• Rémouleur.

    Eugène ATGET (1857 - 1927)

  • Marchand de paniers.

    Eugène ATGET (1857 - 1927)

  • Chiffonnier.

    Eugène ATGET (1857 - 1927)

  • Fleuriste.

    Eugène ATGET (1857 - 1927)

Les petits métiers de Paris dans les albums d'Eugène Atget

Date de publication : Décembre 2007

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Contexte historique
Des métiers en voie de disparition

Au tournant du XXe siècle, les petits métiers de Paris disparaissent progressivement sous l’effet de l’industrialisation et de la diffusion des grands magasins. Atget qui s’intéresse aux aspects du vieux Paris, s’attache alors à photographier les marchands ambulants de la capitale. Il poursuit ainsi une longue tradition iconographique née au XVIe siècle et qui se développa au cours du XIXe siècle en réponse au déclin de cette profession.
Face aux changements rapides engendrés par le passage à la modernité, les petits métiers apparaissent comme l’image rassurante d’une certaine continuité ; ils représentent la permanence de traditions anciennes et sont notamment étudiés par les folkloristes. La figure du marchand ambulant devient alors une sorte d’emblème nostalgique du pittoresque parisien à laquelle Atget n’est pas insensible.
Pourtant, c’est tout particulièrement la place occupée par ce travail dans la vie populaire du Paris pré-haussmannien qui le retient : s’exerçant à l’extérieur, les métiers de rue contribuent à l’animation, à la vie sociale du quartier ; ils sont intimement liés à la morphologie de la capitale avant les travaux urbanistiques du second Empire.
Analyse des images
Portraits de métiers

Atget photographie les marchands ambulants sur leur lieu de travail, entourés de leurs marchandises : le rémouleur, ou affûteur de couteau, s’est installé, avec son établi au coin d’une rue ou au milieu d’une place ; la fleuriste a déposé sa corbeille de fleurs devant un bâtiment ; le vannier déambule, chargé de paniers, dans la ville ; le chiffonnier s’apprête à repartir, sa charrette pleine de sacs de détritus. Parfois, il leur demande de mettre en scène leur activité, de poser en mimant l’achat et la vente pour montrer les interactions qui s’établissent avec les habitants du quartier ou les passants.
La plupart des clichés mettent cependant en avant la mobilité intrinsèque aux petits métiers : si, lorsqu’ils sont arrêtés, attendant ou hélant le client, leur environnement se distingue assez bien, l’arrière plan est le plus souvent flou, notamment pour les emplois contraints à des déplacements constants, comme le vannier ou le chiffonnier. Les éléments architecturaux se brouillent, la figure du marchand est disjointe de ce qui l’entoure – la netteté de l’un contrastant avec l’effacement de l’autre – comme pour signifier la stratégie ambulatoire qui les caractérise : ne restant jamais au même endroit, ils n’intègrent pas le quartier qu’ils parcourent. La pose du chiffonnier, les bras tendus, la jambe en avant, le corps penché souligne bien le mouvement inhérent à ces professions.
A travers ces images, Atget dresse en quelque sorte le portrait de chacun de ces métiers de rue : photographiés en pied, les marchands ambulants ne sont pas tant individualisés par leurs traits que par leurs marchandises. Celles-ci les définissent et semblent parfois faire corps avec leur propriétaire. Le rémouleur est comme encastré dans son atelier roulant ; le chiffonnier se maintient en équilibre en tirant sa charrette, tel un prolongement de lui-même ; le vannier est enveloppé de paniers où s’évanouissent ses bras, comme autant d’appendices constituant de nouveaux membres… Seule la fleuriste, ayant posé sa corbeille, ne se trouve pas physiquement unie à son chargement. Elle tient cependant des fleurs à la main et sa posture cambrée signale son habitude de transporter ses produits : son corps est emprunt du poids de son panier.
Interprétation
Un regard documentaire

Les photographies des petits métiers de Paris d’Atget, portent un regard bien plus documentaire que nostalgique sur ces professions. Tout en s’inscrivant dans le regain d’intérêt pour la figure des marchands ambulants, tradition vouée à disparaître, elles témoignent d’une compréhension accrue du rôle social tenu par ces professions, acteurs de la vie quotidienne du quartier, et de leurs manières de travailler.
Chaque cliché est pris de façon à rendre visible, par le cadrage, la mise au point, la pose, les traits distinctifs de cette activité, en particulier son rapport interactif et mobile avec la ville et son lien presque corporel à sa marchandise. Il poursuivait ainsi, sur le même mode typologique, son étude des aspects du vieux Paris : la série des métiers de rue forme un contrepoint vivant à ses clichés des arrondissements et des quartiers parisiens où les habitants sont le plus souvent absents.
Lorsqu’il reprend ce thème une dizaine d’années plus tard, vers 1912, il enregistre le recul définitif des marchands ambulants au profit des kiosques, des petites boutiques et autres étalages de rue. Les ordonnances sur l’occupation des espaces et des voies publiques ont imposé la fixité aux petits commerces et réglementé ce secteur d’activité, accélérant un déclin déjà ancien. Il trouvera malgré tout des équivalences sociales et formelles entre les anciens et les nouveaux petits métiers : ils participent encore à l’animation du quartier et débordent malgré tout sur la rue, avec leurs étals composites aux formes parfois surprenantes, brouillant toujours les frontières entre espace public et privé.
Bibliographie
Laure BEAUMONT-MAILLETAtget, ParisParis, Hazan, 2000.
Guillaume LE GALLAtget, Paris pittoresqueParis, Editions Hazan, 1998.
Gérard NOIRIELLes ouvriers dans la société française, XIXe-XXe sièclesParis, éditions du Seuil, 1986.
Pour citer cet article
Claire LE THOMAS, « Les petits métiers de Paris dans les albums d'Eugène Atget », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/petits-metiers-paris-albums-eugene-atget?i=840&d=1&c=petits%20metiers&id_sel=1524
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