La mutinerie de Nancy, août 1790

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Contexte historique

L’affaire de Nancy : un épisode marquant de la Révolution française

Le 31 août 1790, le marquis de Bouillé, gouverneur des Trois-Évêchés à Metz, lança une opération punitive contre les soldats de la garnison de Nancy, en rébellion contre leurs officiers. Le violent combat qui eut lieu devant le poste de garde de la porte Stainville fit trois cents morts et blessés, parmi lesquels le lieutenant Désilles, qui s’était interposé pour empêcher une lutte fratricide. La répression fut féroce : un soldat fut roué, quarante-deux pendus et quarante et un envoyés aux galères.

En janvier 1791, l’Assemblée constituante organisa une souscription publique pour qu’un tableau immortalise « l’affaire de Nancy ».

Analyse des images

L’esquisse d’un tableau au thème devenu suranné

Le Barbier a représenté le courageux dévouement du lieutenant Désilles dans une composition en frise. Le héros, décalé à gauche, est couché sur les lumières des pièces d’artillerie que les insurgés ont disposées aux abords de la porte afin d’en empêcher la mise à feu ; le jeune lieutenant offre ainsi sa poitrine aux rebelles tout en tendant le bras d’un geste héroïque et théâtralisé pour être mieux immortalisé.

Le peintre avait fourni spontanément cette esquisse dès 1790 pour obtenir la commande du sujet. Toutefois, il ne termina sa toile qu’en 1794 et celle-ci fut présentée au Salon de 1795 (le tableau est actuellement conservé au musée des Beaux-Arts de Nancy comme dépôt de l’État). Entre-temps, la Révolution avait inversé la donne : le héros Désilles était devenu suspect à la cause, et les mutins étaient perçus comme des martyrs. Malgré quelques corrections apportées par le peintre à sa composition initiale, le tableau désignait toujours les soldats rebelles comme des factieux et il reçut un accueil très froid.

Le Barbier, tombé pendant longtemps dans l’oubli en raison des thèmes qu’il traitait dans sa peinture, a retrouvé aujourd’hui sa juste place. Après avoir été l’élève de Pierre, il fut reçu à l’Académie en 1785 comme peintre d’histoire. Dès lors, il exposa régulièrement au Salon jusqu’en 1814. Il fut l’un des principaux adeptes des principes de Vien et de David, en adoptant des compositions à l’antique et à la touche froide.

Interprétation

La plus fidèle restitution de l’événement

Grâce aux nombreuses gravures qui l’ont reproduite, la composition de Le Barbier a largement contribué à la diffusion de cet épisode marquant de la Révolution, lequel avait soulevé une vive émotion dans la France entière. L’artiste avait fait le voyage à Nancy avant d’exécuter son œuvre qui est la plus fidèle représentation de l’événement. Le visage du jeune lieutenant est restitué avec le plus grand souci d’authenticité grâce à l’utilisation d’un masque mortuaire, et l’architecture de la porte de Stainville, rebaptisée Désilles en l’honneur du héros, est représentée avec une grande exactitude.

Bibliographie

Jean-Paul BERTAUD, La Révolution armée : les soldats-citoyens et la Révolution française, Paris, Laffont, 1979.

Éric HARTMANN, La Révolution française en Alsace et en Lorraine, Paris, Perrin, 1990.

COLLECTIF, La Révolution en Lorraine, musée historique Lorrain (19 mai – 31 août 1989), catalogue d’exposition réalisé par Francine ROZE avec la collaboration de Mireille CANET et Hubert COLLIN, Nancy, Guides du musée Lorrain, 1789.

COLLECTIF, Regard. Collection du musée des Beaux-Arts de Nancy, catalogue réalisé sous la direction de Béatrice SALMON, Paris, Réunion des musées nationaux, 1999.

François PUPIL, « Le dévouement du chevalier Désilles et l’affaire de Nancy en 1790 : essai de catalogue iconographique », Pays lorrain, no 2, 1976, p. 73-110.

Éric HARTMANN, La Révolution française en Alsace et en Lorraine, Paris, Perrin, 1990.

Pour citer cet article
Sabine BOUCHY DU PALUT, « La mutinerie de Nancy, août 1790 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/mutinerie-nancy-aout-1790?i=41&d=1&c=Assemblee%20Constituante
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