Portrait officiel du président Jules Grévy

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Contexte historique
Jules Grévy (Mont-sous-Vaudrey, Jura, 1807-idem, 1891) fut avocat avant d’entamer une carrière politique à la suite de la Révolution de 1848. Il y met fin après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais réintègre le Corps législatif en 1868 où il siège dans l’opposition. Hostile à la déclaration de guerre à l’Allemagne en 1870, il se range après la défaite parmi les républicains modérés. Il est député à l’Assemblée nationale réfugiée à Bordeaux en février 1871, puis Président de la Chambre des députés en 1876. Il devient président de la République en 1879, est réélu en 1885 et conserve ce poste jusqu’en 1887, date à laquelle il est obligé de démissionner suite au scandale du trafic de décorations auquel est mêlé son gendre Daniel Wilson.
Analyse des images
Nouvellement élu, Jules Grévy doit poser pour un portrait officiel. Léon Bonnat, représentant actif et symbole même de l’art académique et officiel, portraitiste renommé et abondant, est chargé de cette commande exposée au Salon des Artistes français de 1880.

Ce portrait d’une précision quasi photographique qui le représente debout et de face, dans une pose hiératique, sur un fond sombre et indistinct, a été largement commenté en termes négatifs. Philippe de Chennevières, tenant de la tradition, qui exerça de hautes responsabilités dans le domaine artistique écrit dans la Gazette des Beaux-Arts : « Aspirant à donner au portrait de M. Grévy une attitude de gravité souveraine, un caractère d’austérité raide et imperturbable, sans sortir de la réalité moderne, il [Bonnat] n’est arrivé qu’à exprimer la dignité imposante d’un président de tribunal civil de province qui viserait au majestueux. » Lui fait écho le compte rendu de l’écrivain J.-K. Huysmans, favorable aux courants novateurs, qui publie dans L’Art moderne : « Que dire du portrait de M. Grévy, posé comme un manche à balai, sur le fond sombre et encore éclairé, d’en haut, sans doute par un châssis qui laisse s’égoutter des lueurs bleuâtres sur le front, sur les mains brossées avec mille simagrées de retouches, avec mille préciosités de détails. C’est le portrait le plus illettré et la rubrique la plus absolue, c’est de l’adresse manuelle, du travail soigné de contremaître, et voilà tout. »
Interprétation
Ce portrait de Jules Grévy était l’image idéalisée du pouvoir nouvellement incarné, et sa reproduction devait être adressée à tous les lieux publics, mairies, préfectures, chambres de commerce ou ambassades, et servir, à l’occasion, de cadeau diplomatique. Un certain nombre de copies peintes furent immédiatement commandées, comme il était de tradition, à des artistes sollicitant les secours du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Jules Ferry, ou du sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, Edmond Turquet. Mais pour la première fois, l’administration centrale, autant par économie que par désir de célérité, eut l’idée de recourir à la photographie pour couvrir rapidement et largement la fourniture d’effigies présidentielles destinées à toutes les institutions. Cependant, le statut du personnage officiel, comme celui de l’image, est encore tel, à ce moment, que personne ne songe à faire poser Jules Grévy devant l’objectif, et ce sont les reproductions photographiques du tableau qui sont commandées pour être distribuées.
Bibliographie
Jean-Marie MAYEUR Les Débuts de la Troisième République (1871-1898) Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1978.
Jean-Yves MOLLIET Usages de l’image au XIXe siècle Paris, Créaphis, 1992.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « Portrait officiel du président Jules Grévy », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/portrait-officiel-president-jules-grevy?i=229&d=11&t=113
Commentaires
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berot le 18/09/2011 à 02:09:58
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sue la gratuité de l'enseignement primaire.

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