Le traité des Pyrénées

Date de publication : Octobre 2012

Professeur à l'Université de Paris X Nanterre

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Contexte historique

Après un séjour de quatre ans à Rome, Charles Le Brun arrive à Paris en mars 1646. Avec l'appui du chancelier Séguier, il obtient plusieurs commandes importantes et devient dès l’année suivante Peintre et Valet de chambre du Roy. Après avoir travaillé à Vaux-le-Vicomte pour Fouquet, il se voit confier, en 1660, la direction de la Manufacture des Gobelins nouvellement créée.

Le Brun exécute de grandes compositions mythologiques et historiques célébrant les hauts faits du règne. Il reçoit donc la commande du tableau de la rencontre du roi avec Philippe IV d’Espagne et de la présentation de sa future épouse, l’infante Marie-Thérèse. Ensuite, le tableau sera tissé par les artisans de la tapisserie des Gobelins entre 1665 et 1672.

Analyse des images

La représentation du mariage de Louis XIV, 6 juin 1660

Charles Le Brun a réuni dans sa toile des épisodes vécus, en fait, de façon successive. Au centre, les deux rois se saluent chapeau bas, à égalité. Derrière Philippe IV se tient sa fille Marie-Thérèse. Les deux futurs époux sont tout à fait contemporains : Louis XIV est né le 5 septembre 1638 et Marie-Thérèse le 10 septembre de la même année.

Ceux qui assistent à cette rencontre, tous découverts, sont les personnes les plus éminentes des deux royaumes. A gauche, derrière Louis XIV, se tient sa mère, Anne d’Autriche, sœur du roi d’Espagne, à côté d’elle, le cardinal Mazarin, l’architecte de la paix des Pyrénées. A côté de sa mère et derrière Louis XIV, se tient le frère du roi, Philippe, duc d’Orléans, de deux ans son cadet. La succession de France est ainsi bien assurée. Derrière ce premier rang, on reconnaît la duchesse de Noailles, dame d’honneur de la reine mère, Turenne, qui tourne la tête vers sa droite, le maréchal de Grammont, ambassadeur extraordinaire, qui avait fait à Madrid la demande en mariage, et le prince de Conti.

Du côté espagnol, la succession de Philippe IV est plus difficile à entrevoir. Son second fils, qui règnera sous le nom de Charles II (son aîné étant mort trop tôt), naîtra, lui, en 1661 seulement. Ici, la princesse se trouve derrière son père, encore en habit espagnol. Entre Philippe IV et l’Infante, on aperçoit dom Luis de Haro, neveu du comte duc d’Olivarès. Devenu, après son oncle, le valido du roi d’Espagne. Juste derrière Marie-Thérèse, le peintre Velázquez, alors âgé de soixante et un ans, qui avait été l’ordonnateur de toute la décoration de la partie espagnole du pavillon. Derrière l’artiste, se tiennent Pasro de Aragon, capitaine de la Garde Bourguignonne, le marquis d’Aytonne, le marquis de Malepique, grand maître des cérémonies, le marquis de Lèche et le comte de Monserci (les deux fils de Don Luis de Haro), Don Fernando Voves de Canto-Carrero, ministre secrétaire d’Etat, Pimentel.

Interprétation

Le mariage de Louis XIV : un gage de paix


Plusieurs jours furent nécessaires pour ordonner la rencontre des deux parties. Le mariage eut d’abord lieu par procuration le 3 juin à Fontarrabie. Le lendemain, dans le pavillon de la Conférence, situé dans l’île des Faisans, au milieu de la Bidassoa, qui forme la frontière entre les deux royaumes de France et d’Espagne, Anne d’Autriche rencontra son frère, le roi Philippe IV, et sa nièce, l’infante Marie-Thérèse. Louis XIV aperçut sa promise derrière une tenture. Le 6 juin, eut lieu la rencontre les deux souverains qui se jurèrent amitié. Le lendemain, l’infante quitta la partie espagnole de l’île et fut accueillie en France. Le 9 juin 1660, le mariage religieux fut célébré en l’église de Saint-Jean-de-Luz. Louis XIV refusa les témoins qui devaient, selon la coutume, assister à la nuit de noces.

La conclusion du mariage de Louis XIV avec sa cousine est l’une des plus importantes clauses du traité des Pyrénées, signé dans l’île des Faisans le 7 novembre 1659. Cinquante-quatre ans plus tard, elle permettra à Louis XIV de faire monter sur le trône d’Espagne son deuxième petit-fils, le frère du duc de Bourgogne, Philippe de France, duc d’Anjou. Il succède alors à son grand-oncle Charles II, dernier Habsbourg à régner sur l’Espagne. Il devient ainsi le premier roi d’Espagne de la dynastie des Bourbon et prend le nom de Philippe V. Cette alliance entre la France et l’Espagne « effacera les Pyrénées » en 1713.

Le traité des Pyrénées, marque le recul de l’Espagne malgré une guerre poursuivie encore pendant onze ans après les traités de Westphalie, signés avec l’empereur Habsbourg en 1648, qui donnait à la France les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun et les droits de l’empereur sur l’Alsace. En 1659, l’Espagne cède à la France l’Artois, le Roussillon et quatorze villes de Flandre et du Hainaut.

Bibliographie

CUBERO, José, L’Invention des Pyrénées, Ed.
Cairn,2009.

Pour citer cet article
Hélène DUCCINI, « Le traité des Pyrénées », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/traite-pyrenees?i=1260&d=1&e=helene%20duccini
Commentaires
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Djinnzz le 14/10/2012 à 11:10:57
J'ajoute une petite info supplémentaire à cette étude fort passionnante: Le traité des Pyrénées a été signé sur l'île des Faisans, située à la frontière franco-espagnole.
Cette île a la particularité (encore aujourd'hui!) de changer de souveraineté tous les 6 mois entre l'Espagne et la France. Deux fois par an, donc, une petite cérémonie de passation de pouvoir se déroule... C'est, à ma connaissance, le seul endroit au monde qui dispose d'un souveraineté alternée!

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