Portrait du cardinal Mazarin

Date de publication : Décembre 2012

Professeur à l'Université de Paris X Nanterre

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Contexte historique

Le portrait de Mazarin a été commandé à Pierre Mignard. L’artiste, après un séjour à Rome où il s’est fait une grande réputation, a été rappelé en France par Louis XIV en 1657. Il devient alors premier peintre du

roi et est à la tête d’un atelier important. C’est donc à lui que s’adresse le cardinal Mazarin pour réaliser ses portraits. Celui présenté ici est actuellement conservé au Musée Condé de Chantilly.

Il existe au moins douze autres portraits presque identiques de Mazarin datés des années 1658-1660. Cela laisse augurer le travail des élèves dans son atelier. Plus tard Watteau dira en riant qu’il était spécialisé dans les têtes de Saint Nicolas du temps où il travaillait pour un peintre d’images pieuses.

Analyse des images

Portrait du cardinal Mazarin

Le peintre (ou l’un de ses élèves) a représenté le cardinal en buste. Cette proximité rapproche le modèle de l’observateur et lui confère une exceptionnelle présence. Le personnage est saisi de trois quarts, il tourne la tête vers le spectateur. Le visage est grave et Mazarin vous regarde dans les yeux, regard intense, presque intimidant.

Le cardinal porte une tenue extrêmement sobre : un camail rouge sans le moindre décor et un petit rabat blanc met en valeur le visage pensif. Comme à la mode de l’époque, les cheveux ondulés et assez longs encadrent le visage qui porte moustache et petit bouc à la mousquetaire. La calotte rouge complète le vêtement. Seule une légère clarté sur la droite du menton détache ce visage grave du fond sombre.

On ne s’étonnera pas que le musée Chantilly conserve ce portrait : le château, qui appartenait aux à la famille des Montmorency, passe par mariage dans la famille des princes de Condé. Louis II de Condé, le grand révolté de la Fronde, dit plus tard le Grand Condé, possède un portrait du ministre de Louis XIV auquel il tient tête pendant plusieurs années, lors de la Fronde, avant de choisir d’aller servir le roi d’Espagne. En 1659, le révolté a fait sa soumission au roi et donc au ministre.

Interprétation

Mazarin, un homme de paix

Mazarin (1602-1661), vrai successeur de Richelieu, a poursuivi l’œuvre du grand cardinal. En 1630-1631, il a négocié, comme envoyé du pape, les traités de Cherasco en Italie du Nord. Ils sont conclus à l’avantage de la France (acquisition de Pignerol) et du duc de Nevers protégé de Louis XIII, héritier de Mantoue et du Montferrat. En 1643, Louis XIII fait de Mazarin, devenu cardinal, le parrain de son fils et successeur, Louis XIV. A la mort du roi, la régente Anne d’Autriche prend le cardinal italien comme principal ministre. Mais les Grands évincés par ce choix, entrent en révolte. Dès le 27 mai 1643, la Cabale des Importants dirigée par le duc de Beaufort, un petit-fils de Henri IV, menace la régente et son ministre. Mazarin est même visé par un attentat découvert à temps.

En 1643 la France est engagée dans la guerre contre l’empereur Habsbourg et son cousin espagnol. Les armées françaises doivent combattre sur plusieurs fronts : la Flandre et le Roussillon espagnols, l’Alsace et les bords du Rhin qui dépendent de l’Empire. Le poids de ces armées impose une charge presque insupportable au trésor. Pour remplir les caisses qui se vident trop vite, le contrôleur général des finances, Particelli d’Emery, amené à cette charge par Mazarin, est contraint de proposer de nouveaux impôts : en 1644, le toisé auquel il faut renoncer en 1645 devant l’opposition des parlementaires ; puis, en 1646, le tarif qui majore les droits de douane sur les marchandises entrant dans Paris. En 1648, malgré la paix avec l’empereur obtenue par les traités de Westphalie, cette pression fiscale, imposée par le poids de la guerre poursuivie avec l’Espagne, est la première cause de la révolte des magistrats, menacés dans leur biens, puis des nobles, évincés du conseil et donc du pouvoir. La Fronde sévit pendant cinq ans, jusqu’en 1653. Il faudra attendre encore cinq ans pour faire plier l’Espagne.

Pour mettre un terme à la guerre contre l’Espagne, Mazarin a maintenu les armées en campagne et, en même temps, négocier avec l’adversaire. En 1658, Turenne remporte la bataille des Dunes près de Dunkerque. Désormais, Philippe IV laisse son favori Dom Luis de Haro négocier avec Mazarin. Le 7 novembre 1659, les deux ministres signent le traité des Pyrénées. Mazarin, diplomate, toujours en quête de la paix, achève son œuvre en laissant la France agrandie des trois évêchés lorrains, Metz, Toul et Verdun, et de l’Alsace, en 1648, du Roussillon, de l’Artois et de 14 places en Flandre, en 1659.

Bibliographie

BERTIERE, Simone, Mazarin, le maître du jeu, Ed.
de Fallois, 2007.
GOUBERT, Pierre, Mazarin, Fayard, 1990.
MARIN, Louis, Le portrait du roi, Paris : Ed.
de Minuit, 1981, 300 p.

Pour citer cet article
Hélène DUCCINI, « Portrait du cardinal Mazarin », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/portrait-cardinal-mazarin?i=1272&li=1
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