Talleyrand au Congrès de Vienne et la déclaration du 13 mars 1815

Date de publication : Octobre 2010

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Contexte historique
La déclaration du 13 mars 1815

Issu d’une famille de la haute noblesse, Charles Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est évêque d’Autun lorsqu’il est élu député aux états généraux en 1789. En 1790, il prête serment à la constitution civile du clergé. Après un exil sous la Terreur, il est ministre des Relations extérieures presque sans interruption de 1797 à 1807, date à laquelle il démissionne car il désapprouve la politique expansionniste de Napoléon. Président du gouvernement provisoire en avril 1814, ministre des Affaires étrangères à partir de mai, il négocie avec les Alliés la fin du régime impérial, le retour des Bourbons et un traité de paix honorable pour la France. Il rejoint alors Vienne pour défendre avec succès les intérêts de la France au congrès où se redessine la carte de l’Europe. Mais en mars 1815, par « un coup de maître » (Talleyrand), Napoléon débarque en France et entre à Paris tandis que Louis XVIII fuit les Tuileries.

Talleyrand reste fidèle au roi en exil à Gand. Réagissant rapidement, il réussit à pousser « les rois de l’Europe [à] marcher vite [pour ne pas] laisser à l’homme le temps de s’établir » (Stendhal). Il prend l’initiative d’une déclaration diplomatique d’une violence inhabituelle qu’il fait signer le 13 mars à tous les vainqueurs de 1814 et qui place Napoléon au rang de criminel du genre humain. Mais la déclaration n’est connue à Paris qu’après le retour de Napoléon, qui la fait aussitôt publier comme modèle d’iniquité des souverains de l’Europe à son égard.
Analyse des images
Napoléon, « ennemi et perturbateur du repos du monde »

Anonyme, ce portrait à charge de Talleyrand publié dès avril 1815 le représente assis à son bureau, rédigeant la déclaration réduite à la citation : « Les Puissances déclarent que Napoléon s’est placé hors des relations civiles et sociales, et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s’est livré à la vindicte publique. » Ces termes lui sont dictés à l’oreille par le diable au moyen d’un cornet acoustique.

La position de Talleyrand s’inspire de son portrait peint durant l’Empire par François Gérard. L’auteur cherche délibérément à convaincre le spectateur de l’ingratitude du ministre vis-à-vis de son ancien souverain, ce qu’il a résumé par le titre Mr Tout-à-tous ou le Modèle de reconnaissance, au Congrès de Vienne.

« Tout-à-tous » renvoie à une précédente caricature parue en mars dans le journal satirique Le Nain Jaune où Talleyrand dit « Périgueux, prince de Bienauvent » (en référence à la principauté de Bénévent qu’il a reçue de Napoléon en 1806) est nommé chef du nouvel « ordre de la Girouette ». Va-t-il alors se rallier à l’Empire ?…

De plus, dès le début de la Révolution et avant même Napoléon, Talleyrand est parfois associé au diable. Évêque parjure, excommunié et marié, il est vilipendé par les royalistes et catholiques qui critiquent ses mœurs, son goût du gain et son adhésion aux principes révolutionnaires. Son pied bot lui vaut dès cette époque le surnom de « diable boiteux », en référence au roman homonyme d’Alain-René Le Sage publié en 1707.
Interprétation
« Une sentence de mort civile »

En mauvais termes avec Louis XVIII, Talleyrand considère toutefois le retour de Napoléon comme un « délire criminel et impuissant ». S’il le range par sa déclaration « hors du genre humain », c’est surtout que « pour empêcher l’Autriche de se souvenir jamais qu’elle avait un gendre [Marie-Louise et l’Aiglon résident alors à Vienne], il fallait lui faire mettre sa signature au bas d’une sentence de mort civile, et non d’une déclaration de guerre. On peut toujours traiter avec un ennemi ; on ne se remarie pas avec un condamné ».

Par cette déclaration, il tente aussi en vain d’apporter le soutien des Alliés à Louis XVIII et il cherche à conserver les engagements pris à Paris en 1814.

Talleyrand tarde à rejoindre Louis XVIII en Belgique. Retrouvant son portefeuille, il devient même durant juillet Président du conseil des ministres. Mais démissionnaire en septembre, il ne joue par la suite qu’un rôle politique secondaire avant de décéder à Paris le 17 mai 1838.
Bibliographie
Emmanuel DE WARESQUIEL, Talleyrand : le prince immobile, Paris, Fayard, 2003.
Talleyrand ou le Miroir trompeur, catalogue de l’exposition du musée Rolin, Autun, 16 novembre 2005-15 février 2006, Paris-Autun, Somogy-Musée Rolin, 2005.
Pour citer cet article
Guillaume NICOUD, « Talleyrand au Congrès de Vienne et la déclaration du 13 mars 1815 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/talleyrand-congres-vienne-declaration-13-mars-1815?i=1100&d=1&c=congres%20de%20Vienne
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