Le siège de Yorktown

Date de publication : Novembre 2013

Professeur d'histoire moderne à l'Université de Nice-Sophia Antipolis.

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Contexte historique
Le tournant de la guerre d’Indépendance américaine

Au cours de l’été 1781, George Washington envisage de porter un coup décisif aux Britanniques en lançant un assaut combiné, par terre et par mer, contre New York. Le commandant en chef de l’armée britannique, Henry Clinton, est d’ailleurs persuadé que New York est bien la cible désignée par les Insurgents américains et leurs alliés français. Mais, face aux 17 000 Britanniques fortifiés dans la ville, leurs adversaires n’alignent pas plus de 10 000 hommes dont 4 000 Français. L’attaque doit donc être menée plus au sud.

Fin août, en provenance des Antilles, l’amiral de Grasse entre dans la baie de la Chesapeake (Virginie) avec 3 000 hommes. L’armée de Washington fait sa jonction avec les Français le 26 septembre, interdisant à l’armée de lord Cornwallis installée à Yorktown l’accès à la mer. Les alliés alignent 15 000 hommes dont 6 000 Français commandés par Rochambeau. Ces derniers, formés aux combats des théâtres d’opération européens, maîtrisent la guerre de siège. Cette expérience militaire devait s’avérer décisive pour prendre la place, alors que Cornwallis peine à communiquer avec son supérieur Clinton, qui continue de penser que l’objectif réel des alliés est New York. Les forces de Washington et de Rochambeau se rapprochent de Yorktown tandis que Cornwallis replie les siennes, soumises à des tirs d’artillerie de plus en plus rapprochés. Isolés, les Britanniques font en vain des sorties. Sans espoir d’être secouru, Cornwallis capitule avec les honneurs de la guerre le 19 octobre 1781. La Fayette écrit à Vergennes, ministre des Affaires étrangères de Louis XVI : « La pièce est jouée, monsieur le comte, et le cinquième acte vient de finir. » De fait, la prise de Yorktown précipite la fin des opérations militaires.

Cette œuvre est l’une des commandes passées par Louis-Philippe Ier pour la galerie des Batailles du musée d’Histoire de France que le roi des Français choisit d’édifier à Versailles. Peinte en 1836, elle participe de la volonté de la monarchie de Juillet d’associer l’héritage militaire glorieux de l’Ancien Régime et celui de la Révolution.
Analyse des images
La France victorieuse aux côtés des « Insurgents » américains

Les deux commandants des forces alliées, Rochambeau avec à sa gauche Washington, s’apprêtent à lancer le dernier assaut contre les troupes britanniques retranchées dans Yorktown. Les ordonnances prennent leurs ordres. Avec un demi-siècle de recul, Couder a pris soin de ne pas oublier de représenter en bonne place les acteurs promis à un brillant avenir : on reconnaît derrière Rochambeau, La Fayette, tête nue, et Saint-Simon à droite de Washington. À cheval et de dos, le duc de Lauzun complète ce tableau de la fine fleur de l’aristocratie française apportant son concours aux Insurgents américains.

Le désastreux traité de Paris (1763) est effacé par la paix de Versailles (1783) qui met fin au conflit. Dans ce que l’on présente parfois comme une seconde guerre de Cent Ans entre Versailles et Londres, les cuisantes défaites de la guerre de Sept Ans (1756-1763) sont vengées. « 8 000 prisonniers, dont 7 000 de troupes régulières et environ 1 000 matelots. 214 pièces de canon, dont 75 de fonte » : la précision des comptes rendus français de la bataille vise à témoigner du caractère indiscutable du succès remporté, alors que la guerre d’Indépendance a aussi montré les limites du réarmement français. En effet, six mois après le triomphe de Yorktown, en avril 1782, l’amiral de Grasse essuie ainsi une cuisante défaite navale dans la Caraïbe à la bataille des Saintes. Enfin, à moyen terme, le bilan de l’intervention française apparaît moins favorable : le conflit, très coûteux, a ruiné les finances royales, et Louis XVI ne profite pas du succès pour renforcer son autorité et son prestige. Quant au grand commerce français qui espérait supplanter son rival britannique dans les échanges transatlantiques, il déchante vite : la paix revenue, les relations commerciales avec l’ancienne métropole reprennent. L’amertume l’emporte rapidement.
Interprétation
L’écriture de l’histoire sous la monarchie de Juillet

« Héros des deux mondes », La Fayette (1757-1834) n’est pas seulement la figure remarquable de l’engagement français aux côtés des Insurgents américains et un acteur clé des premières années de la Révolution française. Dans les années 1820, grâce à sa longévité exceptionnelle, son prestige auprès des libéraux français et européens en lutte contre la réaction politique est immense. En 1830, c’est lui qui présente Louis-Philippe au peuple de Paris depuis le balcon de l’Hôtel de Ville. Couder met en scène l’engagement de l’aristocratie libérale française aux côtés des combattants de la liberté, de la guerre d’Indépendance aux Trois Glorieuses. Le musée d’Histoire de France vise à capitaliser cette action glorieuse.

On remarquera qu’au siège de Yorktown, s’illustre aussi Claude-Henri de Rouvroy (1760-1825), futur comte de Saint-Simon, parent du célèbre mémorialiste de Louis XIV et de la Régence, fondateur du mouvement utopique éponyme. Comme La Fayette, il fait la jonction entre le siècle des Lumières et le XIXe siècle. Mais il dépasse l’horizon libéral pour s’ouvrir au socialisme.
Bibliographie
BEAUREPAIRE Pierre-Yves, La France des Lumières, 1715-1789, Paris, Belin (coll. Histoire de France), 2011.
COTTRET Bernard, La Révolution américaine.
La quête du bonheur, 1763-1787
, Paris, Perrin (coll. Tempus, no 75), 2004.
Pour citer cet article
Pierre-Yves BEAUREPAIRE, « Le siège de Yorktown », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/siege-yorktown?i=1318
Commentaires
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haliimyn le 05/03/2016 à 11:03:12
Bonjour,

Où se situe vraiment La Fayette ?
A priori, ce n'est pas le personnage qu'on distingue derrière Rochambeau, mais plutôt la personne en civil dans l'ombre de Washington à sa gauche (comparer avec un portrait de La Fayette pour observer la ressemblance).

H.

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