Une séance du jury de peinture

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Contexte historique
Les expositions régulières des œuvres des artistes vivants avaient été inscrites dans les statuts de l’Académie des beaux-arts dès sa création en 1648, mais elles restèrent très épisodiques jusqu’à une date avancée du siècle suivant. A partir de 1725, ces manifestations prendront le nom de Salons, après avoir été hébergées dans le Salon carré du Louvre. Réservé aux académiciens et à leurs proches jusqu’à la Révolution, l’accès en est élargi à tous les artistes après 1793. Mais pour pallier l’abondance des envois, la création d’un jury, chargé de se prononcer sur la recevabilité des œuvres, est décidée. Immanquablement contesté dans ses décisions, il sera réformé à de multiples reprises tout au long du XIXe siècle, faisant selon les époques la part belle aux artistes élus par leurs pairs ou aux académiciens choisis par l’administration des Beaux-Arts. Devant cette contestation permanente, l’Etat, qui avait toujours soutenu la manifestation, demanda en 1879 aux artistes de se réunir en société et de s’organiser en dehors de toute participation étatique ; ainsi naquit la Société des artistes français.
Analyse des images
Depuis le Salon de 1880, les artistes élisaient eux-mêmes les confrères qu’ils souhaitaient voir se prononcer sur l’admission ou le refus des œuvres. S’ils sont tous identifiés, les trente et un jurés que Gervex a représentés dans une salle du palais des Champs-Elysées, gesticulant devant les tableaux à examiner, ne furent jamais choisis en même temps ; aussi sommes-nous ici plutôt devant un hommage artistique à forte connotation réaliste plutôt que devant une scène de genre houleuse. Si l’on peut y reconnaître de fervents gardiens de la tradition, portraitistes tels que Bonnat ou Carolus-Duran, amateurs de mythologie et d’histoire comme Bouguereau, Cabanel ou Jean-Paul Laurens, on y rencontre aussi des tenants du renouveau du paysage, comme Français, Harpignies ou Cazin, et quelques fortes individualités qui ne tarderont pas à ébranler ce système d’exposition. Avec son autoportrait et les portraits de Puvis de Chavannes ou de Roll, dans le groupe de sept personnes représentées à gauche de la porte, Gervex introduisait la représentation d’un certain nombre de futurs dissidents.
Interprétation
Malgré la réforme du statut des expositions et bien que les artistes décidassent désormais entre eux de qui était habilité à juger des œuvres, la contestation des exclus ne cessa pas. Ainsi, au printemps de l’année précédente, divers artistes refusés parmi lesquels nombre de tenants du néo-impressionnisme (Cross, Seurat, Signac…) se constituèrent-ils en groupe indépendant, puis, en hiver, en société artistique sous le nom de Société des artistes indépendants. Claironnant sa devise, « Une exposition sans jury ni récompense », ce groupement d’artistes commençait le travail de sape auquel allait bientôt succomber la plus ancienne institution artistique française. En 1890, menée par Meissonier et Puvis de Chavannes, une scission allait aboutir à la création de la Société nationale des beaux-arts, suivie bientôt par la création d’une multitude d’autres nouveaux salons spécialisés ou généralistes. Le Salon avait vécu.
Bibliographie
Gaïté DUGNAT Les Salons de la Société Nationale des Beaux-Arts Paris, L’Echelle de Jacob, vol.
1, 2000, vol.
2, 2001.
Gérard Georges LEMAIRE Esquisse en vue d’une histoire du Salon : de Diderot à Apollinaire Paris, H.
Veyrier, 1986.
Dominique LOBSTEIN, Gaïté DUGNAT Dictionnaire du Salon des Artistes Indépendants Paris, L’Echelle de Jacob, 2001.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « Une séance du jury de peinture », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/seance-jury-peinture?c=Academie%20des%20Beaux-Arts&d=1&i=320&oe_zoom=545&id_sel=545
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