La revue La Plume et le Salon des Cent

Date de publication : Février 2010

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Contexte historique

La Plume (1889-1914) : une revue active

Parmi les petites revues littéraires et artistiques de la Belle Époque, La Plume, créée par Léon Deschamps en 1889, est l’une des plus originales et des plus dynamiques. Elle se distingue notamment par son ouverture dans sa promotion des artistes et des poètes, souvent méconnus, et choisis pour leur talent plus que pour leur appartenance à une école ou à une génération particulière. Parallèlement à ses publications, cette revue a marqué son époque par le soutien multiforme et enthousiaste qu’elle a apporté aux arts à travers un large éventail d’actions : soirées artistiques et littéraires associant lectures et accrochages, banquets présidés par une personnalité influente du monde des arts et des lettres (tels Puvis de Chavannes, Rodin ou Verlaine), lancement de la luxueuse maison d’édition la Bibliothèque Artistique & Littéraire, concours de dessin, ventes d’estampes…

Mais son initiative la plus importante reste sans doute le fameux Salon des Cent, simple exposition sans jury ni récompense. Organisé de 1894 à 1900, il connaîtra au total cinquante-trois éditions, d’une fréquence remarquable, alternant expositions monographiques et présentations collectives. La manifestation consacrée au peintre et décorateur Eugène Grasset du 5 au 25 avril 1894 est la première exposition particulière de La Plume. La rédaction lui confie aussi la réalisation de l’affiche de présentation, reprise en couverture du numéro spécial qui lui est consacré.

Analyse des images

L’affiche d’Eugène Grasset : une allégorie des arts

Dans ce dessin préparatoire réalisé à la mine de plomb et à l’aquarelle, Grasset a figuré tous les éléments constitutifs de sa future affiche : il y a esquissé sur un fond bleu-vert le buste d’une femme vêtue de jaune, à l’épaisse chevelure brune, tenant un cahier de dessin dans une main et, dans l’autre, une plante qu’elle observe attentivement et un crayon. Inversée dans l’estampe définitive, cette allégorie des arts, muse intemporelle et contemplative, est emblématique des canons de l’Art nouveau par la prédominance des éléments végétaux. C’est un véritable symbole que Grasset a ainsi conçu pour la revue La Plume : comme Georges de Feure ou Alfons Mucha, les artistes seront nombreux à s’en inspirer.

Interprétation

La Plume et l’art de l’affiche

Chaque Salon des Cent est annoncé par une affiche inédite dont La Plume confie la réalisation à l’artiste exposé ou à un collaborateur pour les expositions de groupe. Cette production artistique régulière et systématique est l’un des éléments majeurs de la politique éditoriale et commerciale de la revue. Vendues en tant qu’œuvres d’art à part entière, ces affiches deviennent en effet des pièces de collection pour les amateurs, dont le nombre est croissant. La visibilité ainsi donnée à une forme alors en plein essor et en voie de reconnaissance s’inscrit plus largement dans l’engagement de La Plume en faveur du renouvellement des arts graphiques.

Bibliographie

Helen BIERI THOMSON (dir.), catalogue de l’exposition Les affiches du Salon des Cent : Bonnard, Ensor, Grasset, Ibels, Mucha, Toulouse-Lautrec, Gingins, Fondation Neumann, 13 janvier-26 mars 2000, musée de Pont-Aven, 3 février-19 mars 2001, Bordeaux, musée des Arts décoratifs, 17 mai-19 août 2001, Gingins, Fondation Neumann, 2000.
Jean-Michel NECTOUX, Grégoire TONNET et Nicholas-Henry ZMELTY, catalogue de l’exposition La Plume 1889-1899, une revue pour l’art, Paris, Institut national d’histoire de l’art, galerie Colbert, 15 février-14 avril 2007, Paris, I.N.H.A., 2007.
Jocelyne VAN DEPUTTE, Le Salon des Cent : 1894-1900, affiches d’artistes, Paris, Paris-Musées, 1994.

Pour citer cet article
Fabienne FRAVALO, « La revue La Plume et le Salon des Cent », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/revue-plume-salon-cent?i=1045
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