La monarchie de Juillet ou le triomphe de la bourgeoisie

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Contexte historique
Louis-François Bertin a d’abord été le secrétaire du duc de Choiseul. Partisan de la Révolution en 1790 puis de la monarchie constitutionnelle, sa carrière d’homme politique et de patron de presse commence après le 18 Brumaire lorsqu’il acquiert Le Journal des débats politiques et littéraires. Le Journal devient alors le premier grand périodique moderne. Suspecté de royalisme et de connivence avec les émigrés, Bertin est emprisonné puis exilé à l’île d’Elbe par le Premier consul. Le journal reparaît cependant sous le titre de Journal de l’Empire. Confisqué en 1811 par Napoléon, il reparaît sous la Restauration et devient l’organe de la monarchie constitutionnelle en s’opposant à Charles X. Après la révolution de 1830, il soutient le parti orléaniste et Louis-Philippe.
Analyse des images
C’est en voyant Bertin discuter de politique avec ses fils qu’Ingres trouve la pose : « Votre portrait est fait. Cette fois je vous tiens, et je ne vous lâche plus. » L’attitude d’écoute, naturelle et expressive, la physionomie, le tempérament révèlent un homme sûr de ses opinions, prêt à répliquer. Ingres recourt à ce motif pour exprimer la grandeur olympienne et pour atteindre à la stylisation de la peinture d’histoire comme dans Napoléon Ier sur le trône impérial, Jupiter et Thétis, Jésus au milieu des docteurs et Charles Thévenin. Le mouvement en puissance, dû à la passion du débat, est saisi sur le vif. Bertin est surpris par l’œil du peintre, il ne pose pas.
Le personnage assis s’inscrit dans un carré, tourné de trois quarts. Les effets de raccourci et de projection en avant se distinguent de la composition linéaire et élégante à deux dimensions : Ingres plonge les volumes dans l’espace, évoquant la force, le mouvement. La critique a cependant trouvé le portrait trivial. Il rend avec vérité et détails l’impression d’une personnalité brillante : le buste large et vigoureux, l’embonpoint, le front dégagé, les yeux petits, légèrement voilés, la bouche noble et bienveillante, l’allure abandonnée, les muscles du visage tendus, les épaules fortes, les mains aux phalanges puissantes, appuyées sur les genoux.
Le dessin est sec, fin et juste, le coloris froid et plombé, les formes exactes et le modelé fort, grâce à l’emploi de demi-teintes et d’ombres accusées. L’étoffe de l’habit, noir selon la mode bourgeoise du XIXe siècle, est bien rendue. La note de velours rouge du fauteuil égaye les tons gris et bruns du costume. Il y a là une harmonie discrète et raffinée.
Interprétation
Ingres révèle dans ce portrait l’âme et la pensée, l’homme moral, au travers de l’homme physique, et tend vers la reconstruction idéale de l’individu. Monsieur Bertin incarne ainsi le type de l’homme social, le grand bourgeois d’affaires parisien sous Louis-Philippe. En insistant sur les traits caractéristiques du bourgeois du XIXe siècle, Ingres réalise un portrait historique. Classique par son sens des formes larges, synthétiques et abstraites, Ingres reste fidèle au grand style. Moderne, il révèle le secret du beau par le vrai.
Bibliographie
Pierre LHOMME La Grande Bourgeoisie au pouvoir, 1830-1880, essai sur l’histoire sociale de la France Paris, PUF, 1960.
Adeline DAUMARD Les Bourgeois et la bourgeoisie en France depuis 1815 Paris, Aubier, 1987.
Claude BELLANGER, Jacques GODECHOT, Pierre GUIRAL et Fernand TERROU (dir.), Histoire générale de la presse en France tome II « De 1815 à 1871 », Paris, PUF, 1972.
Hélène TOUSSAINT Les Portraits d’Ingres : peintures des musées nationaux Paris, RMN, 1985.
Pour citer cet article
Malika DORBANI-BOUABDELLAH, « La monarchie de Juillet ou le triomphe de la bourgeoisie », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/monarchie-juillet-triomphe-bourgeoisie?e=malika%20dorbani-bouabdellah&d=1&i=466&oe_zoom=754&id_sel=754
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