures unanimistes et fraternelles contrastent avec les réalités de l’entrée en guerre en guerre des Etats-Unis, qui ne s’est faite que de façon tardive. Woodrow Wilson ne s’est-il pas fait réélire président en 1916 sur la base d’un programme non-interventionniste ? N’a-t-il pas alors proclamé que l’Amérique était « trop fière pour combattre ? »… Finalement, les intérêts de la realpolitik étant ce qu’ils sont, le corps expéditionnaire du général Pershing est arrivé en Europe en chantant « Lafayette nous voilà »... Toutefois, l’apport de ces troupes fraîches quoique inexpérimentées a joué un grand rôle dans la décision du conflit. Moins peut-être que son implication effective sur le terrain, c’est l’ascendant moral procuré par le corps expéditionnaire qui a pesé lourd dans la balance. Du point de vue des troupes allemandes épuisées, inquiètes du devenir des leurs du fait des difficultés d’approvisionnement du Reich, l’arrivée de forces neuves, nanties d’un potentiel humain et financier insondable n’a pu qu’être synonyme de découragement. Le coup d’arrêt mis, précisément, par la seconde bataille de la Marne a sonné le glas des espoirs de victoire. L’après-guerre, avec l’épineuse question des réparations allemandes et des dettes interalliées, ne manquera pas de réintroduire des ferments de discorde entre les « Vainqueurs de la Marne », mais la mémoire de 1918 va demeurer, « en-haut » du moins. En témoigne, par exemple, le don officiel et solennel d’un des fameux « taxis de la Marne » à la nation américaine par la France en 1926, geste indubitablement inscrit dans la filiation de l’hommage présentement analysé.
Bibliographie
Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.
Louis DELPERIERLa bataille de la MarneParis, Lavauzelle, 1985.
Henry CONTAMINELa Victoire de la MarneParis, Gallimard, 1970.
André KASPILe temps des Américains.
Le concours américain à
la France, 1917-1918Paris, Publications de la Sorbonne, 1976.
Frédéric ROUSSEAULa Grande Guerre en tant qu’expériences socialesParis, Ellipses, 2006.
Pour citer cet article
François BOULOC, « La Marne, où tout commence, où tout finit ? », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05 Décembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/marne-commence-finit?hspgm=1&i=815
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