• Le général Bonaparte.

    Louis Albert Guislain BACLER D'ALBE, Baron (1761 - 1824)

  • Bonaparte au Pont d'Arcole.

    Antoine-Jean GROS (1771 - 1835)

  • Le général Bonaparte.

    Jacques Louis DAVID (1748 - 1825)

Les visages de Bonaparte

Date de publication : Décembre 2009

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Contexte historique

Outre les gravures adaptant des portraits antérieurs souvent non ressemblants et destinés à la diffusion rapide de l’image du jeune général victorieux en Italie (1796-1797), les trois premiers portraits peints connus de Bonaparte datent des années du Directoire, et s’inscrivent eux aussi dans le contexte de la campagne d’Italie.

Dès le début de sa carrière, Bonaparte sut employer la puissance de l’image pour sa propagande. Loin d’être le seul général victorieux (Pichegru en Hollande en 1796, Brune en Helvétie en 1798), il comprit cependant très vite les possibilités de diffusion iconographique que l’art lui offrait auprès des populations. C’est ainsi que dès l’Italie il sut s’entourer de plusieurs peintres militaires qui représentèrent ses batailles (Pasquier, Bagetti). Mais il savait aussi que c’était son propre portrait qui assurerait sa popularité.

Analyse des images

Si Bacler d’Albe ne cherchait vraisemblablement pas à peindre une œuvre d’art, son tableau n’ayant pas l’ambition de s’inscrire dans une vaste composition, en revanche il est à peu près certain que son Bonaparte est l’un des portraits les plus ressemblants du futur empereur. Inspiré dit-on du portrait de Gros, il est cependant très différent par la psychologie qu’il révèle : on découvre un Bonaparte au regard aigu, à la fois vif et réfléchi, presque défiant, très intériorisé.

Chez Gros au contraire, l’action domine la conception du peintre. Bonaparte est peint d’une manière synthétique, c’est la sérénité dans le combat qui domine. L’image se veut déjà celle de l’homme providentiel, celle aussi de l’homme d’action, qu’elle sera plus tard avec le Premier consul puis l’Empereur. Gros a cherché à idéaliser les traits du général, extrayant l’essence du visage osseux et maigre de Bonaparte, sans s’attarder sur sa psychologie. Il donne à voir un prototype du général sans véritablement le représenter. Déjà le souffle de l’épopée traverse cette figure. Ce qui explique sans doute que Bonaparte ait approuvé la réalisation du tableau.

Quant à David, s’il cherche comme Gros à idéaliser les traits de son héros, il se révèle plus raisonneur. Peintre de la génération précédente, il mesure l’action dans laquelle il voulait baigner le général, celle d’une bataille, même si le tableau projeté ne faisait que détacher la figure devant un cheval tenu par un écuyer. Ce portrait se place en quelque sorte entre celui de Bacler d’Albe et celui de Gros.

Même si elle n’est pas la sienne propre, Bonaparte révèle une psychologie où perce une pensée supérieure. Général victorieux, il semble méditer sur la grandeur de son action, sur son avenir. Ainsi, excepté le portrait très renfermé de Bacler d’Albe, toute l’épopée s’annonce déjà dans ces tableaux, comme si les artistes avaient pressenti l’avenir immense de leur modèle.

Interprétation

Bonaparte ne posait guère. C’est ce qui explique en partie l’idéalisation des traits sur ses portraits, les peintres devant immédiatement trouver la ressemblance et surtout, selon les souhaits de Bonaparte lui-même rapportés par Delécluze, peindre l’âme plutôt que les traits.

Aujourd’hui ces trois portraits figurent parmi les plus célèbres de Bonaparte. Ils symbolisent déjà toute l’épopée napoléonienne, qu’ils anticipent, et ne se lisent en effet que dans ce contexte historique. Sans lui, ils ne seraient que les portraits d’un général de la Révolution. Ils sont devenus plus que cela, images du futur Napoléon, tant il est vrai que les études napoléoniennes se sont coupées des études révolutionnaires. D’un côté un versant social tragique fait de luttes irréductibles, de l’autre une aventure qui fit beaucoup pour la gloire de la France, et dont Bonaparte lui-même donna le ton à travers ces premiers portraits.

Dans l’esprit du grand public, son image lumineuse répond ainsi à un Robespierre sombre et sanguinaire. L’action face à la pensée.

Bibliographie

COLLECTIF, Jacques-Louis David, Paris, catalogue de l’exposition au Grand Palais, Paris, RMN, 1989

N. HUBERT, Alain POUGETOUX, Châteaux de Malmaison et Bois-Préau. Catalogue sommaire illustré des peintures et dessins, Paris, RMN, 1989.

O. C. STERLING, Héléne ADHEMAR, Musée national du Louvre. Peintures. École française. XIXe siècle, 4 vol., Paris, RMN, 1958.

Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « Les visages de Bonaparte », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/visages-bonaparte?i=131&d=1&a=41&id_sel=279
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