L'opéra inspire la réclame

Date de publication : Novembre 2010
Auteur : Stella ROLLET

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Contexte historique

Stratégies de production et de commercialisation à l’ère industrielle

L’essor de l’industrie dans la seconde moitié du XIXe siècle va de pair avec des progrès et des innovations qui révolutionnent les modes de vie, notamment les habitudes alimentaires. Pour attirer la clientèle vers des produits jusque-là inexistants, les entreprises ont recours à la réclame, surtout à partir de 1850. Elle se présente, entre autres, sous la forme de chromolithographies conçues pour être collectionnées par les enfants et ainsi fidéliser les consommateurs. La firme Liebig, née dans le courant des années 1860, adopte le procédé en 1872 pour vendre son extrait de viande. Ce n’est que plus tard, à partir de 1890, que cette méthode est copiée par d’autres entreprises comme la chocolaterie Suchard.

Analyse des images

Le Moyen Âge au service de la cuisine

L’image représente les personnages principaux de deux opéras, à gauche celui d’Asraël de Franchetti, à droite celui de Bélisaire de Donizetti. Extrêmement colorée et enrichie de dorures, elle illustre la vision idéalisée que le XIXe siècle a du Moyen Âge en même temps que l’engouement du public pour cette période. Asraël, avec son chapeau à plumes, sa cape dentelée et son justaucorps, autant que le château fort visible derrière lui représentent l’Occident médiéval, tandis que le style architectural du palais où se trouve le guerrier Bélisaire évoque l’Empire byzantin. Déclinant des éléments du costume des personnages, les bannières qui les surmontent renforcent encore l’ambiance recherchée. Au centre au premier plan apparaît une boîte d’extrait de viande Liebig. C’est au verso, selon l’habitude, que se trouvent les arguments publicitaires, assortis d’une description de l’image. Le texte qui l’accompagne, ici en français, pouvait également être rédigé dans d’autres langues, notamment en allemand, en italien et en espagnol.

Interprétation

La réclame et l’opéra

Le dernier tiers du XIXe est une ère de démocratisation pour l’opéra en France, comme en témoignent la création d’un « Opéra populaire » ainsi que les représentations à prix réduits instaurées par les grandes scènes lyriques. L’engouement des couches populaires pour cette forme artistique suscite bientôt l’intérêt des entreprises, soucieuses de faire largement connaître leurs produits. C’est, dans une certaine mesure, ce qui conduit Liebig à fonder cette réclame sur Asraël, opéra de Franchetti créé en 1888 dont la vogue est encore vivace en 1893. Son association avec Bélisaire, opéra dont la première a eu lieu en 1843, peut sembler plus surprenante, mais elle s’explique par la volonté de constituer une série alphabétique de héros masculins.

Bibliographie

Lorenz DETLEF, Fleischextrakt und grosse Oper : die Reklame-Sammelbilder der Liebig-Gesellschaft zu Oper, Operette und Ballett, Berlin, Lorenz Detlef, 1992.
Michel HAU, Histoire économique de l’Allemagne XIXe-XXe siècle, Paris, Economica, 1994.
Christiane LAMBERTY, Reklame in Deutschland 1890-1914, Berlin, Duncker & Humblot, 2000.
Philippe OLIVIER, Wagner, manuel pratique à l’usage des mélomanes, Paris, Hermann Éditeurs, 2007.

Pour citer cet article
Stella ROLLET, « L'opéra inspire la réclame », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/opera-inspire-reclame?c=opera&d=1&i=1102&oe_zoom=2048&id_sel=2048
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