La Toussaint

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Contexte historique
Consacrée à tous les saints martyrs et fixée au 13 mai par le pape Boniface IV en 610, la commémoration de la fête de la Toussaint, inspirée d’une célébration de l’Eglise grecque connue depuis le IVe siècle, est transférée au 1er novembre par Grégoire IV (827-844) au début du IXe siècle et étendue à tous les saints. Depuis le pontificat de Pie V (1566-1572), les messes qui accompagnent cette solennité ont été enrichies de morceaux particuliers tels que l’oraison de la messe de vigile, Oratio de Spiritu Sancto, d’antiennes et de répons pour la messe du jour ainsi que de l’hymne Placare, Christe, servulis. Mais la forme de dévotion populaire qui consiste en une visite aux défunts et au dépôt de chrysanthèmes – choisis pour leur résistance aux premières gelées – sur les tombes le jour de la Toussaint, c’est-à-dire la veille de la fête de tous les défunts, ne se répand lentement qu’au cours du XIXe siècle, depuis les villes vers les campagnes.
Analyse des images
Adossé au pilier d’une des portes d’entrée d’un cimetière de Lorraine, pays natal de l’auteur du tableau, un aveugle emmitouflé implore la charité des visiteurs, tandis que, dans leurs vêtements de deuil, un homme, deux femmes et deux fillettes se hâtent, les bras chargés de chrysanthèmes. Au-delà de la grille devant laquelle ils se pressent apparaît un paysage sommairement indiqué, parcouru de nombreuses silhouettes toutes vêtues de sombre. Le tour de force technique que représentent les grandes plages de blanc et de noir où le peintre fait jouer de multiples variations lui valut un succès immédiat lors de la présentation du tableau, au Salon de 1889. Admiratif devant une telle prouesse, P. Gauthiez, journaliste de L’Artiste, écrivait : « Ces passants tout vêtus de noir, qui reviennent du cimetière et font aumône à un aveugle, semblent un défi porté aux tons noirs, aux gammes sombres, aux éclats sinistres du deuil. La victoire est belle. Le cimetière lorrain que je reconnais dans le fond, fait valoir de sa lugubre blancheur cette procession bourgeoise. » Si l’œuvre ne se vit pas décerner la médaille d’honneur « votée par tous les artistes récompensés au Salon », malgré le soutien de nombre d’entre eux, elle fut récompensée du Prix du Salon, « récompense donnée par le Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts ».
Interprétation
En 1912, le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts éditait dans sa collection « Musée pédagogique » un fascicule de vingt-six planches avec commentaires intitulé Peintres de la vie moderne. L’auteur des textes, Louis Genevray, à propos du tableau de Friant, affirmait : « Tout cela, on le voit, ne dépasse pas les proportions d’un banal épisode de la vie parisienne », car il savait encore lire ce qu’impliquait la scène représentée. La codification du deuil bourgeois, connue à travers de multiples recueils d’usages et de comportements, nous permet de reconstituer avec certitude ce qui précéda ce premier novembre. Un des hommes de la famille est mort il y a de cela plus de six semaines – aucune sortie en ville n’étant possible pour les femmes avant l’expiration de ce délai –, mais moins de dix-huit, puisque la tenue est encore celle du « grand deuil » et qu’aucun bijou n’est porté. Les rituels funéraires, hérités de la monarchie, restent très présents encore à la fin du XIXe siècle, et s’assortissent encore du secours aux miséreux auquel va procéder la fillette qui mène le cortège.
Bibliographie
Fanny FAŸ-SALLOIS Images de la mort Paris, RMN, 1989 (Carnet parcours du musée d’Orsay, 19).
Philippe ARIES et Georges DUBY (dir.) Histoire de la vie privée , tome IV « De la Révolution à la Grande Guerre »Paris, Seuil, 1987.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « La Toussaint », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/toussaint?c=cimetiere&d=1&i=321&type_analyse=0&oe_zoom=146&id_sel=146
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