• Planches de l'Encyclopédie. Chapitre "Papeterie", tome V, planche X : "Papeterie, cuve à ouvrer"

    Louis-Jacques GOUSSIER (1722 - 1799)

  • Planches de l'Encyclopédie. Chapitre "Papeterie", tome V, planche X : "Papeterie, la salle".

    Louis-Jacques GOUSSIER (1722 - 1799)

Planches de l’Encyclopédie

Date de publication : Février 2013
Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

Composés de quelque 60 000 articles, les dix-sept volumes de textes de l’Encyclopédie s’accompagnent de onze volumes de planches. Des illustrations qui proviennent de sources diverses. Certaines sont directement tirées de l’Encyclopédie en langue anglaise de Chambers qui a été à l’origine du projet encyclopédique de Diderot et d’Alembert ; d’autres viennent des volumes annuels de L’Histoire et mémoires de l’Académie des Sciences. Mais de manière plus systématique, elles sont dans leur grande majorité issues de la collection de dessins et de gravures rassemblée au cours d’un demi-siècle par l’Académie des sciences pour sa propre Description des Arts et Métiers.

Ces procédés relèvent des pratiques éditoriales de l’époque, qui oscillent entre pillage et plagiat. Toutefois, si les estampes récupérées par des graveurs indélicats servaient de base aux descriptions à venir, les planches furent aussi retravaillées en fonction des connaissances techniques nouvelles ou du discours que l’on voulait mettre « en lumière ». L’ensemble de ce corpus gravé, soigneusement vérifié dans les ateliers et les manufactures, constitue un précieux témoignage visuel sur les gestes techniques des ouvriers, le fonctionnement des ateliers et surtout les machines alors en usage.

Analyse des images

Dans ces deux planches (X et XIII) issues du chapitre « Papetterie » (tome V), Louis-Jacques Goussier (1722-1799), de manière traditionnelle, figure dans une vignette supérieure un atelier avec ses ouvriers anonymes, hommes et femmes, plongés dans leur labeur. La partie inférieure de la planche, en une sorte de grossissement de la focale, s’attache quant à elle à représenter les détails techniques de la machinerie employée.

La planche X montre ainsi l’atelier où l’on « ouvre », c’est-à-dire travaille le papier. On y distingue l’ouvreur (Fig. 1), le leveur (Fig. 2) et le piquet ou le chevalet (Fig. 3), soit quelques-uns des ouvriers qui participent à la fabrication du papier. Cette vignette s’accompagne d’une vue en élévation et d’un plan de la presse et de la cuve qu’ils utilisent.

La planche XIII montre une papetière en train d’éplucher le papier (Fig. 1), une autre qui le lisse (Fig. 2), une toute jeune fille qui le plie (Fig. 3), une compteuse qui l’assemble (Fig. 4) et enfin le salleran qui le presse (Fig. 5). Le bas de la planche représente une presse mécanique en élévation et en plan.

Interprétation

Louis-Jacques Goussier fut l’artisan principal des volumes d’illustrations de l’Encyclopédie, fournissant plus de 900 planches sur les 2885 qui composent l’ensemble. Formé à l’enseignement des mathématiques, dessinateur autodidacte, Goussier mène une véritable enquête dans les ateliers et les manufactures afin de s’assurer que ses dessins sont fidèles à la réalité, ce qui lui vaudra d’être mentionné dans le Discours préliminaire à l’Encyclopédie par d’Alembert qui y évoque ses connaissances et son intelligence « dans toutes les parties des Mathématiques & de la Physique, et à qui cet Ouvrage a beaucoup d’autres obligations ».

Ces planches mettent essentiellement en scène la production elle-même, et les ouvriers représentés ne sont là que pour « figurer » un geste ou une action souvent unique. Rien n’évoque leurs déplorables conditions de vie et de travail : hommes et femmes sont impeccablement mis, les ateliers sont clairs, ordonnés, propices à la concentration et à une production sereine. Utopiques mais techniquement réalistes, ces planches illustrent avant tout les processus de fabrication manufacturiers et artisanaux dans une volonté d’encourager le progrès et le développement des arts mécaniques et utiles. Réalisés avec une très grande précision, les plans de coupe et les élévations participent pleinement de cette fascination pour les arts et les sciences propre aux concepteurs de ce monument du savoir du XVIIIe siècle.

Bibliographie

· Jacques PROUST, « L’image du peuple au travail dans les planches de l’Encyclopédie », in Images du peuple au XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, 1973.

· Les planches de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert vues par Roland Barthes, catalogue de l’exposition du musée de Pontoise, Paris, Association Les Amis de Jeanne et Otto Freundlich, 1989.

· Jean-Louis LIBOIS, « Scénographie des planches de l’Encyclopédie », in L’Encyclopédie et ses lectures, Caen, Éditions de l’École Normale, 1987.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « Planches de l’Encyclopédie », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/planches-encyclopedie?i=1284&d=1&musee=Biblioth%C3%A8que%20de%20l%27Institut
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