Les victimes civiles de la guerre de 1914-1918

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Contexte historique

Le viol des femmes françaises par les soldats allemands semble avoir été, dès les premières semaines de la guerre de 1914-1918, un acte très répandu. Partiellement ou totalement envahis par l’ennemi, plusieurs départements furent évacués après la bataille de la Marne : les viols y furent semble-t-il nombreux, même si aucune statistique n’est disponible sur ce point.

Les rapports de la Commission d’enquête mise en place dès septembre 1914 en vue de constater les « actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens » ont accordé une large place à cette question en incluant les dépositions des victimes et de leurs témoins. L’impact du premier rapport, rédigé en décembre 1914 et publié en janvier 1915 par la presse française, fut considérable dans le pays. En fait, les violences infligées aux femmes constituèrent un des points d’ancrage du discours français sur les atrocités allemandes et achevèrent de convaincre l’opinion française de la barbarie de l’adversaire.

Analyse des images

Dans ce dessin reproduit sous la forme de cartes postales et d’affiches grand format, deux outils de large diffusion de la propagande anti-allemande, Abel Faivre recourt à un procédé graphique très elliptique : il montre, au premier plan, dans la pièce, une petite fille en pleurs, debout devant une porte fermée. Un peu en retrait, une chaise renversée sur laquelle se trouvent, négligemment jetés, l’uniforme, le casque et le sabre d’un officier allemand. Sur un mur à l’arrière-plan, le portrait du père de famille, absent, et donc impuissant à intervenir et à empêcher le drame. Le portrait souligne la dimension de profanation du cadre familial.

La légende tient en deux mots : « Ma maman. » L’acte n’est donc pas représenté directement. Il est simplement suggéré, ce qui donne toute sa force au dessin. L’enfant n’a ici qu’une représentation auditive de l’abus sexuel subi par sa mère.

Le viol est ici un acte individuel. Il n’est pas le fait d’un groupe de soldats. Le plus souvent, les scènes de viol se déroulent dans la sphère intime. Dans leurs témoignages, les femmes violées ont souvent mentionné les cris et les pleurs de leurs enfants, qui forment la toile de fond des récits sur la violence ennemie.

Interprétation

L’expérience des premiers mois de guerre est d’abord celle de la violence inouïe des combats, qui prend en août 1914 une forme extrême jusque-là inconnue. Le viol des femmes s’inscrit dans le contexte plus large des atrocités commises par les Allemands sur les champs de bataille. Mais il consacre aussi la réalité de la conquête et de l’invasion du pays. En ce sens, il symbolise l’humiliation infligée à la nation.

À noter ici l’ambiguïté de la représentation : le « violeur » pourrait aussi avoir obtenu le consentement de sa « victime », ce que tendent à suggérer l’absence de désordre dans la pièce et l’enfermement du couple à huis clos dans la chambre. Il pourrait alors s’agir d’un de ces abus commis à la faveur de la constante promiscuité, dans les maisons, entre occupés et occupants. Cette ambiguïté traduit parfaitement l’angoisse qu’inspirent aux hommes les violences faites aux femmes en 14-18 : celle d’une possible trahison des victimes.

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU, L’Enfant de l’ennemi 1914-1918, Paris, Aubier, 1995.

Pour citer cet article
Sophie DELAPORTE, « Les victimes civiles de la guerre de 1914-1918 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/victimes-civiles-guerre-1914-1918?i=91
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