L'ouvrier artisan

Date de publication : Avril 2005
Auteur : Fleur SIOUFFI

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Contexte historique
Gustave Caillebotte (1848-1894) montre des artisans au travail dans un appartement bourgeois peut-être situé dans la plaine Monceau, dans l’ouest parisien, un des quartiers nés des travaux de la rénovation de Paris par Haussmann sous le Second Empire.

Cette transformation architecturale a profondément modifié le tissu social en compartimentant encore plus les catégories de population : à la répartition « verticale », qui assignait les étages élevés aux domestiques, a succédé une répartition « horizontale ». Les ouvriers sont désormais relégués à la périphérie de Paris, loin des quartiers bourgeois du centre redessiné par Haussmann. Cette image parle du travail manuel et des métiers désormais disparus.
Analyse des images
Le tableau surprend par son sujet (de petites gens auxquelles il n’était pas d’usage de s’intéresser) comme par son cadrage en plongée. L’artiste exprime par ces choix son intérêt pour d’authentiques ouvriers-artisans : en témoigne le gros plan sur leurs bras. Il a conscience de la pénibilité de leur tâche et le montre : ils travaillent à genoux, leur peau luit de sueur. Le réseau de lignes géométriques enferme ces hommes dans un univers rigide duquel le regard du spectateur ne peut lui non plus s’échapper.

Mais plus que de compassion, il s’agit d’une célébration : leur musculature puissante est mise en valeur par la lumière rasante. Caillebotte traite son sujet avec une dignité et une sobriété qui excluent tout misérabilisme. Il s’agit, par la chaleur des couleurs, de dire la noblesse du travail, la qualité du matériau : le bois. Ces hommes sont par ailleurs solidaires les uns des autres – leurs gestes s’accordent, sans qu’il soit besoin de mots. Peu individualisés, ils sont réduits à leur fonction. C’est plutôt sur la dimension sociale qu’insiste l’artiste : ces artisans gagnent péniblement leur vie en aménageant un intérieur dont les stucs et les fers forgés disent le luxe. Ils accomplissent leur destin, qui ne manque pas de grandeur.
Interprétation
Caillebotte célèbre ici la dignité des travailleurs et l’amour du travail bien fait. Il valorise la qualité et la compétence des ouvriers, leur solidarité. La beauté du tableau rejaillit sur ces travailleurs et les requalifie : elle invite à les prendre en considération à une époque qui portait sur les milieux modestes un regard souvent entaché de préjugés négatifs ou misérabilistes.
Bibliographie
Dominique SERRE-FLOERSHEIM, Les Courants littéraires et artistiques, tome I « Époque moderne 1850-1930, de l’image au texte », Grenoble, C.R.D.P.
de Grenoble-Delagrave, 1998.
Pour citer cet article
Fleur SIOUFFI, « L'ouvrier artisan », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ouvrier-artisan?i=593&d=1&e=fleur%20siouffi
Commentaires
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fancyem31 le 09/10/2014 à 03:10:17
j'adore, c'est magnifique! splendide.
Parquet le 06/04/2013 à 04:04:55
Je suis très touché par cet œuvre puisqu'étant professionnel dans la fabrication de parquet massif. Cette œuvre rejoint mon quotidien comme vous le décrivez si bien : noblesse du travail et qualité du matériau même si bien entendu je n'en suis pas rendu à un aussi dur labeur que ces hommes. Ma façon de travailler le bois, dans les meubles sur mesure par exemple, est aussi une forme d'art, et chaque réalisation est une œuvre unique.