Le siège de Saragosse

Date de publication : Septembre 2006

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Contexte historique

Depuis 1808, l’Espagne était livrée à une guerre complexe et cruelle entre les occupants français et les révoltés animés d’un fort sentiment dynastique (attachement aux Bourbons), national (haine contre l’occupant) et religieux (Napoléon était volontiers perçu comme un ennemi du catholicisme). Après une victoire assez facile sur les troupes régulières espagnoles, les Français se trouvèrent en présence d’un corps expéditionnaire anglais, et surtout de guérilleros qui les contraignaient à maintenir des troupes d’occupation nombreuses. Après un premier échec, l’armée française investit Saragosse qui fut conquise maison par maison. Lejeune dépeint dans L’Assaut du monastère de San Engracia l’acharnement de la lutte et les motivations du peuple espagnol. La guerre d’Espagne fut en effet la première des guerres nationales ; les estampes de Goya en reflètent le caractère acharné et les horreurs.

Analyse des images

Comme le rapporte le texte du livret du Salon de 1827 (n° 674) : « Les Aragonais, réfugiés dans cette ville, les femmes, les soldats dirigés par Palafox, la défendent avec un courage héroïque ; dans chaque maison ils combattent de chambre en chambre et jusque sur les toits ; des coups de fusil partent encore du haut de la tour de San Engracia ruinée par notre artillerie qui vient de renverser une partie du cloître de cette église pour nous ouvrir un passage. En pénétrant par cette brèche, l’auteur, qui avait été blessé une heure auparavant à l’assaut du couvent de Saint-Augustin, reçoit une seconde blessure et tombe au pied du général Lacoste, et du colonel Valazé qui l’aide à se relever. La statue est celle de la vierge Maria Mercedés qui prie le Seigneur de pardonner aux meurtriers de son fils ». Lejeune a offert la place d’honneur de sa composition aux combattants aragonais, mais sans doute est-ce l’inscription latine Miserere domine…, lisible sur le socle de la statue, qui confère au tableau tout son sens.

Interprétation

Les souvenirs des guerres napoléoniennes sous la Restauration demeurent parmi les plus fortes sources d’inspiration du romantisme. Lejeune, officier autant que peintre, nous livre ici une peinture à la fois autobiographique et historique. La nostalgie de la grande épopée impériale, associée à une analyse critique des sauvageries de l’Empire, fait de cette pièce un document exceptionnel tant pour la compréhension de la guerre d’Espagne que pour celle de la Restauration. L’atrocité du siège de Saragosse devint légendaire en même temps que s’affirmaient, à l’époque romantique, le goût et l’admiration pour une Espagne pittoresque que les artistes commençaient à découvrir. Plus qu’une simple remémoration du siège de Saragosse, cette composition de Lejeune semble un ex-voto expiatoire pour un épisode dépourvu de la noblesse de tant d’autres hauts faits des guerres napoléoniennes.

Animations
Le siège de Saragosse
Bibliographie

Yveline CANTAREL-BESSON, claire CONSTANS Bruno FOUCART Napoléon Images et histoire.
Peintures du château de Versailles (1789-1815)
Paris, RMN, 2001.
Roger DUFRAISSE et Michel KERAUTRET La France napoléonienne.
Aspects extérieurs
Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1999.
Gunther ROTHENBERG Atlas des guerres napoléoniennes 1796-1815 Paris, Autrement, 2000.
Jean TRANIE et Juan-Carlos CARMIGNANI Napoléon : la campagne d'Espagne : 1807-1814 Paris, Pygmalion, 1998 Jean TULARD (dir.) Dictionnaire Napoléon Paris, Fayard, réed.
1999.

Pour citer cet article
Robert FOHR et Pascal TORRÈS, « Le siège de Saragosse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/siege-saragosse?i=333&type_analyse=0&oe_zoom=557&id_sel=557
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