Le vin et les colonies

Date de publication : Octobre 2009
Auteur : Alban SUMPF

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Contexte historique
La viticulture dans les colonies d’Afrique du Nord de la fin du XIXe siècle aux années 1930

Les exploitations agricoles du Maghreb connaissent leur âge d’or de la fin du XIXe siècle aux années 1930. Compagnies mettant en valeur de vastes terres, petits et moyens propriétaires (d’abord presque exclusivement des colons, puis de plus en plus d’indigènes), s’adonnent le plus souvent à la monoculture – cultures maraîchères, vergers ou vigne. Les travaux d’assainissement et d’irrigation des terres ainsi que l’amélioration des transports, qui garantissent un acheminement rapide des fruits et légumes frais, conduisent à une forte augmentation des exportations vers la France.

Ce contexte favorable bénéficie en premier lieu à la viticulture. Les découvertes de Pasteur sur la fermentation du vin (années 1850) et sur la manière de réfrigérer les moûts pendant les grosses chaleurs (1867) rendent possible une meilleure vinification. La crise du phylloxéra qui débute en 1864 et anéantit les vignobles de métropole ouvre de nouveaux débouchés aux vins des colonies. L’État aide alors au développement de la viticulture dans le Maghreb. Si le Maroc, et encore plus la Tunisie, consacrent des superficies assez importantes à la vigne, c’est bien en Algérie qu’elles vont progresser le plus : 15 000 hectares en 1878, 110 000 en 1890, 167 000 en 1903 et 396 000 en 1930. Avec près de 20 millions d’hectolitres produits en 1930, soit 45 % de la valeur de ses exportations, l’Algérie devient alors le quatrième producteur mondial de vin.
Analyse des images
La vigne, un exemple de l’excellence des produits coloniaux

L’image proposée est un détail de la toile Principales exportations d’origine végétale, œuvre de Michel Géo, né en 1885. Pour l’exposition de 1931, l’artiste réalise sept tableaux ayant pour thème l’économie coloniale et représentant les denrées vivrières exportées par les territoires français d’Afrique et d’Asie.

Dans cette partie de la toile figurent trois personnages. Un homme de type maghrébin, vêtu d’un costume traditionnel blanc et beige, se tient debout et s’occupe avec soin d’une vigne. Au centre de la diagonale, une femme habillée elle aussi à l’indigène et voilée. Assise, elle présente au spectateur qu’elle fixe droit dans les yeux une coupe pleine de henné. Enfin, un enfant nous montre son dos nu et hâlé. Autour d’eux apparaissent les différents produits coloniaux, dont le nom est inscrit en lettres jaunes. Les raisins et les vins sont en bonne place, presque en évidence, au premier plan. Utilisant habilement la peinture à huile, l’artiste joue de la diversité des couleurs et figure de manière lumineuse la variété, la diversité, la luxuriance et l’abondance des produits coloniaux.
Interprétation
Les bienfaits de la colonisation illustrés par la viticulture

L’œuvre cherche à convaincre les Français de métropole des bienfaits de la colonisation, ici en matière agricole, et à leur montrer tout ce que les colonies apportent à la France. La profusion des produits locaux prouve la grande fertilité de ces terres lointaines, pour peu qu’elles soient bien exploitées. Au-delà de l’intention « exotique », le fait que ce sont des indigènes qui présentent leur production veut peut-être signifier que, bien formés et bien encadrés, ils sont capables, pour leur prospérité et celle de la métropole, de tout cultiver.

C’est alors le principe même de la colonisation qui viserait à être légitimé, l’abondance de la récolte montrant que la mission civilisatrice exercée par la France et par les colons sur place profite à tous. Les terres « exotiques » ont été domptées pour donner le meilleur d’elles-mêmes. Les indigènes aussi, qui semblent surtout dociles, apaisés, confiants en leur travail et leur avenir (surtout l’homme). Si le regard fier de la femme exprime une sorte d’insoumission, celle-ci procéderait de sa réussite dans le processus agricole et commercial induit par la colonisation plutôt qu’elle ne le contesterait.

La vigne et le vin (comme le blé ou les légumes d’ailleurs) ne sont certes pas des produits exotiques. Mais, véritables fruits d’un réel travail, ils méritent de figurer au tableau d’honneur des richesses agricoles que les colonies apportent à la France, pays de vin par excellence. Peut-être s’agissait-il ici de rassurer les consommateurs et de « répondre » aux viticulteurs métropolitains mécontentés par la concurrence des vins d’Algérie – le secteur connut une grève en 1907 et de nombreuses crises par la suite.
Bibliographie
Pierre GUILLAUME, Le monde colonial, Armand Colin collection U, Paris, 1999.
Gilbert GARRIER, Histoire sociale et culturelle du vin, Bordas Cultures, Paris, 1995.
Catherine HODEIR et Michel PIERRE, L’Exposition coloniale, Paris 1931, Paris-Bruxelles, Éditions Complexe, 1991.
Pour citer cet article
Alban SUMPF, « Le vin et les colonies », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/vin-colonies?i=1019&d=21&t=143
Commentaires
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Histoire-image le 30/10/2013 à 12:10:36
Bonjour,

Pour davantage d'informations sur ce peintre, je vous invite à consulter l'ouvrage de Lynne Thornton, Les Africanistes. Peintres voyageurs (1860-1960), 1990, Courbevoie : ACR Éditions (collection "Les Orientalistes", n° 9), 336 p. L'auteur y présente une courte biographie de l'artiste (p. 326) et renvoie au quatorzième volume du Livre des peintres exposants (1931). N'hésitez pas non plus à effectuer des recherches sur Gallica et sur le catalogue des oeuvres du musée du Quai Branly, qui conserve quelques toiles.

Bon courage pour vos recherches et à très bientôt sur notre site !

Aurélie
Sosso le 15/10/2013 à 06:10:08
Bonjour,
Je recherche depuis des mois des informations sur le peintre Michel Geo dont j'ai exécuté en tant que copiste une de ses toiles sur l'exploitation végétale.
Pourriez- vous m'aider ? De plus, pourriez-vous dans un cadre légal accepter de "complèter" mon travail sur ce peintre d'aprés ce que j'y ai découvert sur les exploitations coloniales. A bientôt !!!!