• La Saint-Vélo à Fontainebleau.
  • Course de bicyclette sur le Grand Parterre.

Le vélo à la fin du XIXe siècle : un loisir familier et institué

Date de publication : Juin 2011

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Contexte historique
L’âge de la photographie, l’âge du vélo 

À partir de la fin des années 1880, la bicyclette devient un objet familier, ancré dans les pratiques et les représentations. S’il n’est pas encore le loisir populaire qu’il devient au XXe siècle, il est largement adopté par une « bourgeoisie » aux contours de plus en plus vastes. Les améliorations techniques et le développement de l’industrie vélocipédique, les courses (pour amateurs et professionnels) relatées et organisées par la presse (généraliste ou sportive), la naissance de nombreux clubs et le développement du tourisme à vélo sont autant de marqueurs et d’outils de cette importante promotion. 

À la même époque, la photographie connaît, elle aussi, le début de son « âge d’or ». Les clichés de toutes sortes se multiplient, qui diffusent toujours plus largement des instantanés de l’époque « moderne », en noir et blanc. Récentes et presque contemporaines, connaissant une évolution parallèle et symbolisant une nouvelle époque, la bicyclette et la photographie se rencontrent presque naturellement, la première devenant un thème récurrent de la seconde. À cet égard, La Saint-Vélo à Fontainebleau et Course de bicyclette sur le Grand Parterre, prises toutes deux dans les années 1890, font figure d’exemples caractéristiques de ces nouvelles images qui signifient et représentent leur temps.
Analyse des images
L’attraction du vélo 

La Saint-Vélo à Fontainebleau renvoie à une journée organisée une fois par an par la mairie (visible à droite). À cette occasion, des bicyclettes sont mises à disposition des habitants et des activités leur sont proposées. En privilégiant la profondeur de champ offerte par la perspective de la rue principale, le photographe montre bien l’effervescence suscitée par l’événement, puisque, opposée au vide relatif du reste de l’avenue, la concentration des personnes est remarquable. Les amateurs ressortent de la mairie avec leur vélo, prêts à s’élancer dans la ville. 

Course de bicyclette sur le Grand Parterre montre une autre manifestation liée au vélo. Visible à l’arrière-plan, le château, emblème de la ville, semble patronner l’événement. Les officiels ont pris place sous un vaste dais monté pour l’occasion au bord de la « piste ». Les autres spectateurs se tiennent sur l’un des escaliers qui bordent le Grand Parterre. Vêtus de leur tenue de sport, les coureurs sont encore maintenus à l’équilibre, mais le départ vient probablement d’être donné, comme l’indiquent la fumée blanche et l’officiel qui agite son drapeau.
Interprétation
Fontainebleau, à bicyclette 

Ces deux images sont issues de la collection Raynaud-Sauvé, composée de nombreux clichés consacrés aux événements qui rythment la vie de la ville. Fêtes, inaugurations et nouveautés (comme le tramway électrique) y sont ainsi consignées dans une série à valeur documentaire et historique. Certains de ces clichés, comme La Saint-Vélo à Fontainebleau et Course de bicyclette sur le Grand Parterre, servent aussi de carte postale, acquérant par là une valeur commerciale et promotionnelle. 

Habitée par une population assez aisée, destination touristique de la bourgeoisie parisienne pour son château et sa forêt, disposant de nombreux chemins de promenade, Fontainebleau devient assez vite une place forte du nouveau loisir que constitue le vélo. Dès les années 1880, les clubs, les organismes de tourisme ou encore la Ville (voir la mairie dans La Saint-Vélo à Fontainebleau et les drapeaux dans Course de bicyclette sur le Grand Parterre) organisent des activités « à bicyclette » ou des compétitions de plus grande ampleur comme Paris-Fontainebleau. 

Les deux photographies révèlent un loisir familier et institué, encadré et encouragé par les pouvoirs économiques et politiques. Ainsi La Saint-Vélo à Fontainebleau, où les vélos semblent « sortir » du bâtiment officiel orné des symboles de la République et de la ville (drapeaux et emblèmes), suggérant presque que la bicyclette est un enfant du régime ou du moins un symbole de l’époque. Que ce soit près du château (Course de bicyclette sur le Grand Parterre) ou dans les rues (La Saint-Vélo à Fontainebleau), la bicyclette s’inscrit durablement dans le paysage et les pratiques du lieu. Fontainebleau illustre ainsi, en bonne place, « le temps du vélo ».
Bibliographie
Alain CORBIN (dir.), L’Avènement des loisirs (1850-1960), Paris, Aubier, 1995.
Pryor DODGE, La Grande Histoire du vélo, Paris, Flammarion, 1996.
Annick NOTTER et Jean-Claude POLTON, Fontainebleau, son château et sa forêt : l’invention d’un tourisme (1820-1939), Paris, R.M.N., 2007.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Le vélo à la fin du XIXe siècle : un loisir familier et institué », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/velo-fin-xixe-siecle-loisir-familier-institue?i=1157&id_sel=2182&album=15190&from=album
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