Un retour aux sources du catholicisme

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Contexte historique
Retour à l'Evangile.

La fin du XIXe siècle, siècle du positivisme, du rationalisme, de la montée de la laïcisation des sociétés, est aussi – et ce n'est pas paradoxal – un temps de renouveau de la pensée religieuse, encouragé par Léon XIII dans son encyclique Rerum novarum (publiée le 15 mai 1891), et ses appels au ralliement du monde catholique à la République. La science ne résout pas tout, le politique non plus. Chacun en prend conscience en cette fin de siècle troublée par tant de crises. Aussi peut-on observer un retour à la foi. Aussi cherche-t-on à légitimer le catholicisme en l'inscrivant dans l'Histoire et à retrouver la pureté des Evangiles. Ce mouvement, présent dans le monde catholique, dans l'enseignement par exemple de l'abbé Loisy (1857-1940), élève de Renan et auteur de L'Evangile et l'Eglise(Paris, Picard, 1902), emporte également le monde protestant. Parti du monde intellectuel, il gagne la littérature et les arts, la peinture en particulier. Le Christ chez les modernes, le Christ « homme parmi les hommes », devient l'un des thèmes préférés des peintres naturalistes, réalistes (ne permet-il pas les plus pittoresques et les plus émouvantes des scènes de genre ?) ou symbolistes.
Analyse des images
Bénédicité. Fritz Von Uhde met en image le texte même de la prière qui précède les repas : « Bénissez – le Seigneur [bénit] – La main droite du Christ nous bénit, nous et ce que nous allons consommer. » Mais il ne s'agit pas d'une simple prière. Le Christ est présent dans cette famille de paysans (allemands ou hollandais) dont il va partager le repas. Reconnaissable à son auréole, à sa barbe et à sa longue robe, il est bien réel et réellement chez des paysans, image idéale du peuple, le vrai peuple de Dieu. Von Uhde, peintre allemand, participe du protestantisme libéral de son siècle, marqué par une évolution qui le conduit à une pratique plus morale que mystique de la religion. Notons aussi le stéréotype : la plus grande ferveur de la femme et de l'enfant, levant les yeux vers le Seigneur – comme s'ils « buvaient ses paroles » –, tandis que les autres paysans, les hommes en particulier, ont la tête baissée, dans le geste traditionnel de la prière.
Interprétation
Ce tableau connut un grand succès. Critiqué par d'aucuns – surtout les catholiques – qui y virent une désacralisation du Christ, il fut pourtant acheté en vente publique par l'État républicain, pour son musée des Artistes vivants (le Luxembourg), signe que cet Etat perçut le message d'abord humanitaire de ce tableau, qui offrait en outre l'avantage non négligeable (en 1893) de présenter le peuple sous un jour rassurant, loin des bruits du monde ouvrier. Ce tableau fit tache d'huile ; d'autres peintres exploitèrent bientôt la même veine, dont Léon Lhermitte, Béraud, Dagnan, Debat-Ponsan ou Jacques-Emile Blanche. En témoigne L'Hôte ou le Dernier Souper, grande composition entreprise en 1891. « C'est le sujet des Pèlerins d'Emmaüs, traité à la moderne, selon la tradition des Hollandais et des Flamands : sans "couleur locale", les personnages vêtus comme on l'était de leur temps », écrit Blanche qui poursuit : « Le Christ, c'est Anquetin ; drapé dans un peignoir de toile blanche à motifs bleus – des poissons (ikhthus, iota, khi, thêta, upsilon, sigma, en caractères grecs), symboles du nom du Christ, et des cercles O, symboles de l'Eternité. Anquetin rompt le pain, les yeux levés vers le Père. A sa droite et à sa gauche, deux pèlerins : un ouvrier en blouse, et un artisan de ma rue, en houppelande, contemplent, interrogateurs, le Fils de Dieu, qui s'est fait homme. »
Un souffle évangélique passe sur les Salons de la fin du siècle : c'est une « épidémie, Jésus-Christ anarchiste, socialiste, libéral et révolutionnaire, réaliste, historique, symboliste, naturaliste » est partout… et le « Christ proteste » : « Ah, si j'avais pu deviner, si j'avais pu supposer que, deux mille ans plus tard, je serais peint et repeint, et surpeint… ma foi ! je t'avoue que j'y eusse renoncé. Et l'humanité se serait tirée d'affaires sans moi, comme elle eût pu. » Dixit Mirbeau, l'anticlérical Mirbeau (Le Journal, 28 avril 1901).
Bibliographie
Gérard CHOLVY et Yves-Marie HILAIRE Histoire religieuse de la France contemporaine , tome II, (1880-1914)Toulouse, Privat, 1986.
Isabelle POUTRIN (dir.) Le XIXe siècle, science, politique et tradition Paris, Berger-Levrault, 1995.
Pour citer cet article
Chantal GEORGEL, « Un retour aux sources du catholicisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/retour-sources-catholicisme?i=290&d=11&c=catholicisme
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