La rencontre de Napoléon et Alexandre sur le Niémen le 25 juin 1807

Date de publication : Novembre 2011

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Contexte historique

Un dégel franco-russe sur le fleuve Niémen

En 1801, l’avènement d’Alexandre Ier (1777-1825) après l’assassinat de son père Paul Ier est source de grande espérance en Russie, et, de fait, le nouveau tsar tente de mener de grandes réformes. Mais l’affrontement avec la France napoléonienne devient rapidement sa priorité. 
Après la défaite d’Austerlitz en 1805, le tsar tente vainement d’arrêter l’expansion française. Durant le conflit qui oppose la France à la Quatrième Coalition, la Grande Armée menace une fois de plus les frontières russes quand elle atteint le fleuve Niémen le 19 juin 1807 après la victoire de Friedland cinq jours plus tôt. 

Devant l’avancée irrésistible d’un souverain français considéré à Saint-Pétersbourg comme un usurpateur, voire comme l’Antéchrist, Alexandre est forcé de composer avec Napoléon. Mais si leur rencontre sur le Niémen le 25 juin 1807 et le traité de paix franco-russe qui s’ensuit, signé à Tilsit le 7 juillet, redessinent la carte de l’Europe, ils n’offrent qu’une trêve au conflit. 
Le jeune peintre français Horace Vernet (1789-1863) a-t-il été témoin de cette rencontre sur le Niémen ? Toujours est-il qu’il la représente dès 1807 avec quelque exactitude.

Analyse des images

Un radeau sur le Niémen

Sur un terre-plein formant premier plan, des soldats de la Grande Armée sont debout, quelques-uns auprès d’un canon dirigé vers le fleuve et la rive opposée. Certains discutent, d’autres regardent en contrebas, vers le Niémen et l’activité qui y règne. 
Un radeau portant deux cabanons est amarré au milieu du fleuve. Des embarcations le rejoignent : on distingue la silhouette de Napoléon à la proue de celle qui vient de la rive située au premier plan (rive gauche) ; sur l’autre et venant de la rive russe, on aperçoit celle d’Alexandre. 
Au-delà de cette même rive, très plane, apparaissent des reliefs qui forment l’arrière-plan de la composition. 
Les autres témoins de la scène sont essentiellement des soldats des deux armées, amassés sur les deux rives.

Interprétation

Une trêve de courte durée

Le dessin de Vernet est préparatoire à une gravure en sens inversé dédiée à Alexandre. Debucourt la réalise d’après « les renseignements [qui] ont été recueillis sur les lieux mêmes, avec la plus grande exactitude, et le site a été copié d’après nature ». Intitulée Radeau, le Journal de l’Empire en annonce la vente le 22 octobre 1807.

En 1807, Horace Vernet est un jeune peintre de dix-huit ans qui n’a pas encore débuté de carrière officielle (il n’obtient le Prix de Rome qu’en 1810 et n’expose au Salon du Louvre qu’à partir de 1812). Il appartient toutefois à une illustre famille d’artistes : son grand-père, le paysagiste Joseph Vernet, a même été un des peintres favoris de l’aristocratie russe. 
Il paraît raisonnable de penser qu’un témoin a fourni les informations nécessaires à l’artiste resté à Paris, ce que semble trahir la composition traditionnelle, notamment dans le traitement du premier plan qui sert d’introduction à la scène principale. Aucun dessin de Vernet n’est d’ailleurs conservé des entrevues ultérieures de Tilsit où les deux empereurs se partagent la domination de l’Europe continentale. 

Mais, tout autant que les tensions liées au cas de la Pologne ou de l’Empire ottoman, les insurmontables problèmes nés de l’établissement en Russie du blocus organisé par Napoléon contre l’Angleterre (principal partenaire économique de l’Empire russe) ravivent rapidement le conflit. 

L’affrontement, inévitable, emporte la Grande Armée jusqu’à Moscou dans une guerre très rapidement perçue comme un conflit de civilisations. Après avoir franchi le Niémen les 24 et 25 juin 1812 et combattu en vain jusqu’à Moscou, la Grande Armée doit battre en retraite et, dans le plus désordre, repasse le fleuve le 13 décembre 1812. 

Vingt-neuf ans plus tard, Vernet est invité en Russie par le frère et successeur d’Alexandre, Nicolas Ier (1796-1855), qui lui commande notamment une Revue de la garde aux Tuileries (Ermitage, Saint-Pétersbourg), tableau à propos duquel il lui déclare : « Je le garderai dans mon cabinet de travail afin d’avoir toujours sous les yeux les gardes de l’Empereur, car ils auraient pu nous battre. »

Bibliographie

Horace Vernet: 1789-1863, catalogue de l’exposition de l’Académie de France à Rome, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris, mars-juillet 1980, Rome-Paris, De Luca-École des beaux-arts, 1980.
Marie-Pierre REY, Alexandre Ier, Paris, Flammarion, 2009.
Destins souverains : Napoléon Ier, le Tsar et le Roi de Suède, catalogue de l’exposition du musée national du château de Compiègne, 23 septembre 2011-9 janvier 2012, Paris, R.M.N., 2011.
Destins souverains : Joséphine, la Suède et la Russie, catalogue de l’exposition du musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, 24 septembre 2011-9 janvier 2012, Paris, R.M.N., 2011.

Pour citer cet article
Guillaume NICOUD, « La rencontre de Napoléon et Alexandre sur le Niémen le 25 juin 1807 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/rencontre-napoleon-alexandre-niemen-25-juin-1807?i=1192&d=1&e=guillaume%20nicoud
Commentaires
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AB77 le 03/11/2012 à 10:11:40
Pour information, Horace Vernet n'a jamais obtenu le Prix de Rome, il participe bien au concours en 1810, mais n'est pas récompensé et ne se représentera plus au concours : cf. le catalogue de 1980 cité en bibliographie, p. 21, les lauréats de 1810 sont Drolling et Abel de Pujol.