Ouvriers du bâtiment

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Contexte historique
Alexandre Steinlen, né à Lausanne en 1859, a été durablement impressionné par les événements parisiens de 1871. Célèbre pour ses affiches du cabaret du Chat noir et, plus généralement, pour ses chats, il l’est également pour la représentation qu’il sait donner des exploités dans ses tableaux ou gravures. Comme ses (rares) contemporains qui s’intéressent au monde du travail, il retient surtout les métiers d’extérieur, visibles de la rue, non les ouvriers de la grande industrie. Il s’agit ici d’ouvriers du bâtiment. En 1911, à l’époque où ce tableau a été peint, ils représentent 13,6 % d’une population ouvrière estimée à 4,7 millions de personnes.
Analyse des images
Un mur de briques rouges et des échafaudages, éclairés, occupent le centre d’un tableau uniformément composé de teintes chaudes. Ce motif central dresse le décor – un chantier du bâtiment – et permet d’identifier sans ambiguïté les personnages avant tout autre indice. Ce mur et l’ombre qui le prolonge dessinent une diagonale en dents de scie qui partage le tableau en deux triangles inégaux dont l’un, à l’arrière-plan, est en plein soleil tandis que l’autre, au premier plan, sensiblement plus grand, est à l’ombre. Dans chacun d’eux, une attache de ceinture, rouge, qui rappelle la teinte du mur. Ce mur dessine un rectangle dans l’ombre duquel s’inscrivent les trois ouvriers constituant le groupe de premier plan. Cette construction n’est pas sans évoquer certaines estampes japonaises.
Le moment représenté est celui de la pause, peut-être même l’heure du déjeuner (au second plan, la lumière est forte, et un ouvrier paraît manger quelque chose). Les ouvriers sont au repos, les bras croisés de diverses manières, de telle sorte que leurs mains, cette expression du travail entre toutes, sont invisibles. Les trois ouvriers qui parlent au premier plan sont chacun d’une génération différente. Leur tenue les désigne comme des hommes du peuple : col ouvert, chapeaux n’ayant plus de véritable forme, veste défraîchie jetée sur les épaules de l’un d’eux. Leurs pantalons larges et la ceinture de terrassier, déjà évoquée, nous indiquent clairement leur profession. A l’arrière-plan les quatre personnages pareillement vêtus ne sont plus que des silhouettes à l’allure cependant plus déliée, avec une tenue plus décontractée (manches retroussées). Cet univers du chantier est strictement masculin, sans connotation virile cependant.
Interprétation
Steinlen fut à la fois affichiste, peintre et graveur. Si ces affiches constituent un pan spécifique de son œuvre, ses tableaux et gravures entretiennent en revanche de fortes parentés. Les individus qu’il peint ici deviennent des types dans les gravures qu’il réalise alors pour le journal satirique L’Assiette au beurre ou pour d’autres titres de la presse ouvrière. La prééminence du courant syndicaliste révolutionnaire dans la fédération du bâtiment et certaines grandes grèves advenues dans ce secteur valent à l’ouvrier du bâtiment de s’imposer comme la figure ouvrière par excellence.
L’étroite relation qu’entretiennent les tableaux et les gravures permet alors une hypothèse. Dans les gravures, le soleil constitue une image de l’avenir, et dès lors un devenir. A ce titre, la simultanéité du soleil et de l’ombre, ici réaliste, est susceptible de surinterprétation. Ces silhouettes aux allures plus déliées plongées dans la lumière ne sont-elles pas aussi l’image d’un devenir ?
Bibliographie
Steinlen Exposition, Musée de l’Histoire vivante, Montreuil, 1987.
Gérard NOIRIEL, Les Ouvriers dans la société française Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1986.
Pour citer cet article
Danielle TARTAKOWSKY, « Ouvriers du bâtiment », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ouvriers-batiment?i=373&d=1&c=mouvement%20ouvrier
Commentaires
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Histoire-image le 19/06/2015 à 11:06:56
Bonjour, et merci pour l'intérêt que vous portez à notre site,

A bientôt,

Juliette.
Louis le 14/06/2015 à 12:06:33
bon billet je partage

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