Saint-Tropez au tournant du XXe siècle

Date de publication : Juin 2012

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Contexte historique
La découverte de Saint-Tropez

Explorant régulièrement les bords de mer et les ports de la côte méditerranéenne à bord de son yacht l’Olympia, Paul Signac (1863-1935) découvre Saint-Tropez en 1892. Très vite, il s’attache à ce petit village de pêcheurs et y achète une maison dont il fait rapidement son atelier.

Bientôt fréquenté par de nombreux peintres comme Derain ou Matisse, Saint-Tropez acquiert un début de notoriété. Les toiles que le site inspire, à l’instar de La Bouée rouge, Saint-Tropez (1895), ainsi que la présence d’artistes contribuent en effet à faire connaître le petit port « pittoresque » qui, peu à peu, devient une étape mondaine.

Plus largement, de telles représentations participent à « l’invention de la Côte d’Azur » dans les imaginaires. Lieu authentique de détente, de couleurs, de soleil, d’inspiration et de vie artistiques, Saint-Tropez s’impose ainsi progressivement comme une destination à part entière dans des consciences récemment éveillées aux loisirs et au tourisme.
Analyse des images
Vue du port

Structurée par le jeu des contrastes et une habile composition, La Bouée rouge, Saint-Tropez est à la fois lumineuse, dense et joyeuse. Le bleu azur du ciel qui constitue le fond de la scène est comme barré au second plan par la rangée des maisons de couleur ocre, orangée et rose, tons que rappellent par ailleurs les voiles des bateaux.

Plus proche de nous, l’étendue d’eau bleutée qui occupe une large partie du tableau n’est pas uniforme, puisque les reflets des habitations continuent d’en rompre la couleur (de manière nette à droite, plus diffuse à gauche), rejouant ainsi le contraste déjà évoqué.

Au premier plan, la bouée d’un rouge orangé plus soutenu attire le regard et organise la vue de l’ensemble.
Interprétation
Saint-Tropez revisité

Avec La Bouée rouge, Saint-Tropez, Signac signe l’une de ses plus grandes toiles néo-impressionnistes. Théorisée par l’artiste lui-même, l’approche picturale se veut « scientifique », qui ne rend plus l’impression directe, spontanée et première, mais la recrée en atelier à partir d’études. Usant de la division des tons et du « mélange optique » de touches colorées (le mélange des couleurs se faisant uniquement par le regard du spectateur), la technique est ici déjà divisionniste et presque pointilliste.

En traduisant de la sorte l’espace et la lumière, l’artiste donne une représentation inédite et moderne d’un site « traditionnel », serein et paisible. À travers le décalage entre le motif banal et classique de la scène (un petit port où rien ne semble se passer et où rien ne semble devoir changer) et la manière dont il la traite, Signac revisite et réinvente Saint-Tropez.
Bibliographie
BOYER, Marc, L'Invention de la Côte d'Azur.
L'hiver dans le Midi
, Éditions de l'Aube, 2002.
CACHIN, Françoise, Signac, catalogue raisonné de l’œuvre peint, Gallimard, Paris, 2000.
GOUJON, Jacques, Cent ans de tourisme en France, éditions du Cherche-Midi, Paris, 1990.
SIGNAC, Paul, D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, Editions Hermann, Paris, 1898.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Saint-Tropez au tournant du XXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/saint-tropez-tournant-xxe-siecle?i=1243&d=1&a=180
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