Maurice Chevalier au Casino de Paris

Date de publication : Janvier 2006

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Contexte historique

Le Casino de Paris, symbole des années music-hall

La carrière française de Maurice Chevalier est indissociablement liée au Casino de Paris. Ce music-hall a été fondé rue de Clichy en octobre 1890 afin de concurrencer le tout nouveau cœur de la nuit parisienne, le Moulin-Rouge. Après une période de déclin dans la première décennie du siècle, le Casino de Paris est relancé sous la direction de Léon Volterra. Au moment de l’arrivée des soldats américains en France, en 1917, ce dernier décide de prendre pour modèle les salles de Broadway et leurs décors éblouissants, leurs scénographies toujours plus audacieuses, leurs troupes toujours plus nombreuses et professionnelles. Né de la fusion entre la forte identité des chansonniers du cabaret, la tradition de la revue du café-concert et la modernité rythmique importée du Nouveau Monde, le music-hall parisien constitue dans l’entre-deux-guerres le spectacle par excellence. Sans conteste, la grande vedette de ces années-là est la « Miss », Mistinguett. Au début des années 1920, elle partage l’affiche du Casino de Paris avec Maurice Chevalier, étoile montante du music-hall à l’américaine.

Analyse des images

Canotier, lippe et cambrure : les symboles du dandy des faubourgs

Charles Kiffer (1902-1992), ami proche de Maurice Chevalier (1888-1972), a dessiné les annonces des spectacles successifs du chanteur au Casino de Paris à la fin des années 1930. La composition de l’affiche pour Amours de Paris se caractérise par un équilibre parfait entre texte et dessin, et, dans le dessin, entre trois personnages qui synthétisent le contenu et le propos de la revue. Dans le cadre construit par la répétition du nom de la salle, le nom de la star apparaît en lettres immenses, et l’argumentaire publicitaire ne lésine pas sur l’hyperbole : la « grande et super revue » consiste à ce que Maurice Chevalier « joue » tous les rôles et offre à son public sa danse syncopée venue d’Amérique et ses chansons si populaires. L’image de Kiffer accomplit ce programme : la moitié gauche est entièrement occupée par le fameux regard de velours et la célèbre lippe. Le canotier, emblème du chanteur depuis 1921, échoit à un langoureux Cupidon de music-hall, cambré à la Chevalier. Enfin, la sensuelle chorus girl esquissée au milieu est prétexte à variations sur le thème du cœur : boucles de sandale, sourire, cache-sexe, font écho à la silhouette de la jeune femme – emblème du Paris qu’aiment les Américains et que Maurice Chevalier sait faire chavirer.

Interprétation

Maurice Chevalier, une vedette américaine à Paris

Dès 1917, Maurice Chevalier occupe la tête d’affiche du Casino de Paris. Puis, au cours des années 1920, il part pour les États-Unis et tourne à Hollywood. C’est donc auréolé d’une gloire désormais internationale que le chanteur revient en France pour deux spectacles triomphaux : Paris je t’aime (1937) et Amours de Paris (1938). S’il est entouré d’une importante troupe de danseurs et de musiciens, s’il est assisté de scénographes et de décorateurs expérimentés, il incarne à lui seul la revue et assure son succès. Sa célébrité consacre l’éclosion en France du vedettariat à l’américaine, fondé sur la publicité par tous les médias disponibles : cinéma, radio, affiches. Le music-hall mêle alors culture populaire de la revue et rythmes plus élitistes du jazz, tradition française du chansonnier et originalité scénographique d’outre-Atlantique. Maurice Chevalier est une icône à facettes : archétype du Français aux États-Unis, dandy parisien en canotier ou enjôleur canaille de la bohème des faubourgs, il est populaire parce qu’il sait à merveille refléter ces diverses figures.

Bibliographie

Jacques CHARLES, Cent ans de music-hall.
Histoire générale du music-hall, de ses origines à nos jours en Grande-Bretagne, en France et aux USA
, Paris, Jeheber, 1956.
Jacques FESCHOTTE, Histoire du music-hall, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1965.
Jean-Claude KLEIN, La Chanson à l’affiche.
Histoire de la chanson française du café-concert à nos jours
, Paris, Du May, 1991.
Denis-Constant MARTIN et Olivier ROUEFF, La France du jazz.
Musique, modernité et identité dans la première moitié du XXe siècle
, Marseille Parenthèses, 2002.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Maurice Chevalier au Casino de Paris », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/maurice-chevalier-casino-paris?i=739&d=11&t=343
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