Séance du 9 Thermidor

Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

En matière politique, l’année 1793 est marquée par deux mesures d’exception : l’établissement de la Terreur en septembre 1793 et le décret du 4 décembre 1793 (14 frimaire an II), qui fixe les compétences des Comités de salut public et de sûreté générale. Pendant les premiers mois de 1794, sous l’impulsion et l’autorité grandissante de Robespierre, les comités votent l’arrestation des “ enragés ” (Hébert…), puis des “ indulgents ” (Danton, C. Desmoulins…). En mai 1794 débute la Grande Terreur. Robespierre combat la déchristianisation et impose le culte de l’Etre suprême. Mais une coalition disparate et de circonstance qui se forme au sein de la Convention va organiser sa chute. Le 27 juillet (9 thermidor), Robespierre, dans une ambiance houleuse et agitée, assiste impuissant au décret d’arrestation voté contre lui par la Convention. C’est cette séance que Quinsac-Monvoisin a décidé d’illustrer dans cette toile, une quarantaine d’années après les événements.

Analyse des images

Le 9 Thermidor marque un tournant crucial dans le cours des événements de la Révolution française. Au XIXe siècle, de nombreux historiens arrêtaient même à cette date leur récit de la séquence révolutionnaire. Quinsac-Monvoisin a pris la mesure de cette journée et donne à son tableau par la technique de la grisaille une sombre dimension dramatique soulignée par l’attitude exacerbée des conventionnels. Au pied de la tribune des orateurs, au centre du tableau, Robespierre entouré de Saint-Just, de Couthon et de Lebas se défend contre les accusations portées contre lui par un groupe de députés dont les meneurs sont Collot d’Herbois, président de la séance, Vadier, intriguant dans l’ombre sur la gauche du tableau, Billaud-Varenne, Tallien et Fouché. Utilisant l’architecture de la salle des séances de la Convention nationale au palais des Tuileries, le peintre a isolé dans l’hémicycle le groupe central – Robespierre et ses fidèles – des autres conventionnels. Adossés à la tribune, les accusés luttent tragiquement contre des députés véhéments et accusateurs, mais également effrayés par les personnages contre lesquels se déchaîne leur courroux. L’œuvre joue adroitement sur les différents sentiments que l’Incorruptible pouvait susciter depuis la Révolution (fascination/répulsion, juste/tyran) tout en brossant paradoxalement un tableau assez réaliste, mais complètement imaginaire, du déroulement de la séance du 9 thermidor.

Interprétation

Sous la monarchie de Juillet, les scènes révolutionnaires restent des sujets prisés par les artistes mais étroitement surveillés par les autorités politiques. Monvoisin, qui avait déjà connu des ennuis avec l’administration, vit sa Séance du 9 Thermidor retirée du Salon de 1837, probablement en raison de son parti pris un peu trop favorable à Robespierre et de sa représentation plutôt négative des représentants de la nation. Déçu, l’artiste quitta la France pour l’Amérique du Sud où se trouve encore de nos jours le tableau. Il s’agit probablement ici d’une version plus petite de l'œuvre.

Bibliographie

Françoise BRUNEL, 1794.
Thermidor.
La chute de Robespierre
, Paris, Complexe, 1989.
Patrice GUENIFFEY La politique de la Terreur : essai sur la violence révolutionnaire : 1789-1793 Paris, Fayard, 2000.
Patrice GUENIFFEY « Roberspierre » in François FURET et Mona OZOUF , Dictionnaire critique de la Révolution française Paris, Flammarion, 1988, Réed.
Hachette coll. « Pluriel », 1992.
Gérard WALTER, La conjuration du Neuf Thermidor Paris, Gallimard coll. « Trente journées qui ont fait la France », 1974.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « Séance du 9 Thermidor », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/seance-9-thermidor?i=382&d=1&c=deputes
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