Synthèse plastique des mouvements d'une femme

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Contexte historique
La civilisation à l’ère industrielle

Parmi les grands bouleversements que l’Europe a connus dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’industrialisation, l’apparition du chemin de fer puis de l’automobile, l’avènement du machinisme et l’urbanisation ont plus particulièrement eu de profondes répercussions sur la culture de l’époque. La civilisation moderne a vu ainsi naître et s’affirmer de nouvelles exigences de vitesse, de puissance, d’énergie, voire de violence, bientôt érigées au rang de valeurs. Dans le domaine artistique, la révolution plastique amorcée par les impressionnistes a frayé au début du XXe siècle le chemin aux avant-gardes, porteuses d’une esthétique fondée sur le rejet des formes de la nature et des élans de l’émotion. Ce phénomène s’est rapidement étendu à toute l’Europe, où d’autres mouvements artistiques s’insurgèrent contre les valeurs bourgeoises et académiques conventionnelles, se faisant les chantres de la modernité et tenant parfois un discours provocateur, sinon révolutionnaire.

Analyse des images
Le futurisme italien

En Italie, les futuristes prirent la tête de la contestation, s’efforçant de secouer l’apathie politique et culturelle du régime monarchiste. La publication du très retentissant Manifeste futuriste de Filippo Tommaso Marinetti dans le Figaro du 20 février 1909 marque le début du mouvement, dont les protagonistes les plus célèbres sont, outre Marinetti lui-même, Umberto Boccioni, Gino Severini, Carlo Carrà, Giacomo Balla et Luigi Russolo. Un tableau de ce dernier, intitulé Synthèse plastique des mouvements d’une femme, résume bien les procédés stylistiques employés par les futuristes : saturé de couleurs vives, il juxtapose plusieurs images d’une même silhouette féminine coiffée d’un chapeau, en marche, proposant ainsi une version rétinienne du mouvement. Cette décomposition du mouvement en une succession rythmique de plans simultanés qui s’interpénètrent doit beaucoup à la chronophotographie et, en particulier, aux recherches d’Eadweard Muybridge qui montra, à la fin du XIXe siècle, grâce à une succession de clichés, comment trotte un cheval. Ainsi, le redoublement et la multiplication des formes comme le refus de la surface homogène sont-ils l’occasion pour le peintre non seulement d’évoquer les notions de temps et de vitesse, mais aussi de saisir le « dynamisme universel » auquel se référaient les futuristes, désireux d’ériger le modernisme en dogme intransigeant. Le sujet, s’il continue d’être présent dans la toile, semble relégué au second plan, derrière l’expression de sa dynamique propre.

Interprétation
L’engagement politique des futuristes

Parti d’Italie, le mouvement futuriste acquit rapidement une audience internationale grâce aux manifestes et aux expositions organisées dans plusieurs villes européennes. Sur le plan artistique, son histoire permet de souligner l’importance qu’a pu revêtir la civilisation moderne pour certains artistes, dont les préoccupations rejoignaient celles de Robert Delaunay ou, dans une moindre mesure, de Marcel Duchamp, pour ne citer que ces deux figures. Si l’esprit provocateur et polémique de cette avant-garde a ouvert la voie au dadaïsme, encore plus radical, son influence esthétique est restée néanmoins limitée, ainsi que le montre le retour de certains à une figuration réaliste dans les années 30. Ce n’est qu’en Russie que s’est véritablement développé un courant futuriste. Sur le plan national, les futuristes italiens, qui défendaient le concept d’un « art-action », s’immiscèrent dans la vie politique, prenant position en faveur du patriotisme révolutionnaire et poussant les dirigeants italiens à s’engager dans la Grande Guerre. L’issue du conflit marqua cependant un tournant : la mort de plusieurs futuristes, dont Boccioni en 1916, et l’engagement de Marinetti aux côtés de Mussolini en 1919 entraînèrent la désorganisation du mouvement. Par la suite, Marinetti tenta sans succès d’ériger le futurisme au rang d’art officiel à l’époque du fascime. Sa mort en 1944 mit définitivement un terme à l’histoire d’un mouvement qui eut finalement assez peu de portée.

Bibliographie
Pierre DAIX Pour une histoire culturelle de l’art moderne.
Le XXe siècle
Paris, Odile Jacob, 2000.
Jean-Louis FERRIER (dir.) L’Aventure de l’art au XXe siècle Paris, Chêne, 1999.
Le Futurisme : 1909-1916 (catalogue d’exposition, Paris, MNAM, 19 septembre-19 novembre 1973), Paris, RMN, 1973.
Giovanni LISTA Futurisme : manifestes, proclamations, documents Lausanne, L’Âge d’Homme, 1973.
Pour citer cet article
Charlotte DENOËL, « Synthèse plastique des mouvements d'une femme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/synthese-plastique-mouvements-femme?i=380
Commentaires
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ilyapastout le 12/11/2012 à 09:11:14
Il manque les dimensions du tableau et je trouve cela tres dommage car sinon j'ai pu recevoir toute les informations necessaire !! :/

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