Pionnier du cinéma

Date de publication : Février 2008

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Contexte historique
L’invention du cinématographe

Après les lanternes magiques, la chronophotographie et le Kinetoscope d’Edison, et dans la lignée des travaux de d’autres inventeurs, les frères Auguste et Louis Lumière, fils d’Antoine un industriel lyonnais ayant fait fortune dans la photographie (il a inventé les plaques « étiquettes bleues » et le procédé autochrome), mettent au point, au début de l’année 1895, une caméra réversible, c’est-à-dire capable d’enregistrer, de tirer et de projeter des images animées. Cet appareil utilise un magasin avec de la pellicule 35 mm (une bande celluloïd recouverte d’un support en nitrate de cellulose) de 17 m de longueur, soit un peu moins d’une minute de film. Pour expérimenter son invention, puis mettre en valeur ses possibilités à des fins commerciales, Louis Lumière tourne au cours de l’été 1895 de brefs reportages plus ou moins en direct, et différentes scènes familières, des vues de ses proches, de sa famille, comme ici avec son frère Auguste et sa femme, qui préfigurent en quelque sorte les films amateurs.
Analyse des images
Photogrammes

L’image représente une planche photographique avec des photogrammes du film de Louis Lumière Repas de bébé (parfois présenté sous deux autres titres : Le Déjeuner de bébé ; Le Goûter de bébé). On y voit un couple (Auguste et son épouse Marguerite Lumière) qui donne à manger à un jeune enfant, leur fille Andrée. Sur la table dressée en plein air, on distingue des tasses à café, une cafetière, des petits verres et une bouteille d’alcool : signes d’une fin de repas d’adultes. La banalité de la situation peut surprendre, et pourtant, à l’époque, elle fut perçue comme une vue extraordinaire.
Interprétation
Film de famille

D’après le catalogue de la Société Lumière, ce film de 50 secondes appartient à la série des vues Lumière consacrée à leur vie de famille. Il a été tourné durant le printemps 1895 à la maison Montplaisir, propriété de la famille Lumière. Si l’on en croit certains témoignages, les premiers spectateurs furent frappés par les mouvements des protagonistes, mais aussi par ceux des feuillages situés à l’arrière plan : détails anodins qui renforçaient l’illusion de réalité, prouvant ainsi aux yeux des contemporains la véracité de l’image enregistrée sur le vif. Cependant, comme souvent dans les films Lumière, on voit bien qu’il y a une intentionnalité : les sujets sont soigneusement choisis (ici, en l’occurrence, cette vue familiale heureuse et confortable renvoie à la réussite sociale des Lumière qui vivent bourgeoisement) , la caméra est placée de façon précise et l’organisation du cadrage est remarquable. On pourait même dire qu’il s’agit là d’une mise en scène du réel pour accentuer l’impression de naturel.
Bibliographie
Laurent MANNONILe grand art de la lumière et de l’ombre.
Archéologie du cinéma
Paris, Nathan, 1994.
Vincent PINELLouis Lumière, inventeur et cinéasteParis, Nathan, 1994.
Jacques RITTAUD-HUTINETLes Frères LumièreParis, Flammarion, 1995.
Pour citer cet article
Laurent VÉRAY, « Pionnier du cinéma », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/pionnier-cinema?i=850&d=1&e=laurent%20veray
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