Le retour des Parisiens dans la capitale en juin 1871

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Contexte historique

Le retour des Parisiens dans la capitale en juin 1871

Après la « Semaine sanglante » et dès les derniers jours de mai 1871, les Parisiens reviennent en nombre dans Paris qu’ils ont généralement quitté en deux vagues massives : les uns après la proclamation du siège le 19 septembre 1870, les autres après le 18 mars 1871. Pour la plupart, ils sont partis pour la grande banlieue ou la province. Certains ont suivi les errances des gouvernements à Tours, Bordeaux et Versailles. Ainsi tenus éloignés de la capitale, les Parisiens vivent les événements au travers des rumeurs et de la presse.

À leur retour, ils découvrent le spectacle d’une ville en ruine, aux rues défoncées et aux édifices incendiés, tandis que la répression versaillaise poursuit sa tâche.

Analyse des images

Une œuvre synthétique

Cette œuvre anonyme est l’une des rares à mettre en scène la confrontation des communards et de leurs adversaires. Mais ce tableau est surtout un parfait condensé de la situation aux premiers jours de juin 1871.

L’artiste a situé la scène au milieu des immeubles en ruine et au pied d’une barricade éventrée que garde un fantassin versaillais. Sur un pan de mur, des affiches officielles à l’en-tête de la Commune de Paris sont déchirées, comme pour dire encore son écrasement.

Dans cet environnement où règnent la destruction et la violence, l’artiste distribue les rôles à des personnages tellement stéréotypés qu’ils semblent des acteurs : un couple élégant, un bourgeois et un prêtre mus par une commune curiosité sont assemblés autour du cadavre d’un fédéré à la tête fracassée. À l’aide de sa canne – faut-il y voir une allusion à la trique militaire, attribut de la répression ? –, le bourgeois examine le corps du communard, répugnant mais fascinant.

La scène repose essentiellement sur cette confrontation aux allures de parabole.

Interprétation

Une scène tragique

L’opposition entre communards et versaillais présentée dans cette œuvre se fonde surtout sur le recours aux types sociaux les plus répandus dans l’imagerie et l’imaginaire populaires : le prêtre, le bourgeois, le misérable…

Grâce à une touche appliquée, le peintre se plaît à accentuer les contrastes entre des personnages stéréotypés, et plus particulièrement entre le bourgeois gras et le fédéré maigre, dont les constitutions respectives sont largement connotées : le gras possède (le pouvoir, l’argent…) ce dont le maigre est dépourvu. À l’inverse, le maigre est nerveux, convulsif et fragile : des « qualités » d’autant plus funestes que le gras qui les ignore est le survivant et le vainqueur.

L’œuvre est efficace par le mélange de tragique et de comique qui la régit en permanence, comme si l’artiste n’avait pu que souscrire à une dérision habituelle dans la caricature, mais intruse dans la peinture, et sans parvenir à renoncer à une violence ambiante. C’est précisément dans cette ambiguïté de l’intention – la scène exprime-t-elle de la sympathie pour les versaillais ou pour la Commune ? – et dans cet atermoiement des moyens que l’œuvre est la plus percutante.

Bibliographie

Bernard NOËL, Dictionnaire de la Commune, 2 vol., Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1978.

Pour citer cet article
Bertrand TILLIER, « Le retour des Parisiens dans la capitale en juin 1871 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/retour-parisiens-capitale-juin-1871?i=47&d=1&e=bertrand%20tillier
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