• Entrée du second service au festin royal donné après le sacre de Louis XV

    Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663 - 1742)

  • Cavalcade de Louis XV après le Sacre, 26 octobre 1722

    Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663 - 1742)

Le sacre de Louis XV

Date de publication : Septembre 2012

Professeur d’histoire moderne à l’Université Blaise-Pascal (Clermont 2) et directeur du Centre d’Histoire « Espaces et Cultures.

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Contexte historique

Le Sacre de Louis XV (octobre 1722)

Pierre-Denis Martin, dit « Martin le Jeune » (né à Paris, vers 1663, et mort dans la même ville en 1742), fut, sous le règne de Louis XIV, pourvu de pensions et de la charge de « peintre ordinaire du roi ». À ce titre, il peignit nombre de tableaux pour orner les châteaux royaux de Versailles, Choisy et Compiègne (scènes de chasse, vues en perspective des villes, des domaines princiers). Il est évident que les cérémonies du sacre de Louis XV, en octobre 1722, dont il est le témoin actif, inaugurent une nouvelle étape de son œuvre et une forme de consécration personnelle, si besoin en était.

Si le souci de témoigner est si grand et la commande officielle si évidente (il faut établir aux yeux de tous la surpuissance mystérieuse d’un roi élu du ciel, investi d’une force invincible et miraculeuse), c’est que, plus que tout autre cérémonial d’État, le sacre est essentiel dans la religion royale. Malgré l’instantanéité de la succession conférée par l’hérédité – « le roi est mort, vive le roi » –, seule cette cérémonie fondatrice confère au souverain la totalité de son pouvoir et de sa puissance. L’affaire est d’importance dans le cas des héritiers mineurs : Louis XV n’a que cinq ans en 1715, lorsque meurt Louis XIV, et il est confié aux soins de son grand-oncle, le duc d’Orléans, « régent du royaume » jusqu’au 15 février 1723. Le sacre précède de quelques mois l’entrée en fonction du jeune prince.

Célébré à Reims, il se déroule en plusieurs temps, sur plusieurs jours : une nuit de recueillement, un jour de solennités (serments, messes, intronisation, sainte onction, hommages), le tout mêlant rites de chevalerie et cérémoniel catholique. C’est en « Roi Très-Chrétien », c’est-à-dire en défenseur universel de la foi, que Louis est couronné par douze pairs du royaume. Viennent ensuite le temps du festin puis, le lendemain ou le surlendemain, celui de la cavalcade, les deux moments clés retenus par l’artiste.

Analyse des images

Un témoignage précis sur les suites immédiates de l’intronisation

Ces événements inspirent deux toiles à Martin, qui peint en l’occurrence pour la postérité, à la manière d’un historiographe : Entrée du second service au festin royal donné après le sacre de Louis XV, au palais archiépiscopal de Reims le 25 octobre 1722 et Cavalcade de Louis XV après le Sacre. 26 octobre 1722.

Entrée du second service nous emmène au palais du Tau, sous le regard des archevêques de Reims successifs dont les portraits en pied ornent la salle de réception et qui, au fil des règnes, ont dû l’un après l’autre financer ces agapes. Seul à une table au premier plan, Louis XV vêtu du manteau fleurdelisé attend le second service. La disposition des tables en U et l’alignement des convives sur un rang le long des murs rappellent les festins médiévaux. Reléguées au rôle de spectatrices, les princesses ont pris place dans une tribune, comme le veut la tradition. À l’image du roi, les pairs laïcs gardent leurs ornements (manteau d’hermine, collier du Saint-Esprit), les pairs ecclésiastiques leur mitre et leur chape. Ils se distinguent donc par le costume des autres invités que le roi honore (princes du sang, ambassadeurs, seigneurs).

La Cavalcade met en scène le nouveau souverain qui, au lendemain de son sacre, depuis le parvis de la cathédrale de Reims, monté sur un cheval blanc et accompagné du régent, sacrifie au rituel de ce grand défilé populaire. Il s’avance au centre d’un long cortège, suivi par les grands officiers de sa maison, les maréchaux de France et les officiers de l’ordre du Saint-Esprit. Les hautbois, les tambours, les trompettes marchent en tête et annoncent l’événement, puis viennent les gardes du corps et leurs officiers. Tous se rendent dans deux lieux sacrés de la monarchie, Saint-Marcoul d’abord, Saint-Remi ensuite. Le tableau est remarquable dans le rendu de l’architecture religieuse, des tapisseries tendues le long du passage de l’archevêché à la cathédrale, des individus formant cortège, des éléments anecdotiques de premier plan.

Interprétation

Un témoignage d’abord politique

Dans Entrée du second service, la réalité est mise à mal par la perspective, qui fait croire à une foule dense, dans laquelle se bousculent musiciens, valets en pourpoint et courtisans curieux. À défaut d’être attablés, les grands officiers sont mobilisés pour le service et la figuration, comme le veut l’étiquette. Or, ces banquets réunissent une centaine d’invités sous Louis XIII, une trentaine seulement à partir de Louis XIV – nous sommes loin des fastes pantagruéliques originels. Le service à la française impose que soient installés sur les tables de multiples plats copieusement fournis ; chacun s’y sert à loisir, et les restes, importants et présentables, sont servis, à l’Hôtel de Ville, aux grands officiers, aux différents acteurs du sacre, aux notables locaux. Les mets sont ici absents puisque nous sommes entre deux services et que le peintre veut surtout marquer l’enthousiasme de la cour et laisser à la postérité le portrait des grands qui ont légitimé Louis XV.

Le deuxième tableau insiste sur l’assentiment populaire. Il oublie en partie la dimension religieuse du défilé au profit de ses aspects plus politiques. En effet, la cavalcade précède la guérison des écrouelles (signes de tuberculose) par le roi. La sainte onction est censée lui avoir conféré un extraordinaire pouvoir thaumaturgique par la seule imposition de ses mains sur le corps des malades. Cette manifestation très courue (deux mille personnes sont touchées par Louis XV) se déroulait à l’origine au prieuré Saint-Marcoul de Corbeny – d’où le passage obligé de la cavalcade – puis, à partir de Louis XIV, dans le cloître de Saint-Remi de Reims, après que le souverain s’était recueilli devant la châsse du saint.

Bibliographie

· Marc BLOCH, Les Rois thaumaturges, Paris, Gallimard, 1924.

· Joël CORNETTE, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993.

· Bernard HOURS, Louis XV. Un portrait, Paris, Privat, 2009.

· Thierry JORDAN (dir.), La Grâce d’une cathédrale. Reims, Strasbourg, La Nuée bleue, 2010. 

Pour citer cet article
Philippe BOURDIN, « Le sacre de Louis XV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 Septembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/sacre-louis-xv?i=1257&d=1&c=Sacre&id_sel=2368
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