• Voiture de la Compagnie Française des Automobiles.
  • Voiture de la Compagnie Française des Automobiles. Affichette des tarifs.
  • Voiture de la Compagnie Française des Automobiles.

Les taxis de la Marne

Date de publication : Décembre 2009
Auteur : Alban SUMPF

Partager sur:

Contexte historique
Des taxis parisiens aux taxis de la Marne

La Compagnie Française des Automobiles de Place, plus tard dite « G7 » (du fait que ses véhicules étaient immatriculés G7 par la préfecture), est fondée le 4 mars 1905 par le baron Rognat. Dès 1905, après des essais comparatifs, la Compagnie choisit les véhicules Renault de type AG à 8 chevaux et deux cylindres pour son parc automobile de taxis parisiens. La production commence en 1905 à Boulogne-Billancourt, et en 1914, les trois quarts des 12 000 taxis parisiens sont des véhicules Renault AG.

Dès septembre 1914, le gouvernement prévoit de réquisitionner des taxis pour évacuer de Paris les archives du ministère de la Guerre en cas de menace allemande et, à cet effet, constitue une réserve permanente de véhicules. Mais c’est par un usage inattendu que les taxis parisiens deviennent les taxis de la Marne : avec l’avancée allemande de début septembre, Joffre décide, le 6 septembre, de contre-attaquer et d’envoyer des troupes en renfort sur le front de l’Ourcq. Les trains ne pouvant suffire à leur transport, le général Gallieni, alors gouverneur militaire de Paris, réquisitionne le jour même 630 taxis. Partis de l’esplanade des Invalides, ils achemineront, à une vitesse moyenne de 25 km/h, plus de 3 000 soldats des 103e et 104e R.I. jusqu’à Silly-le-Long et Nanteuil-le-Haudouin, à une centaine de kilomètres de Paris.
Analyse des images
Les taxis Renault

La première photographie présente de face et de près un véhicule AG-1 immatriculé 2862-G7. Le modèle date d’avant 1912, date à laquelle le volant, ici encore à droite, est placé à gauche. De type dit « landaulet », ce coupé automobile à conduite extérieure a une carrosserie rouge sombre, ce qui confirme qu’il a été produit avant 1912, année où les taxis deviennent verts. Le châssis ainsi que les rayons des roues sont jaune vif. Le véhicule doit être démarré à la manivelle (visible sous la plaque d’immatriculation). Assis sur un coffre garni de deux coussins de cuir noir, le chauffeur conduit à l’aide du volant et de deux manettes situées à droite de la longue colonne de direction. Deux lanternes, disposées à l’avant du véhicule, le rendent visible la nuit. Surélevé et couvert d’une capote, l’habitacle comporte une banquette pour deux et deux strapontins. Les passagers y accèdent par des portières en partie vitrées. Ils peuvent aussi voir la route par les deux vitres de l’avant, grillagées pour les protéger d’éventuelles projections. Sur la droite apparaît le taximètre où le client peut lire le prix de la course.

La deuxième photographie montre la plaque vissée dans la cabine de tous les véhicules, qui indique les règles et tarifs en vigueur. Prise dans la cour d’honneur de l’hôtel des Invalides, la troisième photographie montre le même taxi, mais avant rénovation. Le bâtiment et le canon de l’arrière-plan l’inscrivent dans un contexte militaire.
Interprétation
La légende des taxis de la Marne

L’image du taxi AG-1 dans la cour des Invalides, avec le canon au second plan, donne l’impression d’une anomalie : ce véhicule civil, un peu usé, aux couleurs vives, ne semble pas à sa place dans ce cadre majestueux et martial. Mais l’épisode des taxis de la Marne signifie justement, dans l’imaginaire collectif, une aventure héroïque, qui associe étroitement le monde du front et celui de l’arrière dans la défense de la patrie. Gallieni, qualifiant son initiative, évoque d’ailleurs une « bonne idée de civil », qui trouve une application militaire. L’union sacrée était ainsi matérialisée et concrétisée.

Si le rôle des taxis n’est en effet pas décisif en septembre 1914 (la très grande majorité des troupes est transportée en train) et si la réquisition n’est pas gratuite (l’armée paye les 70 012 francs de courses), l’épisode acquiert, notamment grâce à la presse, une forte portée symbolique : il représente le sursaut national victorieux qu’ont permis la détermination, l’énergie, l’unité nationale et un certain « génie français » de l’improvisation. On peut d’ailleurs supposer que de nombreux chauffeurs de taxi racontent « leur » bataille de la Marne à leurs passagers, lesquels occupent, au propre comme au figuré, la place des soldats. Au-delà de la bonne publicité qu’ils assurent à la compagnie, ils contribuent ainsi à alimenter le mythe et à l’ancrer dans le quotidien des civils. Transfigurés par le 6 septembre 1914, ces taxis familiers seront étroitement associés aux combats victorieux et au courage des soldats. Preuve que l’héroïsme peut concerner aussi l’arrière, qui se tient prêt et sait se mobiliser. Vecteur de patriotisme et de solidarité nationale, la légende est entretenue pendant le conflit et bien après.
Bibliographie
Stéphane AUDOIN-ROUZEAU et Jean-Jacques BECKER (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918, Paris, Bayard, 2004.
François COCHET et Rémy PORTE (dir.), Dictionnaire de la Grande Guerre, Paris, Robert Laffont, 2008.
Patrick FRIDENSON, Histoire des usines Renault, tome Ier, « Naissance de la grande entreprise, 1898-1939 », Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers Historique », 1998.
Pierre VALLAUD, 14-18, la première guerre mondiale, Paris, Fayard, 2004.
Pour citer cet article
Alban SUMPF, « Les taxis de la Marne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/taxis-marne?i=1034&d=41&c=Guerre%20de%2014-18&id_sel=1887
Commentaires