La mode des courses de chevaux

Date de publication : Juin 2015
Auteur : Ivan JABLONKA

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Contexte historique

C’est sous le Second Empire que les premiers grands champs de courses sont créés.

Dans ses Mémoires, le baron et préfet de la Seine Haussmann raconte comment l’idée de cet hippodrome lui a été suggérée par Morny, alors président du Corps législatif. Président du Jockey Club, ce dernier désirait donner une « vogue inouïe » aux courses classiques du Champ-de-Mars, en les installant « à la portée de la promenade élégante qui devait être le bois de Boulogne ».

La mode des courses ne se dément pas. L’hippodrome d’Auteuil est construit sous la IIIe République, en 1873 ; dans les années 1880, l’institution du Pari mutuel (l’ancêtre du PMU) vise à réglementer les paris en éclipsant les bookmakers.

Analyse des images

La série des courses de chevaux de Degas reflète cette passion grandissante. Suivie par Courses à Longchamp (1871), Avant la course (1871-1872) et Le Faux Départ (1869-1872), cette toile représente une demi-douzaine de jockeys attendant le départ devant les stands d’où les observe une clientèle fortunée. Dans ce repos ambigu qui précède la compétition, on ressent une tension qu’expriment de longues ombres dramatiques.

Degas semble prendre plaisir à détailler l’anatomie des chevaux en diverses positions, comme avant lui l’Anglais Stubbs et le Français Meissonier. Plus tard, Muybridge photographiera des séquences de locomotion humaine et équestre.

L’harmonie et la luminosité des couleurs, tirées d’une palette réduite, confèrent à cette scène une fraîcheur printanière : le ciel blanchâtre, le bai des robes, les reflets verts sur le terrain beige et dans les stands éclairent cette composition de style japonisant, pleine des teintes que Caillebotte emploie dans son Boulevard vu de haut.

Interprétation

Exécuté avec beaucoup de sensibilité, ce tableau constitue aussi un document riche d’enseignements. Il nous introduit avant l’action dans un univers d’argent et de puissance. Les champs de courses constituent le lieu d’une ségrégation sociale assez nette : les élégants et les demi-mondaines se retrouvent à la cérémonie du pesage, alors que le petit peuple des parieurs se presse à la pelouse.

Morny, l’inspirateur d’Haussmann, enviait le prestige et la tradition aristocratique des grands clubs équestres anglais. La toile de Degas souligne ainsi une contradiction de la France du XIXe siècle, à la fois hostile idéologiquement à l’Angleterre protestante et libérale, et fascinée par le maintien outre-Manche d’une aristocratie influente, avec ses usages et ses loisirs distinctifs.

Bibliographie

Jean BOGGS, Degas at the Races, National Gallery of Art, Washington, Yale University Press, 1998.

Georges DUBY (dir.), Histoire de la France urbaine, t. IV, La Ville de l’âge industriel, Paris, Le Seuil, 1983.

Henri LOYRETTE, Degas, Paris, Fayard, 1991.

Pour citer cet article
Ivan JABLONKA, « La mode des courses de chevaux », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/mode-courses-chevaux?i=15&d=1&c=loisirs
Commentaires
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Julien le 29/03/2013 à 06:03:14
Article exceptionnel que vous avez là.
Je vais si cela vous dérange pas, le mettre sur mon blog (pas de duplicata r'assurez vous).
Merci encore ;)