La répression populaire de la Commune

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Contexte historique

Un engagement dans la Commune : Eugène Varlin

Né en 1839 et relieur de son état, Eugène Varlin est représentatif des travailleurs spécialisés qui composent le monde ouvrier parisien de cette époque.

Au tournant des années 1860, il fonde des sociétés de secours mutuel, d’épargne et de crédit destinées aux relieurs. Il entre alors aussi à l’Association internationale des travailleurs (AIT) fondée en 1864.

À partir de 1867, son activité politique l’emporte : fondateur de la coopérative « La Marmite », membre du bureau parisien de l’Internationale, instigateur de « La Caisse du sou », destinée à soutenir les grévistes, il devient un conférencier prônant la nécessité de la révolution sociale sans laquelle la révolution politique ne serait rien. Élu au conseil de la Commune, il siège successivement aux commissions des Finances et des Subsistances, où il représente les socialistes anti-autoritaires proches des proudhoniens opposés aux jacobins et aux blanquistes.

Analyse des images

La répression de la Commune

Durant la « Semaine sanglante », Eugène Varlin organise et dirige la défense de la Commune dans les VIe et XIe arrondissements. Rue Haxo, il tente vainement de s’opposer à l’exécution d’une cinquantaine de personnes – prêtres, gardes de Paris et civils – réclamée par une foule électrisée. Jusqu’à l’écrasement de la Commune, Varlin continue de se battre.

Le 28 mai, dans l’après-midi, alors qu’il s’est assoupi sur un banc de la rue Lafayette, il est reconnu par un passant. Arrêté, il est conduit à Montmartre, sous les injures et les coups. Dans son Histoire de la Commune de Paris en 1871 (1876), Lissagaray écrit à son propos : « Par les rues escarpées de Montmartre, lui qui avait risqué sa vie pour sauver les otages de la rue Haxo, fut traîné une grande heure. Sous la grêle des coups, sa jeune tête méditative qui n’avait jamais eu que des pensées fraternelles devint un hachis de chair, l’œil pendant hors de l’orbite. »

C’est ce moment que représente Luce dans une œuvre qui appartient à une série d’une dizaine de toiles réalisées de 1910 à 1917.

Interprétation

Un martyr de la Commune

Si Luce s’est beaucoup intéressé à la Commune, dans des peintures et des lithographies, et plus particulièrement à l’épisode de la mort de Varlin, c’est par sympathie politique pour le mouvement communard, alors qu’il évolue dans des cercles libertaires.

Mais la représentation des derniers moments de Varlin va au-delà de la simple tentative de reconstitution historique ou documentaire. En effet, Luce entend ainsi commémorer le « calvaire » de Varlin, ainsi que l’a décrit Lissagaray qui, évoquant sa fin tragique et exemplaire, eut cette formule : « Le mont des Martyrs n’en a pas eu de plus glorieux. »

Par son œuvre, Luce cherche à dresser un martyrologe de la Commune, là même où la basilique du Sacré-Cœur, reconnue d’utilité publique, fut édifiée pour expier les crimes de la Commune.

Bibliographie

Michel CORDILLOT, Eugène Varlin, Chronique d’un espoir assassiné, Paris, Éditions ouvrières, coll. « La Part des hommes », 1991.

Prosper-Olivier LISSAGARAY, Histoire de la Commune de Paris en 1871, [1876], Paris, La Découverte, 1991.

Bernard NOËL, Dictionnaire de la Commune, 2 vol., [1971], Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1978.

Jacques ROUGERIE, Paris libre, 1871, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Politique », 1971.

Pour citer cet article
Bertrand TILLIER, « La répression populaire de la Commune », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/repression-populaire-commune?i=83&d=1&c=executions
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