Le renouveau religieux du milieu du XIXe siècle

Date de publication : Juin 2006
Auteur : Robert FOHR

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Contexte historique

Le milieu du XIXe siècle est marqué, dans les pays catholiques occidentaux, et notamment en France, par un nouvel élan religieux qui conforte la foi traditionnelle face aux doutes hérités du siècle des Lumières et de la Révolution, à la montée des deux périls que constituent le libéralisme et le rationalisme, enfin à l’accélération de l’exode rural et de l’urbanisation qui favorisent déracinement et déclin des pratiques religieuses. Pour sensibiliser les foules, l’Église privilégie une dévotion démonstrative alimentée par la splendeur des fêtes liturgiques et un climat de miracles (apparitions de la Vierge à La Salette en 1846, à Lourdes en 1858).

La célébration, particulièrement éclatante, de la Fête-Dieu s’inscrit dans ce contexte. Cette fête avait été instituée en 1264 par le pape Urbain IV pour honorer la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. En France, elle est d’abord célébrée le jeudi suivant l’octave de la Pentecôte, puis le dimanche suivant. Une hostie consacrée, présentée dans un ostensoir d’orfèvrerie, est offerte à l’adoration des fidèles au cours d’une procession dont le chemin est jonché de pétales de fleurs répandus par des enfants.

Analyse des images

Le tableau d’Antigna, qui dut connaître un certain succès auprès du public de l’Exposition universelle de 1855, met en scène des enfants occupés aux préparatifs de cette cérémonie : deux enfants de chœur au centre, entourés à droite de deux petits paysans apportant un panier de fleurs, et à gauche de trois autres enfants issus apparemment de milieux plus aisés.

La joliesse de ces personnages au type idéalisé, l’aspect peu vraisemblable du décor dans lequel la scène se déroule, la gravité des visages, l’ambiance claire et lumineuse, l’équilibre de la composition, tout concourt ici à exprimer la grâce, l’innocence et la piété des acteurs d’une fête ressentie comme l’un des temps forts de l’année liturgique. La Fête-Dieu est une œuvre sentimentale qui cherche à susciter avant tout l’émotion.

Interprétation

On notera la position centrale des deux enfants de chœur en costume, qui sont comme le point de rencontre entre les cinq autres, issus de couches différentes de la société. Cette mise en scène est par là conforme au discours dominant – c’est-à-dire celui de l’Église elle-même et des couches favorisées de la société – d’une époque qui se représentait la religion comme un facteur d’ordre et d’harmonie, de stabilité sociale. Le tableau datant du début du Second Empire, il a pour arrière-plan la politique catholique menée par un régime auquel l’appui de l’Église et des élites catholiques est nécessaire.

Par ailleurs, il n’est pas interdit de s’interroger sur la signification que pouvait revêtir aux yeux des contemporains une œuvre où des enfants apparaissent investis d’une aura quasi sacerdotale, en un temps où l’on s’interrogeait beaucoup sur les fondements de la religion et du dogme. L’innocence de l’enfant vient ici en quelque sorte témoigner de la légitimité de la foi et, par là de l’institution chargée de la perpétuer.

Bibliographie

Gérard CHOLVY, Christianisme et société en France au XIXe siècle : 1790-1914, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 2001.

Gérard CHOLVY, Être chrétien en France au XIXe siècle, Paris, Seuil, 1997.

Philippe JOUTARD, René REMOND, Jacques LEGOFF (dir.), Histoire de la France religieuse, t. 3 : Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine : XVIII-XIXe siècle, Paris, Seuil, 1991.

COLLECTIF, Jean-Pierre Alexandre Antigna : Orléans 1817, Paris 1870, catalogue de l’exposition au musée des Beaux-Arts d’Orléans, 1978, musée des Beaux-Arts d’Orléans, 1978.

Pour citer cet article
Robert FOHR, « Le renouveau religieux du milieu du XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/renouveau-religieux-milieu-xixe-siecle?i=128&d=1&a=139
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