• Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie, pendant l'épidémie de variole en février 1898.
  • Une infirmière du Comité donnant un cours d'hygiène d'enfants.

    ANONYME

Promouvoir l’hygiène : les voies modernes d’un nouveau combat

Date de publication : Mars 2011

Partager sur:

Contexte historique
L’hygiène : une cause à la fois publique et privée 

Durant la seconde partie du XIXe siècle, la lutte pour promouvoir l’hygiène et la santé de la population s’intensifie en France. Avec la IIIe République et la forte émergence de courants hygiénistes à la fin du siècle, les pouvoirs publics soucieux d’assurer le bien-être des citoyens développent sur tout le territoire des mesures concrètes et des campagnes de prévention d’une importance jusque-là inégalée. Et, au service de ce combat, tous les moyens modernes de communication sont utilisés, qui montrent les actions engagées et leur succès et invitent le plus grand nombre à en bénéficier. Les estampes, les affiches mais aussi les photographies reprises dans la presse ou transformées en cartes postales, comme ici avec Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie, datant de 1898, sont largement diffusées au tournant du siècle. 

Les initiatives privées restent pourtant un complément nécessaire de cette véritable politique de santé publique, surtout lorsque la Première Guerre mondiale vient appauvrir et affaiblir le pays. De 1917 à 1924, le Comité américain pour les régions dévastées (C.A.R.D.), créé par la fille du banquier John Morgan, Anne Morgan, fournit ainsi une aide précieuse dans les domaines de la santé, de l’éducation et des loisirs aux habitants de Picardie grâce à des fonds collectés aux États-Unis. Tiré du fonds Anne Morgan, le cliché Une infirmière du Comité donnant un cours d’hygiène d’enfants présente d’abord un témoignage documentaire sur ce volet de l’activité du C.A.R.D. On peut cependant supposer que l’image a aussi vocation à être rendue publique, et qu’elle est par là un outil de promotion délivrant un certain message.
Analyse des images
L’hygiène en pratique 

Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie est une photographie qui a servi de carte postale, comme l’indiquent le timbre tamponné et la légende qui barre le bas de l’image. 

Dans la salle de la mairie, où le buste de Marianne symbolise classiquement la République, un groupe d’habitants vient se faire vacciner contre la variole. Le champ assez large embrasse l’ensemble de la scène et permet de tous les apercevoir. L’opération s’effectue sous les yeux de deux gendarmes, ce qui accentue son caractère officiel, déjà évoqué. La composition est linéaire et organisée à partir de l’endroit où a lieu cette vaccination, puisque les attentes et la plupart des regards convergent vers les deux agents de la santé publique qui la réalisent (l’un est assis à une table et note les noms, l’autre est le médecin qui fait la piqûre). À gauche de « l’action », un simple observateur, vraisemblablement un notable ou un homme politique local. À droite, les hommes, les femmes et les enfants qui, une manche relevée, attendent leur tour. 

Une infirmière du Comité donnant un cours d’hygiène d’enfants présente une composition en demi-cercle qui fait pénétrer le spectateur dans l’intimité du cours d’hygiène. Au centre, une baignoire de métal et l’enfant nue servant à la « démonstration » pédagogique effectuée par l’infirmière que regarde avec attention un public de femmes et de jeunes filles visiblement attendries. L’absence de profondeur et de second plan renforce d’ailleurs cette impression de cocon confortable propice à l’apprentissage.
Interprétation
Hygiène institutionnelle et institutrice d’hygiène 

Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie suggère l’aspect solennel, officiel et institutionnel de cette action de santé publique (signes de la République, du pouvoir politique et des forces de l’ordre). Cette carte postale diffusée à travers le pays montre aussi que la République s’occupe de tous (les paysans contrastent avec les lieux, les notables et les médecins), vieux comme jeunes, femmes comme enfants. Elle sait réagir (ici à une épidémie) rapidement et efficacement, et ce sur tout le territoire national comme l’indique la précision du lieu. 

Une infirmière du Comité donnant un cours d’hygiène d’enfants offre une image assez différente de la lutte pour l’hygiène. Si le moment est important, il n’est pas solennel (sourires sur les lèvres) mais plutôt doux et intime. Nul signe d’une institution (le C.A.R.D. est un organisme privé et « international »), sauf l’institution en action d’un savoir et d’une pratique à destination des générations futures.

Si le fait que les cours ne soient pas mixtes explique que la scène se déroule dans un véritable gynécée, on peut aussi suggérer que la question de l’hygiène semble alors essentiellement féminine : ce sont les femmes qui doivent la transmettre (les infirmières au C.A.R.D. ; et les futures mères, ici préparées, à la maison) et qui la pratiquent le plus. Ainsi, quand la politique de santé publique (première image) serait républicaine et par là indifférente au genre, l’hygiène resterait d’abord une affaire de femmes.
Bibliographie
Des Américaines en Picardie au service de la France dévastée, 1917-1924, catalogue de l’exposition présentée à l’Historial de la Grande Guerre, 3 mai-31 août 2002, Péronne, R.M.N., 2002.
Didier NOURRISSON, « Introduction » in Éducation à la santé.
XIXe-XXe siècle
, Rennes, École nationale de la santé publique (coll.
« Recherche, santé, social.
Histoire », 2002.
Georges VIGARELLO, Histoire des pratiques de santé, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1999.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Promouvoir l’hygiène : les voies modernes d’un nouveau combat », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/promouvoir-hygiene-voies-modernes-nouveau-combat?i=1135&d=1&musee=Mus%C3%A9e%20national%20de%20la%20Coop%C3%A9ration%20Franco-am%C3%A9ricaine&id_sel=2133
Commentaires