• "L'entrée à Paris des œuvres destinées au Musée Napoléon".

    Antoine BERANGER (1785 - 1867)

  • "L'entrée à Paris des œuvres destinées au Musée Napoléon" (détail).

    Antoine BERANGER (1785 - 1867)

  • "L'entrée à Paris des œuvres destinées au Musée Napoléon" (détail).

    Antoine BERANGER (1785 - 1867)

Le trésor des conquêtes impériales

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Contexte historique

9 thermidor an VI : « fête de la Liberté et des Arts »

Ouvert en 1793 par la Convention, le Muséum central des arts installé au Louvre présentait sans ordre les quelques chefs-d’œuvre récupérés grâce à la nationalisation des biens de la Couronne, des émigrés et du clergé. La nouvelle république se déclara ensuite le dépositaire naturel des œuvres du génie, qui ne pouvaient être « chez elles » qu’au pays de la liberté. Soutenue par la rhétorique de Boissy d’Anglas, la Convention conquérante entreprit le « rapatriement » systématique des chefs-d’œuvre des pays conquis. Paris devint le « dépôt sacré de toutes les connaissances humaines et la réunion des résultats les plus précieux de l’imagination et du génie ». Le 9 thermidor de l’an VI (27 juillet 1798), les œuvres saisies en Italie arrivèrent au Louvre, en triomphe.

Analyse des images

Le néoclassicisme à la gloire des Antiques

Sur ce vase en porcelaine, dont la forme « étrusque à rouleaux » s’inspire des vases antiques de la collection de Vivant Denon, le peintre Valois a présenté « l’entrée à Paris des œuvres destinées au musée Napoléon ». Il s’agit en fait de l’évocation, à la manière d’un triomphe romain, de la « fête de la Liberté et des Arts » de 1798.

Dans une composition en frise au rythme lent et majestueux sont figurées les plus célèbres sculptures antiques qui achèvent leur périple depuis les collections vaticanes jusqu’au Louvre. Sous la protection des soldats, le buste d’Homère pénètre en tête dans le palais, suivi par l’Apollon du Belvédère qu’achemine un quadrige fringant, le Laocoon et la Vénus Médicis, sous les regards admiratifs et ébahis des Parisiens.

Cette opération est placée sous les augustes auspices des plus grands collectionneurs et amateurs de l’histoire que furent Périclès, Laurent de Médicis et Auguste, auxquels Napoléon Ier est associé. Comme une sorte d’aréopage secondaire, le col présente une série de médaillons peints à l’imitation de camées et représentant plusieurs personnages de l’Antiquité.
La taille de ce vase (1,20 m), ses riches décorations d’or et l’exceptionnelle qualité de la peinture sur porcelaine en firent « l’un des plus beaux qui soit sorti des ateliers de la manufacture », selon son directeur qui le préserva de la destruction en 1815.

Interprétation

Quelles œuvres pour les musées nationaux ?

L’arrivée à Paris des ces œuvres fondatrices de la culture classique justifia et amplifia la mode, déjà très en vogue, du néoclassicisme dans les arts. Elle était l’application précise de la double mission que la Convention avait dévolue aux musées : éduquer les peuples et servir la gloire de la République. L’ardeur dont firent preuve Bonaparte, ses troupes et les spécialistes qui l’accompagnèrent en Italie (Denon, Moitte, Berthélémy ou Monge) devait permettre aux Parisiens puis à tous les Français de se familiariser avec l’art.

Cette politique démagogique trouva très tôt des opposants, parmi lesquels Quatremère de Quincy qui fut le premier à critiquer ce dépouillement. S’affrontèrent donc les partisans des musées, lieux de conservation sûre des œuvres d’art venues de tous les horizons, et ceux du respect du contexte de création, pour qui l’œuvre ne « vit » que dans l’endroit auquel elle était destinée ou, au pire, dans sa région de création.

Sachant, à travers l’exemple des rois, le pouvoir politique énorme que la possession et la diffusion d’une collection brillante représentent aux yeux d’une population ou des pays étrangers, le Consulat puis le Premier Empire s’attachèrent à entretenir ou à créer des musées ouverts au public à travers la France. Ce fut aussi une manière de soulager le Louvre, très vite dépassé par l’arrivées incessante de nouvelles œuvres (on y comptait 1 500 antiques en 1801).
Si la chute de l’Empire entraîna la restitution des œuvres saisies, le tissu muséal existant et la conviction de la nécessité de présenter au public des œuvres d’art se perpétuèrent.

Bibliographie

COLLECTIF, La Jeunesse des musées, catalogue de l’exposition au musée d’Orsay, RMN, Paris, 1994.

Roland SCHAER, L’Invention des musées, Gallimard, RMN, Paris, 1993.

Marcelle BRUNET, Tamara PREAUD, Sèvres. Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, Paris, 1978.

Pour citer cet article
Nicolas COURTIN, « Le trésor des conquêtes impériales », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/tresor-conquetes-imperiales?c=neoclassicisme&d=1&i=135&oe_zoom=288&id_sel=288
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