Paris enflammé par la Commune

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Contexte historique

Paris en feu

Les premiers incendies particulièrement spectaculaires de la « Semaine sanglante » furent provoqués par les bombardements versaillais sur le Champ-de-Mars et sur le ministère des Finances. Ces tirs à boulets rouges devaient permettre aux troupes versaillaises de gagner du temps et de pénétrer plus facilement dans la capitale.

Partagée entre stratégies tactiques et actions symboliques, la Commune alluma à son tour des feux pour faire diversion et pour entraver la progression des versaillais. Brûler Paris plutôt que de le rendre devint une consigne dans les rangs communards, conformément à certaines déclarations qui avaient pu enflammer les esprits, comme cette formule menaçante aux accents prémonitoires de Louise Michel : « Paris sera à nous ou n’existera plus » (17 mai 1871).

Analyse des images

Les édifices incendiés

Cette gravure photographiée et retouchée par Numa fils offre une spectaculaire vision à vol d’oiseau de Paris en proie aux flammes. Vu depuis un point en hauteur situé au-dessus du jardin des Tuileries, ce panorama montre les principaux édifices et les différents quartiers touchés par les incendies : la barrière de feu du palais des Tuileries, le Conseil d’État, le palais de la Légion d’honneur, le ministère des Finances et la Cour des comptes qui ont commencé à flamber le 23 mai 1871 au soir. L’Hôtel de Ville incendié par Pindy le lendemain est également visible, de même que la préfecture de police et le Palais de Justice mis à feu sur ordre de Ferré.

Le cœur de Paris est donc le plus touché, comme le montre cette sorte de plan en relief. Mais il y a aussi d’autres foyers sur la rive droite, tels les quartiers populaires de la porte Saint-Martin et de Saint-Eustache. Numa fils n’a toutefois pas représenté la rive gauche qui fut pourtant aussi touchée par des incendies dont l’origine fut souvent difficile à déterminer : la rue de Lille, le quartier Vavin ou le carrefour de la Croix-Rouge.

Interprétation

Une vision panoramique

Dans les derniers chapitres de La Débâcle (1892), Zola décrit Paris livré aux flammes, à la « chaleur insupportable », à « l’air brûlant d’asphyxie » sous une « pluie de tisons ». L’un de ses héros, Maurice, « voyait le ciel s’embraser d’une immense lueur rouge […] comme si toute la ville s’allumait ». En recourant à un dispositif panoramique, l’artiste réussit ici à produire un effet saisissant, grâce à la précision topographique d’une image qui s’apparente plus à un relevé qu’à un paysage.

Cette image de la ville brûlée souvent comparée à la Rome de Néron reste ambivalente. Les anticommunards y virent la concrétisation de leurs fantasmes – celui de la pétroleuse, archétype de la criminelle, fut sans conteste l’un des plus efficaces – pour mieux dénier sa portée politique à la Commune. Quant aux communards, ils crurent parfois à cette « politique du feu » qu’ils perçurent comme la destruction du Paris d’Haussmann dont le peuple avait été proscrit, voire comme une tentative désespérée de reconquête du cœur de la ville assimilé au pouvoir des notables.

Bibliographie

Bernard NOËL, Dictionnaire de la Commune, [1971], 2 vol., Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1978.

Louis RÉAU, Histoire du vandalisme : histoire des monuments détruits de l’art français, Paris, Robert Laffont , coll. « Bouquins », 1994.

Pour citer cet article
Bertrand TILLIER, « Paris enflammé par la Commune », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/paris-enflamme-commune?i=36&d=1&musee=Mus%C3%A9e%20d%27Art%20et%20d%27Histoire%20de%20Saint-Denis
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