Le vandalisme révolutionnaire

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Contexte historique

La suppression des signes de l'Ancien Régime

La chute de la monarchie le 10 août 1792 entraîna une flambée de violence à l’encontre des symboles visibles de la féodalité, qu’un décret de l’Assemblée légitima le 14 août. Par ces actes de vandalisme, les révolutionnaires s’efforçaient de faire table rase du passé.

L’année suivante, le Comité de salut public décida de commémorer la chute de la monarchie par la destruction des mausolées fastueux des rois, conservés dans l’abbaye de Saint-Denis, dont l’histoire fut étroitement liée à celle de la royauté. Aussitôt, les révolutionnaires se mirent à l’œuvre. Une partie des tombeaux fut démolie et fondue pour faire des boulets et des canons, tandis qu’une autre rejoignit le dépôt d’Alexandre Lenoir, aux Petits-Augustins. Achevées en octobre 1793, ces opérations n’ont pas épargné la nécropole des Bourbons, comme en témoigne cette toile d’Hubert Robert.

Analyse des images

La violation des caveaux royaux

Le tableau d’Hubert Robert (1733-1808), exécuté en 1793, illustre bien l’acharnement avec lequel les patriotes procédèrent à l’exhumation des dépouilles des Bourbons, ensuite jetées dans des fosses communes, et à la démolition des pierres tombales sculptées. Des équipes d’ouvriers sortent les cercueils de la crypte à l’aide de longues échelles. Au-dessus de cette galerie souterraine éventrée, éclairée par une lumière zénithale, s’élèvent les murs gothiques de l’abbaye de Saint-Denis.

L’image de la galerie en ruines, la virtuosité des lignes et les teintes mélancoliques caractérisent le style d’Hubert Robert, dont toute la force est de suggérer ici, à travers le spectacle de personnages vaquant tranquillement à leur besogne, le caractère routinier et méthodique du vandalisme, que l’historiographie a volontiers occulté au profit de son côté passionnel et spectaculaire. Ainsi, si le peintre rend compte des actes profanatoires auxquels se sont livrés les révolutionnaires, son attitude vis-à-vis du vandalisme n’en est pas moins ambiguë, puisqu’il estompe le caractère sacrilège de la scène. Tout semble indiquer que le sujet du tableau lui a servi de support pour développer une méditation poétique sur le thème des ruines, qui annonce la sensibilité romantique du XIXe siècle.

Interprétation

Une œuvre purificatrice et régénératrice

En dehors de toute considération esthétique, la vision de cette crypte à moitié démolie peut également apparaître comme la promesse d’un monde nouveau, à édifier sur les ruines de l’Ancien Régime. C’est pourquoi la décision de détruire les tombeaux royaux suscita un enthousiasme collectif auquel s’associa même l’abbé Grégoire, qui fut pourtant le premier à employer le terme de « vandalisme » pour qualifier la destruction ou la mutilation barbare des œuvres d’art par les révolutionnaires.

À l’instar du nouveau calendrier révolutionnaire et des changements toponymiques, cet événement s’inscrit dans l’œuvre purificatrice et régénératrice de la Révolution, dont le premier acte fut la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Toutefois, devant les nombreux excès commis, le gouvernement fut contraint de prendre des mesures destinées à protéger les œuvres d’art appartenant au patrimoine national – mesures qui traduisent bien l’impossibilité de rayer d’un trait la mémoire collective.

Bibliographie

Jean-Michel LENIAUD (dir.), Saint-Denis de 1760 à nos jours, Paris, Gallimard-Julliard, 1996.

Dominique POULOT, Musée, Nation, Patrimoine, 1789-1815, Paris, Gallimard, 1997.

Louis REAU, Histoire du vandalisme. Les monuments détruits de l’art français, 2 vol., Paris, Hachette, 1959.

Marie-Anne SIRE, La France du Patrimoine. Les choix de la mémoire, Paris, Gallimard, 1996.

Pour citer cet article
Charlotte DENOËL, « Le vandalisme révolutionnaire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/vandalisme-revolutionnaire?i=88&d=1&c=vandalisme
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