La naissance des éditions pour enfants : l'exemple de Jules Hetzel

Date de publication : Juillet 2007

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Contexte historique
La situation du livre pour enfants au début du XIXe

On assiste, au XIXe siècle, au développement de l’enseignement primaire, grâce à la loi Guizot de 1833 puis surtout aux lois Jules Ferry, dans les années 1880. L’enseignement primaire devient alors gratuit et universel. Si l’éducation se fait encore beaucoup à la maison, l’école primaire se développe.
Cette évolution favorise la croissance d’un nouveau lectorat important, celui des enfants, et ne sera pas sans conséquence sur la littérature et l’édition. Magazines et autres ouvrages pour enfants fleurissent, afin de répondre aux préoccupations pédagogiques des familles cultivées, et de combler la demande croissante en manuels scolaires, imposée par la loi Guizot. Ce dernier domaine fera la fortune des éditions Hachette.
Dans un premier temps, si on reconnaît des besoins spécifiques à l’enfant, on tente surtout de lui imposer un code moral conventionnel, à travers une littérature didactique qui met l’accent sur la douceur envers les animaux, le courage, l’honnêteté, la fidélité et surtout la solidarité familiale. Les ouvrages se regroupent en différentes catégorie selon leur contenu et leur caractère illustré ou non : ouvrages moraux à frontispices illustrés, abécédaires illustrés, images d’Epinal ou abrégés, agendas, atlas et encyclopédie des connaissances. Le livre pour enfant bénéficie aussi du développement des techniques illustratives.
Mais les ouvrages illustrés sont souvent peu éducatifs, les ouvrages éducatifs demeurent pauvres en illustrations et les ouvrages illustrés et éducatifs, à de rares exceptions près, sont rarement distrayants. Parmi les hommes qui vont renouveler le livre pour enfants figure Jules Hetzel.
Analyse des images
Jules Hetzel, la famille Hugo et la photographie

Jules Hetzel se lie véritablement avec Victor Hugo en 1851, durant leur exil à Bruxelles. Après le rétablissement de l’Empire suite au coup d’Etat du 2 décembre 1851, les deux hommes sont en effet recherchés pour leurs prises de positions républicaines au moment des événements. Débutent alors une longue amitié et une collaboration fructueuse, puisque Hetzel éditera plusieurs œuvres de l’écrivain (Les Châtiments, Les Contemplations), le poussant aussi à rédiger un texte pour les enfants.
Charles Hugo, un des fils du poète, suit les traces de son père en embrassant également la cause républicaine et l’écriture. Jules Hetzel publie d’ailleurs, en 1856, son conte Le cochon de Saint-Antoine. En 1852, Charles embarque avec son père pour Jersey, où la famille vivra la suite de son exil. C’est là que Victor Hugo encourage ses fils et Auguste Vaquerie à ouvrir dans leur maison, un atelier de daguerréotype, puis de photographie sur papier, pour lequel on peut à juste titre parler de photographie romantique, notamment en vertu de l’attention portée au rendu du monde intérieur des portraiturés . C’est là que sera pris ce portrait de l’éditeur, dans ces mêmes années.
Hetzel y apparaît en buste, de trois-quarts, appuyé sur sa canne, le regard hors-champ, absorbé dans ses pensées. Il se détache sur drap froissé, un cadre particulièrement sobre pour l’époque. Par sa sobriété, une utilisation de la lumière mettant en valeur les contrastes du visage, la dimension naturelle de la pose et l’expression intime d’Hetzel, cette photographie n’est pas sans rappeler les portraits réalisés par Nadar à la même époque, lorsqu’il se consacre au « panthéon des artistes et écrivains contemporains ».
Interprétation
L’apport d’Hetzel à la littérature enfantine

Tout d’abord commis chez le libraire Paulin, Jules Hetzel se voit confier dès 1837, la responsabilité des 6 premiers volumes du Livre des enfants, un recueil de contes traditionnels, premier livre illustré imprimé avec une presse mécanique. Dès ce moment, Hetzel est convaincu de l’importance de la clientèle enfantine, et ne cessera de lui consacrer des ouvrages et des magazines. Il est ainsi le premier à avoir mené une véritable politique éditoriale dans le domaine de la littérature jeunesse.
Dans la première moitié du XIXe, les textes recommandés pour l’éducation des enfants sont encore ceux des auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Les Fables de La Fontaine sont, par exemple, en tête des ventes durant cette période. Une des ambitions de Hetzel sera donc de confier l’écriture de textes pour enfants à de grands auteurs contemporains, afin de constituer une littérature de qualité. Il fait ainsi appel à George Sand, Alexandre Dumas, Balzac ou Victor Hugo, et écrit lui-même sous le pseudonyme de P. J. Stahl.
Souhaitant produire des œuvres à la fois divertissantes et instructives, il soigne particulièrement l’illustration, en sollicitant là aussi les grands noms de son époque comme Tony Johannot ou Gustave Doré.
Grâce à lui, ainsi qu’à Curmer et Hachette, les fonctions d’éditeur et de libraire se précisent. Parmi ses principales publications à destination des enfants, nous pouvons citer les Voyages extraordinaires de Jules Verne, les Contes de Perrault illustrés par Doré, ou la revue Le magasin d’éducation et de récréation, porteuse de valeurs laïques et républicaines.
Bibliographie
Guglielmo CAVALLO et Roger CHARTIER (dir.)Histoire de la lecture dans le monde occidentalParis, Seuil, 2001.
Jean-Paul GOURÉVITCHHetzel, Le bon génie des livresParis, Editions du Rocher, 2005.
Pour citer cet article
Cécile PICHON-BONIN, « La naissance des éditions pour enfants : l'exemple de Jules Hetzel », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/naissance-editions-enfants-exemple-jules-hetzel?i=799&d=1&a=366
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