Le visage de la peur

Date de publication : Février 2008

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Contexte historique
Le fait divers comme source d’inspiration

En 1931, le célèbre cinéaste allemand (d’origine autrichienne) Fritz Lang réalise M le Maudit, son premier film parlant. Produit par la Nero-Film, ce projet plus modeste que ses grandes œuvres de la décennie précédente, Le Docteur Mabuse et Metropolis, est inspiré par l’affaire d’un tueur en série, le « vampire de Düsseldorf », alias Peter Kürten, qui a défrayé la chronique un an plus tôt après avoir assassiné plusieurs enfants, et dont Thea von Harbou a tiré un scénario. Le rôle du tueur est confié à l’acteur d’origine hongroise Peter Lorre qui s’est fait un nom quelque temps auparavant sur les scènes berlinoises en jouant des textes de Franz Wedekind et Bertold Brecht.
Analyse des images
Peter Lorre

L’acteur Peter Lorre incarne un assassin de petites filles qui est recherché conjointement par la police et la pègre de la ville. On le voit ici l’air terrifié, de peur d’être arrêté et lynché. La vue est tirée de la séquence où, poursuivi de nuit par des malfrats qui veulent le neutraliser parce qu’il menace leurs affaires, Beckert tente d’échapper à ses poursuivants en se cachant dans le sous-sol d’un immeuble abandonné. Traqué comme une bête, le corps recroquevillé, l’air terrifié, il parvient à se réfugier derrière la porte métallique d’une cave qui ressemble beaucoup à une prison. Peter Lorre traduit avec force la panique et l’épouvante qu’il ressent en entendant les bandits qui se rapprochent pour le capturer.
Interprétation
Traqué comme une bête

La photo (qui est peut-être un photogramme extrait du film d’ailleurs) rend parfaitement compte du jeu extraordinaire de Peter Lorre. Son interprétation du rôle de Hans Beckert, alias « M » , est exceptionnelle. D’abord ombre, puis silhouette, l’acteur joue de l’étonnante capacité d’expression de son visage aux traits épais, aux yeux exorbités et globuleux, et parvient à donner à son personnage une innocence déconcertante. A travers cette histoire criminelle mise en scène de manière complexe, Fritz Lang aborde la question de la psychanalyse pour expliquer les origines du comportement criminel de « M », et de la nécessité de la justice pour le juger. En effet, malgré la monstruosité de ses actes, il apparaît aussi comme une victime. En tout cas, Lang montre clairement que ce ne sont pas les méthodes utilisées par le leader du syndicat de la pègre, qui cherche à rétablir l’ordre à son avantage, et dont l’action paraît autant sinon plus dangereuse pour la société, qui peut évaluer le degré de responsabilité du meurtrier d’enfants et décider de son sort.
Bibliographie
Lotte EISNERFritz LangParis, Cahiers du cinéma, 1984.
Tom GUNNINGThe Films of Fritz LangLondon, Britsh Film Institut, 2001.
Siegfried KRACAUERDe Caligari à Hitler.
Une histoire du cinéma allemand 1919-1933
Paris, Flammarion, 1987.
Marie MICHELM le Maudit de Fritz LangParis, Nathan, 1989.
Pour citer cet article
Laurent VÉRAY, « Le visage de la peur », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/visage-peur?i=854&d=1&musee=Bildarchiv%20Preussischer%20Kulturbesitz%20%28BPK%29
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