Séverine, une figure de l'idéal socialiste

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Contexte historique
Caroline Rémy, née en 1855 dans une famille de la petite bourgeoisie parisienne fut largement connue de ses contemporains comme « une des plus ardentes apôtres de l’idéal socialiste » jusqu’à son décès en 1929, dans sa propriété des Trois Marches, à Pierrefonds. Après de tumultueux débuts dans l’existence, elle rencontre Jules Vallès vers 1878, dont elle devient la secrétaire et qui lui apprend le métier de journaliste. Quelques années plus tard, elle lui offre l’occasion de publier à nouveau Le Cri du peuple, journal dans lequel elle choisit le nom de plume de Séverine, auquel elle restera désormais fidèle. A la mort de Vallès en 1885, elle ne peut s’opposer aux factions extrémistes et décide de quitter le journal en 1888. Pour vivre de sa plume, elle écrit d’abondance et avec lyrisme dans de nombreux journaux et revues, occupée de toutes les grandes affaires, des grandes grèves ou des grands procès. Dreyfusarde, pacifiste et féministe, n’hésitant pas à s’impliquer dans la vie politique, elle n’y entre cependant que tardivement, après avoir longtemps combattu le parlementarisme.
Analyse des images
Présenté au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1895, ce tableau a inspiré de nombreux commentaires. Certains renouaient avec le lyrisme habituel du modèle, ainsi Laurent Tailhade qui lui dédicaçait ce quatrain :
« C’est la guerrière au cœur maternel, Séverine.
Blanches, ses mains d’où tombe un or mystérieux
Se joignent, et les pleurs qui gonflent sa narine
Mettent un peu de ciel dans l’azur de ses yeux. »
tandis que d’autres, plus volontiers engagés, soulignaient l’emploi du fond d’or qui transformait le personnage en une mystique prosélyte d’une nouvelle religion socialiste (Jean Lorrain). Le modèle et son peintre se retrouvaient dans ce même combat.
Interprétation
Militante favorable à l’égalité des sexes, Séverine se trouva impliquée dans le mouvement féministe français qui suivit avec quelque retard le mouvement des suffragettes britanniques et les exemples d’Emmeline et Christabel Pankhurst. Son antiparlementarisme l’empêcha de rejoindre l’une des nombreuses associations disparates que créèrent et dirigèrent de grandes bourgeoises – le Conseil national des femmes françaises présidé par Mme Jules Siegfried – ou des aristocrates – l’Union nationale des femmes dirigée par la duchesse de La Rochefoucauld. Mais, de sa plume, elle participa au combat, réclamant, entre autres choses nouvelles et polémiques, le droit à l’avortement. Séverine ne vit jamais le fruit de ses efforts puisqu’il fallut attendre les années 1930 pour que soient reconnus les premiers droits politiques féminins… et ne parlons pas du reste.
Bibliographie
Evelyne LE GARREC Séverine, une rebelle 1855-1929 Paris, Seuil, 1982.
Evelyne LE GARREC (présenté par)Séverine, Choix de papiers Paris, Tierce, 1982.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « Séverine, une figure de l'idéal socialiste », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/severine-figure-ideal-socialiste?i=318&album=16586&from=album
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