Une œuvre naturaliste

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Contexte historique
Lorsque l’artiste prend ses distances vis-à-vis du portrait officiel ou de commande, il peut élever comme ici un portrait anodin au rang d’icône et faire d’une paysanne inconnue un symbole. Fermière de Sainte-Marguerite-sur-Mer, sur la côte normande à l’ouest de Dieppe, près de Varengeville, tout à côté du castel d’Ailly où le peintre résidait l’été, Amanda, dite Manda Lamétrie, était née en 1867. Elevant un cheval et trois vaches, vivant de la pêche aux crevettes sur le littoral et de la surveillance des résidences secondaires, elle demeura célibataire et vécut

jusqu’à la fin de ses jours au centre de ce petit village.
Analyse des images
Exposé au Salon des artistes français de 1888, ce tableau fut immédiatement acheté par l’Etat pour le musée du Luxembourg. La description qu’en donnèrent les publications officielles était particulièrement laconique : « Jeune paysanne, en cheveux, les bras et les épaules nus, s’avançant, de face, dans un verger. Elle tient dans sa main droite un seau en fer-blanc rempli de lait. Corset de coutil gris, jupon gris, tablier de grosse toile, gros souliers. Derrière elle, en travers, une vache à robe claire. De chaque côté, un petit arbre. Dans le fond, derrière une haie, des arbres et des broussailles, et, sur la droite, une construction. Ciel clair et blanc du matin. » (Dix années du Salon de peinture et de sculpture, Paris, 1889, p. 128). Mais la toile souleva une vague de critiques élogieuses qui lui valut même le titre de « peinture de l’année » dans un article de A. Michel, collaborateur de la très respectable et réputée Gazette des Beaux-Arts (juin 1888, p. 443-444).
Interprétation
Le naturalisme, qui marque la peinture de la fin des années 1880, emprunte sa palette claire au mouvement impressionniste mais conserve une approche esthétique plus classique. Il investit avec passion les sujets modernes et contemporains et, sous la représentation parfois anecdotique des êtres et de leurs occupations, s’attache délibérément à traduire le destin social des modèles. Le tableau de Roll se situe fondamentalement dans cette optique documentaire chère à Zola : la monumentalité et la frontalité de la jeune femme rendues d’un pinceau vigoureux, l’absence volontaire de pittoresque, participent à la construction d’un portrait social de la France contemporaine. Loin des artifices de Jean-François Millet ou de la poésie mélancolique de Bastien-Lepage, elles offrent cette traduction sincère de la réalité que souhaitait la IIIe République, attachée à l’appui des masses rurales.
Bibliographie
Collectif Paysages, paysans : l’art et la terre en Europe du Moyen Age au XXe siècle Paris, Bibliothèque Nationale, 25 mars-26 juin 1994.
Gabriel P.
WEISBERG Beyond Impressionism: the naturalist impulse New York, Harry N.
Abrams, 1992.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « Une œuvre naturaliste », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/oeuvre-naturaliste?i=322&d=1&c=naturalisme
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