• Reprise de Mondement.

    Espérance Léon BROQUET (1869 - 1936)

  • Après la reprise de Mondement.

    Espérance Léon BROQUET (1869 - 1936)

La reprise de Mondement

Date de publication : Mai 2009
Auteur : Alban SUMPF

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Contexte historique

La reprise de Mondement

La guerre commence le 3 août 1914. Assez rapidement, les Britanniques sont battus à Mons, et les Français sur la Sambre et à Charleroi. Dans les derniers jours d’août, Joffre, général en chef de l’armée française, fait replier les troupes sur la Marne. Les Allemands avancent, occupant Reims le 4 septembre. Joffre décide alors de lancer une contre-offensive sur le flanc ennemi. Le 6 septembre, il ordonne la fin de la retraite et le retour à l’attaque. Les taxis parisiens sont réquisitionnés pour transporter de toute urgence des renforts de troupes. Débute alors la première bataille de la Marne (6 au 12 septembre), qui se déroule sur un front allant de Senlis à Verdun. Les Français parviennent à contenir, puis à faire reculer les Allemands. Le 9 septembre au soir, les fantassins du 77e régiment d’infanterie, les tirailleurs et les zouaves de la Division marocaine du général Humbert reprennent le château et le village de Mondement, près de Sézanne. À l’issue des combats, la France a remporté sa première bataille, et les troupes coloniales s’y sont illustrées avec bravoure.

Analyse des images

L’assaut puis le repos

Les deux images Reprise de Mondement et Après la reprise de Mondement sont des dessins au fusain exécutés par Espérance Léon Broquet. L’artiste a suivi les troupes sur le front en 1914-1915, et on lui doit de nombreux dessins de ce type, réalisés au moment de l’action et suivant son déroulement. Les annotations qu’y a portées l’artiste pour décrire chaque scène confèrent à son œuvre une valeur documentaire appréciable, renforcée par le caractère réaliste du trait.

Reprise de Mondement montre les tirailleurs, coiffés de leur chéchia caractéristique, qui se ruent à l’assaut. À l’avant, trois d’entre eux s’engouffrent déjà dans la brèche qu’une explosion a ouverte dans un mur. Derrière eux, quatre autres soldats courent baïonnette en avant. Un cadavre de soldat allemand (casque à pointe) gît au sol, et un des tirailleurs vient de s’effondrer, tentant soit de se relever, soit de retarder le moment où il va s’écrouler.

Le dessin Après la reprise de Mondement montre lui aussi des tirailleurs, mais cette fois à l’arrêt dans le marais de Saint-Gond. À l’abri d’un bâtiment en partie dévasté par les combats, ils se reposent près d’un feu, encore équipés – ils n’ont pas même posé leurs armes. Au premier plan, un soldat leur fait face, tournant le dos au dessinateur.

Interprétation

La guerre sur le vif

L’illustration de la guerre et de ses batailles est d’abord confiée à des dessinateurs (de presse ou d’art) qui suivent ainsi au plus près les troupes. Puis, la photographie remplace le dessin dans cette fonction de représentation. Ces deux dessins réalisés sur le vif rendent parfaitement compte de cette « guerre de mouvement » qui caractérise tout assaut et, plus généralement, la première bataille de la Marne. De la guerre tout d’abord : dans une optique réaliste, l’artiste n’a pas occulté la violence des combats puisqu’il a représenté, sur la première image, plusieurs cadavres mais aussi un soldat blessé. C’est aussi avec une grande précision, presque documentaire, qu’il a rendu l’équipement des soldats et leur manœuvre d’assaut, presque minute par minute. Du mouvement ensuite. Le premier dessin est marqué par le contraste entre le mur, statique, et la mobilité des soldats qui s’élancent dans ou vers la brèche et qui, même scindés en deux groupes, semblent avancer d’un même mouvement. Leur trajectoire trace une légère courbe qui ouvre ainsi une brèche dans le dessin lui-même et lui confère une certaine profondeur. Le second montre des soldats au repos, arrêtés, mais pas immobiles, grâce au trait assez fluide qui ne les fige pas dans leurs attitudes. Cela renforce l’impression d’actualité que dégagent les deux dessins, qui dépeignent l’action sur le vif. Si le fait que ces soldats sont des tirailleurs marocains est remarquable d’un point de vue historique, Broquet ne lui accorde que peu d’importance. Il représente des soldats, sans chercher à attirer l’attention sur des détails « exotiques ». Il s’agit pour lui de combattants comme les autres, qui, héroïquement, ont contribué à cette victoire décisive.

Bibliographie

Henry CONTAMINE, La Victoire de la Marne, Paris, Gallimard, 1970.
Pierre MIQUEL, La bataille de la marne, Paris, Perrin, 2004.
Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Pour citer cet article
Alban SUMPF, « La reprise de Mondement », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/reprise-mondement?i=988&d=1&c=bataille%20de%20la%20Marne&id_sel=1782
Commentaires
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huntziger le 24/08/2014 à 10:08:50
vous ne connaissez pas les "Lettres d'un chef à ses fils" (1923) par le général Humbert, le vainqueur de Mondement ? il y parle de cette bataille