• Vue du château de Versailles prise de la place d’armes en 1722.

    Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663 - 1742)

  • Vue du château de Versailles prise de la place d’armes en 1722 (détail de la partie inférieure gauche).

    Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663 - 1742)

  • Vue du château de Versailles prise de la place d’armes en 1722 (détail de la partie inférieure droite).

    Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663 - 1742)

Versailles après Louis XIV

Date de publication : Novembre 2013

Université d'Evry-Val d'Essonne

Partager sur:

Contexte historique
Le retour de la Cour

Le tableau de Pierre-Denis Martin (1663-1742) s’inscrit dans une période de renouveau dans l’histoire du château de Versailles. À la mort de Louis XIV en septembre 1715, le jeune Louis XV est placé sous l’autorité du Régent Philippe d’Orléans qui transfère la Cour à Paris, loin de la pesante étiquette instaurée par le défunt roi. Sept ans plus tard, le 15 juin 1722, la Cour fait son grand retour, quarante ans après sa première installation.

Cette vue panoramique est commandée par la princesse Marie-Anne de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et épouse du prince de Conti, afin de célébrer le réinvestissement du palais. D’abord installée dans la salle à manger du château de Choisy-le-Roi avec cinq autres tableaux représentant des châteaux royaux (Chambord, Meudon, Marly, Trianon et Fontainebleau), cette toile rejoint Versailles au XIXe siècle, lorsque Louis-Philippe fait du palais un musée dédié à l’histoire de France.

Au premier plan, une mention inscrite sur l’arête d’un bloc de pierre contient quelques informations sur l’auteur : « P.D. Martin, peintre ordinaire et pensionnaire du Roy. 1722. » Élève d’Adam-Frans Van der Meulen, grand peintre des exploits militaires du Roi Soleil, Martin le Jeune excelle dans un registre particulier, celui des vues de résidences royales. Fin connaisseur de la topographie versaillaise, il peint les jardins et cette pièce maîtresse qui se focalise sur le palais vu du côté est. Le nombre important de personnages décrit une résidence à l’agitation débordante, où chaque scène possède sa propre signification.
Analyse des images
La mise en scène de la résidence royale

Connu pour son souci du détail et la finesse de ses représentations, l’auteur utilise plusieurs niveaux de perspective pour décrire les parties du château. Les plans se rétrécissent à mesure que l’on entre dans la toile et le regard est guidé vers l’espace sacré du palais. La vue en contre-plongée, légèrement désaxée par rapport à la ligne directrice est-ouest, permet d’alléger la composition, tout en lui donnant du relief.

Au premier plan, le peintre décrit une place d’armes désordonnée où la voiture du prince de Conti, des chariots et des chevaux tentent de se frayer un chemin. Des tailleurs de pierre sont à l’œuvre, car la ville, qui doit accueillir une population en constante augmentation, est un chantier permanent.

Au-delà de la première grille, la cour des Ministres est délimitée par deux ailes de bâtiments qui servent de cadre à une haie d’honneur formée par deux compagnies de la Maison militaire du roi. Les deux unités sont identifiables à la couleur des uniformes et aux huit drapeaux d’ordonnance. Sur la droite, le régiment des Gardes suisses, avec un manteau rouge et un pantalon bleu. Sur la gauche, le régiment des Gardes françaises, avec un manteau bleu et un pantalon rouge.

Au-delà de la seconde grille, le troisième ensemble correspond aux cours Royale et de Marbre qui accueillent les courtisans les plus importants. Placé au centre de la toile, cet espace est aussi le cœur du palais, avec la chambre d’apparat du roi située au premier étage depuis 1701. Le carrosse royal s’élance, tiré par huit chevaux et encadré par de nombreux cavaliers. À nouveau, la multiplicité des personnages suggère que le château revit.

Le dernier plan est plus suggestif. Il laisse entrevoir les jardins du château et la majestueuse perspective du Grand Canal. Les hommes sont absents, mais les jets d’eau perpétuent l’idée de mouvement.
Interprétation
L’âge d’or versaillais

Le tableau de Pierre-Denis Martin constitue un instantané dans la vie du château de Versailles. Il permet de faire un état des lieux après un demi-siècle d’aménagements de grande envergure. Cette peinture prend tout son sens si elle est placée en regard de celle réalisée par Pierre Patel en 1668, au début des embellissements ordonnés par Louis XIV. D’un tableau à l’autre, la vue est sensiblement la même, ce qui permet d’observer l’étendue des changements menés par Le Vau et Mansart.

Cette source historique irremplaçable représente le domaine au faîte de sa splendeur, lorsque son architecture et son urbanisme classiques servent de modèle à travers l’Europe. Le petit château édifié par Louis XIII est désormais enchâssé dans un vaste ensemble de bâtiments comprenant deux longues ailes, le Grand Commun ou encore la chapelle royale consacrée en 1710. Les bâtiments sont finement représentés, à l’aide de couleurs chatoyantes qui soulignent la brique, les toitures en ardoises ou encore la pierre calcaire à la teinte dorée.

Les principaux travaux sont terminés et ce cadre majestueux met en scène la puissance royale léguée au jeune Louis XV. À l’instar d’un portrait du roi, la représentation de son palais contribue également à la construction et à l’affirmation du pouvoir. Dans les années qui suivent, l’enveloppe extérieure est peu modifiée et les rares modifications du XVIIIe siècle correspondent à l’inauguration de l’Opéra à l’extrémité de l’aile Nord (1770), ainsi que la construction du pavillon Gabriel au niveau de la Cour royale (1774).
Bibliographie
CORNETTE Joël [dir.], Versailles.
Le pouvoir de la pierre
, Paris, Tallandier, 2006.
DIDIER Frédéric, « Versailles, un palais paré d’ocre, de pourpre et d’or », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 2002, disponible sur revues.org.
MAROTEAUX Vincent, Versailles, le roi et son domaine, Paris, Picard, 2000.
SABATIER Gérard, Versailles ou la figure du roi, Paris, Albin Michel (coll. Bibliothèque Albin Michel de l’histoire), 1999.
Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Versailles après Louis XIV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/versailles-apres-louis-xiv?i=1317&d=1211&id_sel=2455
Commentaires

Découvrez aussi