Un symbole pour la Première République

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Contexte historique

Le 21 septembre 1792, la Convention abolit la monarchie. Elle décréta le 22 que les actes publics seraient datés de l’an I de la République française. Les révolutionnaires croyaient à la vertu pédagogique des images : la République au sens d’Etat dépourvu de monarque fut représentée par une femme en habit antique, allusion à la République romaine. L’abbé Grégoire, chargé à la Convention du rapport sur les sceaux de la République, proposa de l’assimiler à l’image de la Liberté, représentée sous les traits d’une femme vêtue à l’antique, debout, tenant de la main droite une pique surmontée d’un bonnet phrygien ou bonnet de la Liberté et s’appuyant de la gauche sur un faisceau d’armes, symbole d’union. C’est cette image qui est ici reprise dans l’esquisse de la grande peinture qu’Antoine-Jean Gros réalisa en 1794 comme écusson pour la légation de France à Gênes.

Analyse des images

La République, solide figure de jeune femme, est entourée de cinq attributs : la pique surmontée du bonnet phrygien, symbole de la Liberté, le niveau, symbole d’égalité, posé sur un faisceau de licteur entouré de feuilles de chêne (l’union et la force). Elle porte une tunique courte, à l’antique, qui lui laisse un sein découvert, et son casque guerrier est là pour rappeler les anciennes allégories de Rome comme pour figurer la nation en armes contre les monarchies coalisées. A l’arrière-plan de cette effigie puissante posée sur une simple terrasse, le paysage n’est qu’accessoire, réduit à une ligne d’horizon entrecoupée de monts.

Interprétation

« Ma grande figure de la Liberté ou République française, écrit Gros le 16 mars 1795 à sa mère, est terminée ; on en paraît content. Il est vrai que dans ce pays il n’y a pas de juges sévères en peinture : je crois cependant que ce n’est pas du plus noble style. Elle est au moins passable, enfin j’ai fait ce que j’ai pu. » Le mécontentement du jeune artiste, âgé de vingt-trois ans au moment de la réalisation de cette grande toile aujourd’hui perdue mais dont Versailles conserve cette esquisse de petites dimensions (qui pourrait cependant n’être qu’une simple réplique), annonce sans doute la prédominance que la force du symbole prendra sur la qualité artistique des œuvres officielles durant toute la période révolutionnaire, à de très rares exceptions près. Il est vrai aussi que cette figure massive et sculpturale avait été conçue pour être vue de manière frontale à distance et certainement d’en bas, ce qui peut expliquer que Gros, surtout exercé à l’époque à peindre des portraits, en ait mal maîtrisé les proportions.

Bibliographie

Maurice AGULHON Marianne au combat, l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1889 Paris, Flammarion, 1979.
Maurice AGULHON, Pierre BONTE Marianne.
Les visages de la République
Paris, Gallimard, 1992.
La Révolution française et l’Europe 1789-1799 , catalogue de l’exposition au Grand-PalaisParis, RMN, 1989.
Maurice AGULHON Marianne au combat, l'imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1889 Paris, Flammarion, 1979.
Maurice AGULHON, Pierre BONTE Marianne.
Les visages de la République
Paris, Gallimard, 1992.
La Révolution française et l’Europe 1789-1799 , catalogue de l’exposition au Grand-PalaisParis, RMN, 1989.

Pour citer cet article
Robert FOHR et Pascal TORRÈS, « Un symbole pour la Première République », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/symbole-premiere-republique?e=robert%20fohr&d=1&i=142&oe_zoom=297&id_sel=297
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